Justice et mémoire

Michèle Duvivier Pierre-Louis

p. 117-129

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Michèle Duvivier Pierre-Louis, « Justice et mémoire », Chemins critiques, Vol 5, nº 2 | 2004, 117-129.

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Michèle Duvivier Pierre-Louis, « Justice et mémoire », Chemins critiques [En ligne], Vol 5, nº 2 | 2004, mis en ligne le 13 mai 2017, consulté le 18 juin 2018. URL : https://www.cheminscritiques.org/686

En 1996, à l’occasion d’une table ronde organisée par le comité de rédaction de la revue Chemins Critiques qui se proposait de publier un numéro sur le thème « Justice » (Vol. 3, No. 3, janvier 1997), l’ancien Ministre de la Justice, Camille Leblanc, à l’époque conseiller au même Ministère, eût à expliquer en termes non voilés, et de son propre point de vue, les raisons du mauvais fonctionnement de notre appareil judiciaire gangrené par des dysfonctionnements de tous ordres.

La liste est longue. On pourrait citer en passant, la caducité de certaines lois ou leur inadéquation par rapport à la Constitution de 1987 ; l’incompétence et la corruption de certains juges et magistrats ; la vénalité de la police et sa soumission au pouvoir en place ; la lenteur et l’inefficacité du système en ce qui concerne la détention préventive ; les interférences de l’Exécutif dans le traitement des affaires judiciaires ; les trafics d’influence et les délits d’initiés ; les difficultés budgétaires et logistiques ; le problème des prisons ; l’ignorance de l’habeas corpus etc...

Pour lui, ces conditions représentaient et représentent encore autant d’obstacles à l’exercice de la justice dans notre pays, et il préconisait à l’époque une réforme en profondeur de notre système judiciaire. Réforme initiée un peu plus tard du bout des lèvres et qui semble avoir depuis sombré dans le faux-semblant et les simulacres, la volonté politique seule susceptible de lui donner forme et substance faisant irrémédiablement défaut. Mais, ce jour-là, Me. Leblanc termina sa réflexion en posant un problème à nos yeux autrement important.

...La trilogie que j’appelle le permis, l’interdit, la sanction est d’une extrême importance pour permettre à une société de fonctionner. Si les gens peuvent commettre des actes alors qu’ils savent que c’est interdit, et si, parallèlement\ il n’y a aucune sanction, à ce moment-là, il faut se demander : Pourquoi les interdits ? Pourquoi des interdits, si, lorsque les gens les transgressent, ils jouissent d’une impunité totale ? Je crois que le problème de l’impunité est une question fondamentale pour la justice aujourd’hui en Haïti. Je crois que si on ne peut répondre à cette question, ce n’est même pas la peine de poser d’autres questions. (Op. cit., p. 41)

À notre avis, le juriste posait là un problème de fond. En effet, si je peux tuer, voler, piller en toute impunité, sachant qu’à tous les coups mes actes ne porteront pas à conséquence pour la société, qu’est-ce qui peut m’arrêter ? Dès lors qu’il n’y a pas de sanction, plus rien ne m’est interdit, il n’y a plus aucune limite à mes actes et la société elle-même ne se donne plus de crans d’arrêt. Quel sens accorder à la notion d’abus lorsque la transgression elle-même ne devient que pure anticipation de violence, une forme de griserie sauvage appelant le passage à l’acte ? Quels effets mes actes produisent-ils sur la société dans son ensemble ? Celle-ci ne finit-elle pas par se résigner à la quotidienneté de la violence et du crime, cette banalisation entraînant à son tour une fragmentation accrue du corps social, et chez l’individu des sentiments difficilement dépassables de défaite, d’impuissance et de « désolation »1, qui finissent par différer voire même néantiser toute pulsion de révolte ?

Par ailleurs, ne faut-il pas également s’interroger sur les interdits ? Qui les définit ? Les impose ? À partir de quel système de valeurs ? À partir de quel courant de pensée, de quelle représentation du monde, de quelle conception de l’homme et de la femme ce système établit-il une « hiérarchie des valeurs » ?

