Georges Bernard (Ti-Jo) Mauvois (1949‑2011)

Quelques lignes à la hauteur du militant que fut Ti-Jo Hommage à sa mémoire

Christian Jean Etienne

p. 233-236

Citer cet article

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Christian Jean Etienne, « Georges Bernard (Ti-Jo) Mauvois (1949‑2011)  », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 233-236.

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Christian Jean Etienne, « Georges Bernard (Ti-Jo) Mauvois (1949‑2011)  », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 18 juin 2018. URL : https://www.cheminscritiques.org/412

Tous ceux qui ont connu Georges Bernard Mauvois retiendront de lui sa grande gentillesse, son grand calme, militant passionné d’histoire au courage iné­branlable, homme affectueux et sensible. Il était à l’écoute de son peuple et très attentif à analyser la complexité de notre société de plantation et celle des terri­toires insulaires de la Caraïbe.

Qui était Georges Bernard Mauvois dit Ti-Jo ?

Professeur d’histoire et géographie au Lycée de Bellevue, au Lycée Schœlcher, puis au Lycée du Lorrain, il a laissé son empreinte partout où il a enseigné.

De Ti-Jo, on doit saluer l’homme simple, droit, porteur de valeurs d’huma­nisme et de générosité. C’était aussi un pédagogue d’une grande rigueur métho­dologique dans son approche de l’histoire et des valeurs qu’elle doit porter et dif­fuser dans notre contexte afro-américain.

Il était aussi historien. Dans la société, le rôle de l’historien est important. Il est chargé de construire l’histoire de son pays, il peut intervenir dans des procès, des commémorations, des inventaires de monuments historiques, des attributions de noms de rues, etc. Le métier d’historien a évolué au fil du temps : il peut révéler des éléments oubliés de l’histoire, être invité pour prouver des histoires falsifiées, des manipulations de l’histoire à des intérêts partisans ou idéologiques. Georges Bernard Mauvois, Ti-Jo, était tout cela.

Son travail de recherche, ce qu’il a d’exceptionnel, c’est qu’il a été réalisé avec un autre regard sur notre histoire, une autre vision de cette réalité, une autre écriture dont l’expression et la rigueur forcent le respect.

Ses derniers travaux avant sa disparition portent sur la publication de deux ouvrages très importants, écrits avec d’autres historiens, sur l’histoire de la Ca­raïbe : le tome 1, « Le temps des Genèses », en 2004 ; et le tome 2, « Le temps des matrices », en 2012 (constituant ensemble l’ouvrage Histoire et Civilisation de la Caraïbe). Ce travail exceptionnel a été réalisé avec d’autres célèbres historiens : Jean-Pierre Sainton, Raymond Boutin, Lydie Choucoutou, Richard Château-Dé­gat.

La volonté des auteurs était de sortir l’histoire de l’esclavage et de la Traite négrière des marges de l’histoire scientifique, afin de contribuer à en faire un élé­ment majeur d’une histoire globale ; de lutter contre une fragmentation du passé, une histoire en pointillé qui nous a été proposée pendant trop longtemps, dont le but est la Francisation.

On peut retenir de ses publications :

  • Louis des Étages (1873-1925) : Itinéraire d’un homme politique martini­quais. Prix Frantz Fanon en 1990.

  • Un complot d’esclaves : Martinique, 1831.

  • Tome 1 : « Le temps des Genèses » de Histoire et Civilisation de la Caraïbe, publié en 2004 (Jean-Pierre Sainton, Raymond Boutin, Richard Châ­teau-Dégat, Lydie Ho Fong Choy Choucoutou et Georges B. Mauvois).

  • Tome 2 : « Le temps des matrices » publié en 2012, par les mêmes auteurs.

  • Sa collaboration à la revue haïtiano-caribéenne Chemins Critiques.

  • Au Comité Devoir de Mémoire avec lequel il a fait un bout de chemin, on a beaucoup appris à ses côtés. Il était apprécié pour son immense savoir et ses bonnes idées.

  • Son allocution lors de la célébration, le 1er janvier 2004, du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, sa deuxième patrie. Cette célébration s’est tenue sur la place Roméro, face à la cathédrale de Fort-de-France, aux couleurs du drapeau haïtien, dont il a rappelé à l’occasion son histoire et le rôle de la fête du drapeau en Haïti le 18 mai 1803. La petite histoire voudrait que ce soit Catherine Flon, filleule ou nièce de Jean-Jacques Dessalines, qui aurait cousu le drapeau bicolore haïtien, pour symboliser l’union des trois classes de la colonie : les blancs, les jaunes, et les Noirs.

  • Son texte original sur Joséphine décapitée, intitulé « Sur le chef de l’Impé­ratrice, et sur les griefs imputés à Joséphine », qui sort de l’ordinaire.

  • Les visites guidées de lieux de mémoire en Martinique ; ceux de l’insur­rection du sud de 1870, comme celui du Canal des esclaves de Fonds Saint-Denis au Carbet.

  • Ses recherches personnelles sur les révoltes du Carbet et de Case Pilote qui viennent renforcer le caractère esclavagiste du comte de Blénac, qui réprima dans le sang les révoltes de la côte Caraïbe de Martinique en 1831 (voir son ouvrage Un complot d’esclaves : Martinique, 1831).

Le Comité Devoir de Mémoire sur la proposition de Ti-Jo a réclamé à la muni­cipalité de Fort-de-France que l’on remplace le nom de la rue Blénac par celui de « Rue des insurgés du Carbet de 1831… ».

Relier les évènements entre eux et problématiser davantage l’enseignement de l’Histoire de la Caraïbe en utilisant les récents résultats de la recherche serait re­trouver les fondements de la démarche historique et lever les malentendus des programmes.

Il serait possible, ainsi, de contribuer à enseigner une histoire dans le but de diffuser les acquis de la connaissance historique et scientifique, élaborée par les recherches universitaires des universités des Antilles et de la Guyane, des autres universités du Bassin Caraïbe et des Amériques et aussi des autres universités qui y travaillent : Nantes, Bordeaux, Paris.

Pour honorer sa mémoire, fut créé en 2015 le Jeu-Concours d’histoire Ti-Jo Mauvois, dont le but est :

  • de s’approprier l’Histoire de la Martinique ;

  • de permettre à tous les participants de s’interroger sur les évènements qui ont structuré la société en Martinique, de l’époque amérindienne à nos jours.

Le premier concours avait pour thème « Le Code Noir » et le deuxième, en 2016, « Les résistances des esclaves au système esclavagiste aux Antilles du XVIIe siècle à l’abolition ». Le concours est ouvert à tous. Deux catégories de candidats sont répertoriées : les élèves du premier degré (CM1 et CM2), les élèves des lycées associés aux candidats adultes. Il s’agit pour chaque candidat de s’appuyer sur un corpus documentaire en lien avec le thème, textes sélectionnés par le Comité Ti-Jo, afin de répondre à 10 questions.

Ainsi, la mise en relation de la recherche historique et de l’enseignement ap­porte une contribution aux débats contemporains sur les héritages de cette his­toire, les mémoires, ainsi que sur la construction des identités culturelles et des citoyennetés, dans un espace moderne aujourd’hui mondialisé.

Avec la disparition de l’historien Georges B. Mauvois, la Martinique a perdu un ouvrier de l’histoire, un grand historien.

Christian Jean Etienne

pour le Comité Devoir de Mémoire

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