Traduire ?

Térèz Léotin

p. 225-226

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Térèz Léotin, « Traduire ? », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 225-226.

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Térèz Léotin, « Traduire ? », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 18 juin 2018. URL : https://www.cheminscritiques.org/407

Selon le dictionnaire, la traduction est le fait de faire passer un texte original rédigé dans une langue (« langue source », ou « langue de dé­part ») à un texte rédigé dans une autre langue (« langue cible », ou « langue d’arrivée »). Elle met en relation au moins deux langues et deux cultures et parfois deux époques. Toute tra­duction consiste à transposer un texte d’une langue à une autre. Le concept de traduction repose depuis longtemps sur le respect de l’original, la fidélité à l’esprit de l’auteur. Elle comporte obligatoirement un certain degré d’équivalence. La traduction, nous le savons, consiste à traduire des idées exprimées d’une langue vers une autre. Le texte « source » est donc le texte à traduire, et le texte « cible » est celui dans lequel la traduction sera réalisée. Il est admis que la langue cible doit être la langue maternelle du traducteur.

Traduire implique une maîtrise des deux langues au moins, mais aussi l’accès au texte original qu’il vaudrait mieux traduire directement. Parfois, lorsque l’on ne peut pas uniquement travailler « dans le texte » de la langue de départ, et que ce texte à traduire no­tamment ici, en créole, a déjà une ou plusieurs autres traductions, pas nécessairement fidèles, il faut essayer de les dépasser en s’aidant du texte original, et par comparaison en se réfé­rant aux autres traductions. Ce fut ma manière de procéder pour la traduction d’Alice au Pays des Merveilles/Aliss nan Mèveylann.

Quelles traductions ?

Certaines écoles pensent qu’il faut que le résul­tat ressemble le moins possible à une traduc­tion, il faut qu’il apparaisse plutôt comme un document rédigé directement dans la langue cible de telle sorte que l’effet laissé par la tra­duction soit identique ou équivalent à celui du texte source ; qu’il faut adapter, acclimater et chercher des équivalences. La traduction n’est pas seulement une opération linguis­tique, mais est aussi une opération litté­raire ; car il faut traduire le sens et non pas la langue, qui n’est qu’un simple transpor­teur du message, tout en demeurant fidèle au langage, au registre et au ton employés par l’auteur du texte dans la langue de dé­part.

Selon Cervantès : « ne rien mettre, ne rien omettre. » D’autres assurent qu’il est néces­saire de privilégier l’original au détriment de la stylistique. Selon eux le traducteur doit de­meurer strictement fidèle à la forme du texte original. Il devra contraindre la langue d’arri­vée à prendre la forme donnée par le texte de départ, ne pas trahir et bien restituer le sens du message. La traduction doit être aussi plai­sante à lire, et susciter les mêmes émotions que l’original.

Il existe une autre critique, qui s’appuie sur la phrase italienne : « Traduttore, traditore » pour laquelle toute traduction revient à trahir l’auteur, dans son texte, son esprit, son style. Cela nous encourage à lire « dans le texte », mais tout le monde n’est pas multilingue.

La traduction a-t-elle vocation de servir une langue ?

Dans le cas de productions créoles systémati­quement traduites en français, peut-on parler d’un profit pour la langue créole ? Le lecteur beaucoup plus habitué à la lecture française ne lira-t-il pas uniquement le texte français ? Le texte créole sera-t-il pris en considération par ce même lecteur que la langue française a façonné depuis sa plus lointaine enfance ? Le pari est ici de montrer que créole et français se côtoient sur un même niveau littéraire et fort souvent le lecteur navigue d’un texte à l’autre pour s’assurer que la traduction proposée par l’auteur est correcte. Assez souvent les édi­teurs réclament une traduction française du texte créole.

La traduction peut-elle être au service du créole ?

S’il s’agit d’implanter efficacement la langue créole dans l’environnement litté­raire mondial, s’il s’agit de la faire accéder au statut universel que toute langue est en droit d’espérer, il y a nécessité aussi de lui donner à disposer d’une traduction des grands textes du patrimoine mondial, pour adapter une autre langue, une autre culture à la sienne. Permettre au créole d’avoir accès au monde extérieur, telle est la position stra­tégique que nous devons adopter. La langue pouvant être un obstacle à la compréhens­ion, la traduction permet d’avoir accès aux différents titres étrangers existants de par le monde, et repousse ainsi la barrière des lan­gues. Assez souvent, maintenant les éditeurs réclament une traduction créole du texte écrit en français.

« La transmission de la pensée est indifférente à la langue ». Aller à la rencontre de l’Autre se fait par des échanges interculturels, in­ter-linguistiques. Il est tout aussi juste de dire que la traduction est également la langue de la mondialisation. La langue n’est pas qu’un simple instrument passif au service de la pen­sée, elle est une force agissante, une énergie. Selon Weltansicht « Les langues ne sont pas interchangeables, chacune d’elles constituant une vision du monde », monde dans lequel le créole a sa place au même titre que les autres langues.

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