Car, Me. Leblanc ne nous disait-il pas au bout du compte, que pour exister en tant que telle, toute société, devrait, à chaque étape de son évolution, s’entendre sur un certain nombre de valeurs (et d’anti-valeurs) qui régissent son fonctionnement ; établir les normes qui en découlent ; prévoir les sanctions qui tomberont dès lors qu’il y aura transgression, et finalement, légitimer l’autorité à qui elle confie le droit et le devoir d’appliquer ces sanctions ? C’est l’hypothèse de départ de la « théorie de la justice comme équité » selon Rawls. « Les hommes, écrit-il, doivent décider par avance selon quelles règles ils vont arbitrer leurs revendications mutuelles et quelle doit être la charte fondamentale de la société. »2 En même temps, l’histoire nous enseigne que les normes et les lois, même lorsqu’elles représentent généralement des intérêts particuliers (classes dominantes, gains économiques, religion, etc.…) ou alors leur expression à travers la morale dominante, à des moments historiques donnés, peuvent être frappées de caducité sous l’effet des luttes sociales. En effet, les groupes dominés, exclus ou discriminés de la société qui entendent fonder en droit leurs légitimes aspirations s’organisent continuellement pour mener des luttes au terme desquelles ils arrivent souvent à imposer leurs positions pour une prise en compte effective dans le domaine juridique et pour l’adoption de nouvelles lois ou de modifications du cadre constitutionnel, même lorsqu’ils n’arrivent pas nécessairement à renverser l’ordre établi. On en a eu l’exemple chez nous lors de l’élaboration de la Constitution de 1987, où des organisations de la société civile ont lutté pour y faire inscrire des principes novateurs relatifs à la création d’un conseil électoral indépendant, au statut du créole et du vodou, à la création de l’office de protection du citoyen, de l’institut de la réforme agraire etc..., même si les gouvernements anti-démocratiques et antipopulaires qui se sont succédés depuis ont tous été incapables de leur donner le caractère institutionnel nécessaire à l’accomplissement de leur mission. Ou encore aujourd’hui, même si la bataille n’est pas encore gagnée, lorsque des organisations de femmes continuent de dresser à l’intention du parlement, des plaidoyers visant à la dépénalisation de l’avortement et de l’adultère, à la reconnaissance du viol comme crime et au changement du statut juridique de la domesticité, ces questions concernant prioritairement les femmes alors que les lois actuelles dans ces domaines demeurent jusqu’à présent totalement injustes, discriminatoires et inégalitaires.

Mais la question fondamentale qui se pose est de savoir quels sont les principes qui fondent le vivre-ensemble de manière à garantir la coopération équitable entre les citoyens et les citoyennes en tant que personnes libres et égales, et la possibilité de régler les conflits en faisant intervenir le droit. Problématique vieille de plus de deux mille ans, au coeur de la plus célèbre des tragédies de Sophocle. Antigone, en effet, est celle qui saura instituer une « hiérarchie des valeurs », celle qui saura distinguer entre la loi des dieux et celle des hommes ; celle aussi qui saura distinguer ce qui aux yeux de sa propre conscience est essentiel, son sens éthique, et ce qui viendra seulement après. Le droit prime le fait. Antigone a voulu enterrer son frère Hyppolite contre les ordres du Roi Créon. L’autorité de Créon ne saurait avoir de limites, ni d’exceptions, alors que pour Antigone, les rites funéraires représentent à la fois la volonté des dieux et les exigences de l’amour fraternel3. Comme l’a souligné Jean Duvigneau, « Antigone se jette dans la mort pour accomplir un rite appartenant à une culture presque disparue, en tout cas condamnée par le nouveau système de la vie urbaine. »4 C’est la crise des valeurs, la phase tragique, annonciatrice de nouveaux rapports à la loi.

Soulignons que l’héroïne fut créée à une époque où, avec l’« invention » de la démocratie par les Athéniens, la notion de suscitait déjà d’intenses débats. Faut- il rappeler que la cité, la polis va considérablement modifier les relations humaines. En effet, la ville ne va-t-elle pas enclencher un processus qui graduellement remplacera les rapports de domination et de violence de la société primitive par des relations de parole. Le langage, le discours, la discussion politique, l’argumentation et l’art de persuader vont dès lors se placer au centre des activités humaines, même lorsque les femmes, reléguées au second plan seront pendant longtemps exclues de la sphère publique. Et puisqu’on en est à remonter le temps, ajoutons en passant que ce rapport au droit passe par l’écrit depuis le Code d’Hammourabi, rédigé en écriture cunéiforme et découvert lors de fouilles archéologiques sur l’acropole de Suse, ancienne capitale de l’Elam. Hammourabi a été le septième prince de la première dynastie de Babylone vers 1830 av. J.C., et la découverte du code qui témoigne déjà de la présence des notions morales telles que culpabilité, faute, responsabilité, punition, a renouvelé l’histoire du Droit. Depuis lors, « depuis Elam... »5, avant toute chose, la loi est écrite.

Mais revenons au coeur de notre sujet. Si la Constitution érige en principes de droit les mécanismes de légitimité du pouvoir en même temps que les droits et les devoirs de l’État et du citoyen, tous les codes de procédures civiles et pénales, jusqu’au code de la route, balisent les comportements individuels et collectifs dans l’espace public et l’espace privé. À la plus petite infraction en passant par le délit jusqu’au crime correspondent des sanctions qui seront infligées par les autorités compétentes à tous ceux qui auront violé les prescrits de la loi, et nul n’est censé être au-dessus de la loi.

