Liminaire

Michèle Duvivier Pierre-Louis

p. 7-8

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Michèle Duvivier Pierre-Louis, « Liminaire », Chemins critiques, Vol 5, nº 1 | 2001, 7-8.

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Michèle Duvivier Pierre-Louis, « Liminaire », Chemins critiques [En ligne], Vol 5, nº 1 | 2001, mis en ligne le 30 avril 2017, consulté le 18 juin 2018. URL : https://www.cheminscritiques.org/466

Index thématique

Politique haïtienne

Deux ans déjà depuis le dernier numéro de Chemins Critiques. Deux ans au cours desquels les événements d’ici et d’ailleurs n’ont cessé d'ébranler nos repères, de bouleverser nos a priori et de susciter chez nous de constantes interrogations. C’est dire que, malgré les apparences, ce long silence est loin de signifier un retrait définitif, un abandon.

Nous admettons la difficulté de dégager du sens de ce qui se dit et se fait autour de nous. Le sens n’est pas une donnée déjà là. Il faut le chercher, le traquer même, dans les discours et les non-dits, dans les rues et les sentiers, dans le désordre et le chaos, et avouer par moments sa propre impuissance devant ce qui paraît indéchiffrable. Mais nous sommes en même temps travaillés par un sentiment de responsabilité qui nous porte à toujours interroger l’événement dans ses répétitions du même ou ses singularités aussi contradictoires que subtiles. Est-ce pourquoi en relançant aujourd’hui Chemins Critiques, nous voulons tenir notre pari de toujours nous positionner sur le front du questionnement.

Ce numéro adopte les mêmes rubriques que celle proposées antérieurement, tout en continuant de revendiquer le caractère caraïbéen de la revue. Des textes d’analyse, des travaux sur l’histoire, la philosophie, la culture, la littérature, des notes de lecture. Certains articles livrent une réflexion qui se voudrait frayage, tentative de rompre avec la banalité des lieux communs, et de provoquer des débats en souhaitant la mise en oeuvre d’une « éthique de la discussion. » Ceci n’est pas sans risque. Car, en même temps, nous sommes tout à fait conscients, comme nous l’étions il y a douze ans lorsque nous lancions le premier numéro de la revue, de « l'existence d'une dépression centrale toujours susceptible de nous aspirer nous-mêmes. » (Chemins Critiques, mars 1989, Liminaire de Bérard Cénatus, p. 7)

Relancer aujourd’hui la revue, du lieu même de notre précarité, c’est donc réaffirmer notre parti pris pour la réflexion, pour la prise en compte et peut-être même la mise à nu des aspérités qui trahissent la complexité de notre passé et de notre présent, et dès lors de notre devenir. En cette période de grande incertitude il n’est sans doute pas superflu de souligner une nouvelle fois l’attention que nous accordons aux avancées (et aux reculs) dans le domaine du respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux. Et notre crainte, dans notre pays en déshérence, qu’ils ne soient réduits à de pures chimères.

N’est-ce pas là une preuve de notre inquiète ténacité ?

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