Car, dès lors qu’il y a faute, la justice est tout de suite mise en état d’alerte. L’application des sanctions prévues par la loi verra au rééquilibrage du fonctionnement de la société à qui la faute a fait subir un tort. Le procès de l’inculpé sera alors la mise en scène de la faute, sa théâtralisation, le mode par lequel se produit la restitution des faits afin que lumière soit faite et que triomphe la vérité. Faire en sorte que, dans sa souveraine indifférence, l’application de la loi puisse faire à tous accepter l’aventure de la vérité, tel est le rôle de la justice.

On aura compris que dans ce sens-là, tout débat sur la justice renvoie également à la problématique du bien et du mal. Problématique complexe s’il en est car elle-même renvoyant aux notions de liberté et de responsabilité. Dans le domaine de la justice, le mal se présente toujours sous ses deux figures emblématiques, la mauvaise action et la souffrance infligée. Faire le mal c’est d’abord transgresser une règle, une norme égale pour tous, c’est commettre une faute, ruiner la possibilité et le sens de sa propre action, de son propre devenir. C’est là qu’intervient la loi, toute transgression appelant d’emblée la sanction. Mais, faire le mal c’est également faire mal, faire souffrir autrui, dans son corps. « Le corps », écrit Sofsky dans son remarquable livre sur la violence, « n’est pas une partie de l’être humain, mais son centre constitutif. C’est pourquoi toute lésion atteint en même temps l’âme et l’esprit, le soi et l’existence sociale6. » En prenant en compte ce double aspect, la question du mal devrait nécessairement conduire à la terrible purgation aux yeux de la communauté entière, de l’aveu, du verdict, de la peine, et possiblement, du repentir et du pardon7. On se souviendra du texte particulièrement éblouissant de V. Jankelevitch sur le pardon :

Le pardon est une liquidation afin d’être l’aube d’une ère nouvelle. Eh bien, une vie nouvelle ne commencera jamais si vous vous détachez peu à peu de la chose, si vous oubliez progressivement : l’ère nouvelle ne peut pas être inaugurée. En même temps que l’événement, disparaît donc l’avènement8.

Le pardon suppose donc une aube nouvelle, et elle ne peut être inaugurée que grâce à ce « désir de justice » dont parle Ricoeur, pour comprendre, comme il le dit lui-même « l’archéologie de la faute pénale et la généalogie du discours du droit. » Et il explique :

C’est parce que le droit est ébranlé par l’expérience du mal, toujours déstabilisé entre la promesse qu’il représente et la règle à laquelle il se tient, que la recherche du juste se met en mouvement9.

Or, pouvons-nous dire que, dans notre société, existe entre concitoyennes et concitoyens une entente sur l’acceptable et l’inacceptable, le tolérable et l’intolérable ? Le bien et le mal ? Comment se posent chez nous les concepts de liberté et de responsabilité ? Sommes-nous réellement d’accord sur ce qu’est un crime, quel que soit le bourreau, quelle que soit la victime ? D’où provient la légitimité de l’autorité à qui revient le droit d’appliquer la loi ? Quel recours avons-nous lorsque cette autorité entrave elle-même le fonctionnement et l’exercice de la justice ? Comment réagissons-nous face aux violations constantes des droits du citoyen, de la citoyenne ? Mais, peut-être devrions-nous commencer par poser en amont, les vraies questions : peut-on dire de nous que nous formons une communauté de citoyens/citoyennes ? Qui dans notre société peut s’attribuer le statut de citoyen ? Dans une histoire caractérisée par des rapports de domination, d’exploitation et d’exclusion qui se perpétuent dans le cadre de ce que Franklin Midy a appelé « le cercle du familialisme asservissant »10, qui peut vraiment parler de citoyenneté, d’égalité de droits, sinon que pour en faire objet de combat pour l’avènement un jour d’une citoyenneté égale pour tous et pour toutes, et par là même d’une justice applicable à tous et à toutes ? Serait-ce aussi à cause de cette citoyenneté en devenir, en fait, de ce manque d’État, que nous aurions tant de mal à nous construire une mémoire ?

On peut en effet, constater qu’en ce qui nous concerne, tout se passe comme si, la relation entre justice et mémoire serait, curieusement, inversement proportionnelle. Moins il y aurait de justice, plus on oublierait. Cette situation entraînerait à son tour un rapport équivoque vis-à-vis de toute la problématique du droit. Par exemple, au lieu d’en appeler au jugement des criminels notoires qui circulent toujours librement, tenant le haut du pavé, nous nous contentons de faire du bruit ou de nous lamenter. À l’opposé, que des adversaires politiques soient tués, battus, violés, emprisonnés (leurs familles étant souvent également victimes), du seul fait de leur opinion politique contraire ne semble pas nous révolter outre mesure, parce qu’eux et nous ne sommes pas du même bord. Serait-ce d’un côté la peur, de l’autre le déni de citoyenneté, l’absence d’État et la difficulté de se situer politiquement dans un projet collectif qui conduisent à cette forme d’impuissance ou d’indifférence ? Comment alors nous désengluer de la peur qui commande le silence et se fait complice de l’impunité ? Quels sont dès lors nos rapports à la vie, à la violence, à la mort, à la mémoire, au passé ? De quoi se souvient-on ? Que commémore-t-on ?

Rappelons qu’au cours des longues années de la dictature duvaliériste et celles qui ont suivi, la société civile, atrophiée et réduite au silence ne pouvait se remémorer que dans la clandestinité, le silence ou l’exil. Toute forme de célébration du passé qui n’était pas un encensement du pouvoir lui était interdite. Est-ce pourquoi aujourd’hui encore, nos positionnements et nos pratiques par rapport à ces questions-là souffrent toujours d’une certaine ambiguïté. Les commémorations, par définition officielles, sont toujours le fait du gouvernement pour ne pas dire du chef d’État lui-même. Occasions répétées de s’approprier le souvenir, d’instrumentaliser la mémoire à des fins de propagande pour se donner l’illusion d’une vaine popularité. Est-ce pourquoi les familles et amis de certaines victimes de la dictature ont dû attendre le départ de Duvalier pour rendre un hommage public à leurs morts assassinés quelque quinze ou vingt ans auparavant. Car, pour citer encore Jankélevitch :

...le devenir use l’offense, c’est-à-dire qu’il affaiblit notre souvenir de l’offense, peut-être ; il en atténue les couleurs vives, mais il ne change rien au caractère de l’offense, il ne change rien au caractère du crime ; le crime en lui- même qui est l’anti-valeur, qui est la valeur renversée, le crime est quelque chose d’extérieur au temps, et sur quoi l’histoire n’a pas de prise. 

Le temps ne peut donc gommer l’acte criminel, même si le souvenir s’estompe un peu. Le paradoxe c’est que chez nous la demande de justice, lorsque l’acte criminel demeure impuni, se révélant vaine, finit au fil du temps par s’essouffler elle aussi, pour se refermer dans le silence.

On pourrait prendre en exemple l’anniversaire de la disparition de tous les courageux militants communistes torturés, assassinés sous la dictature duvaliériste, et celui des récents assassinats célèbres tels ceux de Jean-Marie Vincent, Jean Pierre- Louis, Jean Dominique et son gardien Jean-Claude Louissaint, Brignol Lindor, que des cercles de militants et d’amis commémorent dans l’intimité presque. Pourquoi aucune action revendicative soutenue n’a pu s’inscrire dans la durée pour obtenir justice et continuer l’oeuvre de ces combattants à plus d’un titre exemplaires ? Faut-il donc se poser la question à savoir pourquoi si peu de gens se mobilisent aujourd’hui autour de cette exigence de justice qui semblait être au coeur des revendications populaires depuis le départ des Duvalier en 1986. Si bien qu’on se demande aujourd’hui qui se souvient des massacres, assassinats, enlèvements, exécutions sommaires perpétrés sous les Duvalier à Cazalé, Jérémie, Dame-Marie, Bocozelle, Mapou, Belle-Anse pour ne citer que ces cas. Et qui comptabilise aujourd’hui tous les crimes qui de 1986 à nos jours sous les militaires puis sous Lavalas marquent du sang rouge de l’impunité notre histoire récente ?11

Justice et mémoire ont donc partie liée. L’exercice de l’un porte à libérer l’autre. L’absence de l’un fossilise l’autre.

Dans un texte publié dans la revue Guadeloupéenne « Desrades »12 sous le titre Impossible justice : une société piégée par l’amnésie, Jean-Claude Bajeux tente une intéressante analyse. D’abord, comme nous, Bajeux interroge. Au coeur de son propos, un questionnement tenace : pourquoi notre société semble avoir choisi le mutisme, « l’omerta », face aux crimes, assassinats, et tortures dont elle a été et est encore inlassablement victime, « le silence » dit-il, « étant la clé de l’impunité ? » Comme Camille Leblanc il passe en revue les faiblesses structurelles du système judiciaire, évoque les blocages que peuvent représenter l’analphabétisme et la « fracture linguistique » dans l’administration de la justice, mais malgré tout, il ne situe pas à ce seul niveau l’apparente amnésie dont souffre notre société et qui au fil du temps finit par tout faire sombrer dans l’oubli.

La machine est grippée, certes, mais « l’explication doit être ailleurs », nous dit Bajeux.

D’abord en ce qui concerne le silence, on pourrait objecter que dans notre cas, il ne s’agit pas nécessairement de la loi du silence telle qu’elle se pratique dans les sociétés où sévit la mafia, dans lesquelles tout le monde s’entend pour se taire, toute transgression entraînant d’emblée une implacable vengeance. Pour nous, il s’agirait plutôt d’un refoulement face à une machine répressive devant laquelle on se sent totalement seul et impuissant. Alors il vaut mieux laisser faire le temps, « avec le temps, tout s’oublie... ». Il est vrai que se pose également le problème des médiations sur lequel il faudra bien se pencher un jour. On pourrait aussi objecter que depuis le départ des Duvalier, les meurtres, assassinats, agressions, massacres ont souvent occasionné des protestations, manifestations, notes de presse et dénonciations de toutes sortes. En effet, beaucoup de bruits et de clameurs ont ponctué certains de ces évènements. Mais pas plus. Déjà en 1990, dans notre récit : « Le refus de l’oubli » publié dans la revue Chemins Critiques, nous nous demandions pourquoi l’exigence de justice semble toujours ne s’en tenir qu’à des gestes symboliques. Dix ans après, le temps ne semble pas avoir émoussé la pertinence de la question posée alors :

Emprisonnements illégaux, assassinats politiques, spoliations, descentes de lieux, massacres, vols, viols, intimidations, prévarications... comment en refuser la banalisation et l’oubli, et faire de ce refus du silence et de la peur un combat constant pour que ce qui fut, et qui est encore, ne se dérobe pas à la mémoire ?

Le silence, par-delà le bruit, est donc profond. C’est le silence de la mémoire.

Celui qui procède de la difficulté de dresser des rapports précis et documentés sur les violations, de porter plainte, de maintenir une pression soutenue contre les autorités concernées nationales et internationales, d’entamer les procédures, d’instruire les procès et d’aller jusqu’au bout, c’est-à-dire de confronter les prévenus dans le prétoire à coups d’arguments et de preuves, et de gagner, ou peut-être même de perdre, mais d’en faire un combat pour la justice et la vérité. En ce sens, le procès des trente ans du duvaliérisme n’a toujours pas été instruit. Le temps passe sur des crimes impunis, et cette période pourtant déterminante de notre histoire récente sombre à son tour dans l’oubli, dans une forme d’effacement du passé. Or comme nous l’avons déjà souligné, la liste des violations s’allonge et il viendra le temps de faire le procès du pouvoir Lavalas et de la somme de ses trahisons et de ses perversions.

D’où nous vient donc cette inconstance qui pourrait se confondre avec une démission ? Certains font référence aux séquelles de l’esclavage à travers le temps particulièrement au marronnage qui force à l’esquive et la dissimulation, d’autres à la peur instaurée par une succession de régimes arbitraires, tout ceci aurait eu pour effet de dénaturer notre rapport au droit. Toujours est-il que nous avons du mal à aller au bout de notre demande de justice et d’en affronter les conséquences.

Et pour en revenir à la justice, ce n’est pas que les tribunaux ne fonctionnent pas. Presque partout dans le pays, ils sont quotidiennement bondés de gens venus régler des affaires, porter plainte contre un voisin, une voisine qui leur veulent du mal, plaider des causes. Lieux de transactions (et de corruption) par excellence, les verdicts y sont prononcés dans la plupart des cas selon le bon vouloir des juges et selon les influences qu’ils subissent. Ainsi, les prisons sont elles aussi pleines de gens, hommes et femmes, le plus souvent en détention préventive, oubliés parce que pauvres ou punis par la seule raison d’État. La réforme judiciaire devra nécessairement s’attaquer un jour aux fondements de ce système qui châtie non pas en fonction de la faute mais par rapport au pouvoir en place, au statut social des personnes concernées, et à la capacité de marchander. Inutile de dire que les victimes de ce système sont principalement les innombrables victimes de la société, celles qui, sans fortune, sont, dans l’imaginaire collectif, sans statut, et n’ont donc aucun recours sinon de faire appel aux puissances divines et à la Providence pour les sortir de leur mauvais sort. Ainsi, la responsabilité est-elle toujours ailleurs.

À ce sujet, Laënnec Hurbon a proposé une intéressante hypothèse de travail lors d’un colloque réalisé à Port-au-Prince en 199713 sur les violations des droits humains. Pour administrer pleinement la justice, le système pénal haïtien suppose une mutation qui passerait de l’interprétation sorcellaire à une forme de sécularisation de la faute, du crime. Dès lors que c’est le religieux, le pseudoreligieux ou le magico-religieux qui dominent, il n’y a plus de place pour le doute. La responsabilité individuelle et par là même la culpabilité sont mises en déroute. Or, en matière pénale, le doute est constitutif de la recherche et de la construction de la vérité, au même titre qu’il l’est de l’argumentation, de la réfutation et de la réflexion critique. Ceci suppose en corollaire, l’éducation des enfants, des jeunes, de tous les citoyens, femmes et hommes pour qu’ils soient un jour capables d’exercer cette dialectique du questionnement et du doute, donc d’entrer dans le couloir sans fin de la logique argumentative, instrument d’une douloureuse mais nécessaire remise en question. Cette éducation, nouvelle dans sa forme et dans son contenu, présuppose à son tour une remise en question radicale de ce qui aujourd’hui tient lieu de système éducatif dans notre pays, de l’école maternelle à l’université.

C’est d’ailleurs au cours de ce même colloque que Me. C. Leblanc, abordant la problématique de la réhabilitation sur le plan juridique, expliquait la nécessité de la reconstitution des faits, la nécessaire mise en opposition du bien par rapport au mal, « là où le prévenu est face à ses responsabilités c’est-à-dire face à la victime », face à son crime. Et il poursuit :

Quand nous arrivons à cette reconstruction des faits, on parvient à une forme de thérapie... Je ne pense pas que la justice haïtienne puisse à l’heure actuelle participer à cette forme de thérapie... Les textes de lois actuels ne nous permettent pas de juger quelqu’un pour qu’une démarcation entre le bien et le mal puisse être clairement établie en termes symboliques. Je pense qu’à l’heure actuelle les textes de loi haïtiens représentent un frein à cette approche et qu’ils favorisent l’impunité ; la justice haïtienne est une justice qui organise et favorise l’impunité14

Laissées pour compte de la société et des pouvoirs institutionnalisés, les masses populaires historiquement marginalisées se sont donc forgées, dans l’extrême précarité, une vision du monde, de la maladie et de la mort ordonnée au règne magico-religieux. Elles ont pu ainsi garder une mémoire des dieux, des lieux et des choses, et inventer à travers le temps, des mécanismes susceptibles de garantir un minimum d’équilibre et d’auto-régulation dans leur mode de vie, et apprendre à gérer, grâce au religieux dans la plupart des cas, les conflits et les transgressions, au coeur de leurs « espaces d’évitement » de l’État.

Mais l’éclatement était fatal. Ni le système symbolique, ni l’économie paysanne n’ont pu résister au passage du temps, aux conflits des libertés, à la dépendance néo-coloniale, à 1915, aux assauts de la dictature duvaliériste et des régimes qui ont suivi, et aux signes avant-coureurs de la mondialisation sauvage. Ce fut alors la fuite et l’exode, en masse. Sans état civil, sans véritables droits sociaux et politiques, ceux qui sont restés ont osé, depuis le départ des Duvalier, aspirer à la citoyenneté, et croire qu’en participant, en désirant prendre part à part entière à la res publica, leurs luttes sociales et politiques aboutiraient à une refondation de la société, à la construction d’un État garant de la justice et de la solidarité. Utopie ? Chimère ?

Le coup d’État de 1991 marquera un temps d’arrêt. La répression frappera fort ceux-là même qui avaient par effraction, pour employer une expression de Jacques Rancière, fait irruption sur la scène politique. Les violations ne se compteront plus. Elles seront répertoriées dans de nombreux documents produits par des organismes nationaux et internationaux. Mais au moment où nous aurions pu confronter ce passé, et saisir l’occasion pour tenter une thérapie des traumatismes en exposant au grand jour les crimes et leurs auteurs, la Commission Nationale Vérité et Justice, créée dans la peur et la confusion lors du « retour à l’ordre constitutionnel » publie presque clandestinement un rapport où les noms des responsables des crimes et autres exactions sont volontairement omis. Le document du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Justices en Haïti notera fort justement :

Le rapport en question n’a donc pas pu jouer son rôle de liquidateur du passif de la dictature qui pèse ainsi toujours comme un non-dit, un secret honteux, partagé entre victimes et bourreaux (Barthélemy et al., p. 308 #104).

Aujourd’hui, qui parle des « victimes du coup d’État » sinon une ou deux organisations instrumentalisées par le pouvoir dans un processus sans fin de fausse réparation sans justice, comme si le deuil n’était pas possible en toute dignité. Ou alors, le pouvoir lui-même, dans une surenchère presqu’avilissante pour les victimes puisque seul le souvenir de leur malheur est brandi comme un butin de guerre auquel on s’accroche avec arrogance, la langue de bois officielle faisant le reste, évidant l’événement de son contenu inhumain et tragique. Car les « victimes » au nom desquelles on parle sans cesse sont encore sans droits, sans état civil, sans travail digne de ce nom, sans logement, sans éducation, sans soins de santé. Pourquoi dès lors s’étonner qu’elles ne rêvent que de l’occasion qui leur sera donnée de partir vers un ailleurs supposé plus clément ? Et le cycle semble se répéter inlassablement. Le pouvoir en place et ses alliés continuent d’instrumentaliser les revendications populaires, lorsque celles-ci ne sont pas tout simplement ignorées ou pire, violemment réprimées, situation qui provoque à son tour l’exode, la fuite, l’exil.

Est-ce pour cela que nous sommes condamnés à une forme de répétition du même, chaque fois dans l’horreur grandissante de nouvelles violations des droits de l’homme et de la femme ? Mais les situations historiques ne sont jamais tout à fait les mêmes. Aujourd’hui, n’assisterions-nous pas à une remise en question du système politique traditionnel haïtien, producteur de dictature, et à l’épuisement de ses formes rétrogrades ? À tout le moins, dans la tension qui existe entre l’ancien et le nouveau, il demeure certain que la crise protéiforme du pays ne peut être réglée par le mode de gestion politique ayant eu cours jusqu’ici. Les tentatives du pouvoir actuel de s’accrocher désespérément à ce système autocratique et mortifère ne finiront-elles pas par échouer lamentablement même si les pratiques de terreur ont récemment atteint le paroxysme du macabre et de l’horreur ? C’est d’ailleurs ce même pouvoir qui voudrait nous faire croire que notre terre et notre pays étant nés dans la violence, celle qui s’exerce aujourd’hui particulièrement à Cité Soleil, à Petit-Goâve, à Raboteau, au Cap-Haïtien et un peu partout dans le pays ne serait que l’expression actualisée de cette même tradition de violence. Comme quoi la violence « chimérisée » des milices armées par le pouvoir Lavalas, les soi-disant organisations populaires, tout comme jadis celle des tontons-macoutes, pourrait être confondue avec la violence révolutionnaire anti-esclavagiste et anti-colonialiste fondatrice de notre nationalité. Inacceptables amalgames déjà tant usés par le pouvoir duvaliériste. Nous serions ainsi un peuple fondamentalement violent Pourtant, la population quasiment livrée à elle-même ne peut compter que sur trois mille policiers pour plus de huit millions d’habitants. C’est dire le niveau d’autorégulation mis en oeuvre par la population, bien que ce système de rééquilibrage social s’exerçant dans la plus grande précarité et dans un non-rapport au droit formel, demeure à tout moment susceptible d’être subverti par des petits chefs installés à leur propre compte ou à la solde d’autres autorités locales. Il découle également de cette situation et en corollaire à la violence étatique et para-étatique, une violence domestique qui s’exerce au quotidien également dans l’impunité, particulièrement à l’égard des enfants et des femmes. En revanche, les crimes, hold-ups, kidnappings, rançonnements, exécutions sommaires qui nous sont relatés chaque jour dans la presse ne semblent pas être le fait du pur hasard. On serait donc en droit de penser que presque toutes ces formes de violence qui s’exercent sur la population proviennent de décisions prises au plus haut niveau de l’État, particulièrement lorsque l’on constate les imbrications du pouvoir dans les célèbres assassinats, hier Jean Pierre-Louis, Jean Dominique et Jean-Claude Louissaint, Brignol Lindor, aujourd’hui l’étudiant Éric Pierre, les enfants de Viola Robert et des centaines d’autres victimes innocentes. Infinité d’actes impunis qui finissent par sombrer dans l’oubli. Faut-il encore souligner que de nos jours aussi, ce sont les agents de l’appareil judiciaire eux-mêmes, policiers, juges d’instruction et commissaires du gouvernement, qui, par des pratiques abusives, se compromettent ouvertement en exécutant les basses oeuvres du chef d’État.

Et c’est bien pour cela que le combat pour la mémoire doit se confondre presque avec le combat pour les droits et la justice. Ce double combat doit continuer, pour « ... inciter le rêve haïtien à se remettre en marche. Or le rêve et la mémoire ont partie liée. L’un sans l’autre s’oublie et s’enlise dans la reproduction sans fin de fantasmes et d’horreurs15. »

À peine quelques mois nous séparent du bi-centenaire de notre indépendance. Mais dans quelle médiocrité allons-nous « commémorer » ? Deux siècles se sont écoulés depuis qu’Haïti s’est inscrite dans l’histoire universelle en rompant définitivement avec l’esclavage, et en voulant faire de la liberté le principe fondateur de la création d’un nouvel État moderne. Le conflit des libertés, les perversions du système colonial et néo-colonial, les difficultés insurmontables du contexte international dominé par enjeux et les intérêts des grandes puissances, les contradictions du pouvoir post-indépendance, la marginalisation et l’exploitation des couches populaires constitueront autant de handicaps que nous n’arrivons toujours pas à dépasser. C’est bien pour cela qu’il est aussi venu le temps pour nous de revisiter l’histoire, d’établir la relation entre histoire et mémoire, mais aussi d’assumer les écarts entre légendes et faits. De retenir le caractère paradigmatique de notre révolution et les raisons de sa portée universelle, d’en analyser les fondements, les caractéristiques et les apparents mystères, mais en même temps, d’avoir le courage de déconstruire les fausses représentations de ce passé et d’abolir les demi- vérités ou les mensonges qui depuis trop longtemps colorent dans l’irrationnel notre manière d’être et nos relations à l’autre. Déterrer les non-dits, traquer la vérité, construire une mémoire vivante et plurielle, « la mémoire où puise l’histoire qui l’alimente à son tour, celle qui ne cherche à sauver le passé que pour servir au présent et à l’avenir. »16 C’est à ce prix que nous pourrons peut-être inventer de nouveaux repères symboliques dignes des aspirations de justice, d’équité, de liberté et de solidarité du peuple haïtien, points d’ancrage d’une vraie refondation de notre société et de notre système politique tout entier.

1 Expression aujourd’hui chère à A. Corten, voir son article dans ce numéro de la revue.

2 John Rawls, Théorie de la justice, Éditions du Seuil, 1987, p. 38

3 On sait que la transposition du drame d’Antigone a marqué, pour la littérature en kreyòl Ayisyen, un saut qualitatif réalisé par F. Morisseau-Leroy

4 Le théâtre et après, Jean Duvigneau, Casterman Poche, 1971, p. 36.

5 Référence au poème de Aimé Césaire « Depuis Akkad, depuis Elam, depuis Sumer... » in Soleil cou coupé, (Réédité sous le titre Cadastre, p. 37).

6 Wolfgang Sofsky, Traité de la violence, Éditions Gallimard, 1998, p. 60.

7 Voir L. Hurbon : « Le crime, l’oubli et le pardon » in Chemins critiques, Janv.1997, pp. 7-20, et J-C Bajeux : « Entre l’oubli et le pardon », Le

8 Vladimir Jankelevitch, Introduction au thème du pardon, Congrès juif mondial, La conscience juive face à l’histoire, le pardon (Octobre 1961) PUF

9 Olivier Habel, Paul Ricoeur, La promesse et la règle, Éditions Michalon, Collection Le bien commun, Paris 1996, p. 13.

10 Franklin Midy, « Le pouvoir : volonté de puissance et d’humiliation », Chemins Critiques, Vol V, No.1, Cidihca 2001.

11 V. Jankélevitch, op.cit., p. 250.

12 Desrades, Revue caribéenne de recherches et d’échanges, Nº 6,1er semestre 2001.

13 Actes du 1er colloque national pour la réhabilitation des victimes de la violence organisée, Fonds des Droits Humains, Cahier No.1, déc 1997.

14 Ibid, p. 62

15 Cécile Marotte et Hervé Razafimbahiny, Mémoire oubliée, Éditions du Cidihca, 1998, p. 20.

16 Jacques Le Goff, Histoire et mémoire, Gallimard, Folio Histoire, 1988, p. 177.

1 Expression aujourd’hui chère à A. Corten, voir son article dans ce numéro de la revue.

2 John Rawls, Théorie de la justice, Éditions du Seuil, 1987, p. 38

3 On sait que la transposition du drame d’Antigone a marqué, pour la littérature en kreyòl Ayisyen, un saut qualitatif réalisé par F. Morisseau-Leroy, en 1952, voir Théâtre, PAP, 1999.

4 Le théâtre et après, Jean Duvigneau, Casterman Poche, 1971, p. 36.

5 Référence au poème de Aimé Césaire « Depuis Akkad, depuis Elam, depuis Sumer... » in Soleil cou coupé, (Réédité sous le titre Cadastre, p. 37).

6 Wolfgang Sofsky, Traité de la violence, Éditions Gallimard, 1998, p. 60.

7 Voir L. Hurbon : « Le crime, l’oubli et le pardon » in Chemins critiques, Janv.1997, pp. 7-20, et J-C Bajeux : « Entre l’oubli et le pardon », Le Nouvelliste, Février 1986. Voir aussi Sous la direction de Antoine Garapon et Denis Salas La Justice et le mal, Éditions Odile Jacob, Inédit, 1997.

8 Vladimir Jankelevitch, Introduction au thème du pardon, Congrès juif mondial, La conscience juive face à l’histoire, le pardon (Octobre 1961) PUF, 1965, p. 252.

9 Olivier Habel, Paul Ricoeur, La promesse et la règle, Éditions Michalon, Collection Le bien commun, Paris 1996, p. 13.

10 Franklin Midy, « Le pouvoir : volonté de puissance et d’humiliation », Chemins Critiques, Vol V, No.1, Cidihca 2001.

11 V. Jankélevitch, op.cit., p. 250.

12 Desrades, Revue caribéenne de recherches et d’échanges, Nº 6,1er semestre 2001.

13 Actes du 1er colloque national pour la réhabilitation des victimes de la violence organisée, Fonds des Droits Humains, Cahier No.1, déc 1997.

14 Ibid, p. 62

15 Cécile Marotte et Hervé Razafimbahiny, Mémoire oubliée, Éditions du Cidihca, 1998, p. 20.

16 Jacques Le Goff, Histoire et mémoire, Gallimard, Folio Histoire, 1988, p. 177.

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