Promesses et défaillances. Le conflit haïtiano-dominicain dans la littérature caribéenne, d’Elissa L. Lister

Fritz Berg Jeannot

p. 165-178

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Fritz Berg Jeannot, « Promesses et défaillances. Le conflit haïtiano-dominicain dans la littérature caribéenne, d’Elissa L. Lister  », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 165-178.

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Fritz Berg Jeannot, « Promesses et défaillances. Le conflit haïtiano-dominicain dans la littérature caribéenne, d’Elissa L. Lister  », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 18 juin 2018. URL : https://www.cheminscritiques.org/393

Ce titre constitue un clin d’œil à celui d’un article de Max Dominique (1940-2005) sur la poésie de René Phi­loctète (Dominique, 1992, 1999). Une manière de rendre hommage au regretté critique littéraire et ami ! J’en profite pour régler mes dettes envers mes collègues et amis : Louis Rodrigue Thomas, Darline Alexis, Frantz Lamour, Schmied St Fleur, Ilionor Louis, Guy Alex André, Josué Muscadin, Pierre Jorès Mérat, Hubermane Ciguino et Sindy Hercule. Tous, pour leur assistance, leur lecture minutieuse et passionnée, ainsi que leurs commentaires judicieux.

C’est en cherchant des études consacrées aux récits du « massacre des Haïtiens de 1937 » pour un essai en cours de préparation que j’ai découvert ce livre de l’uni­versitaire dominicaine Elissa L. Lister (2013). Traduit de l’espagnol et publié en version bilingue (français-espagnol) par C3 Éditions2, cet ouvrage constitue, sans aucun doute, l’un des rares travaux à avoir analysé différentes œuvres d’auteurs caribéens qui relatent les situations de conflit entre protagonistes dominicains et haïtiens. Étant donné l’intérêt de l’analyse proposée pour les études littéraires haïtiennes et caribéennes, ainsi que les problèmes liés à sa traduction, je n’ai pu m’empêcher de partager avec d’autres ce que sa lecture m’a apporté en termes d’enseignements et d’interrogations. C’est pourquoi je me propose, dans cet ar­ticle, d’examiner les promesses et les limites du livre. Cette intention de lecture embrasse à la fois l’analyse réalisée dans l’ouvrage et la traduction qui a bien voulu la rendre accessible au public haïtien. Sans oublier, bien sûr, les possibles erre­ments d’édition qui l’affectent.

1. Une critique lucide

Dans cet ouvrage, Elissa L. Lister propose au lecteur une critique assez lucide du thème du conflit « dominicano-haïtien » dans la littérature caribéenne. Dès l’introduction, Lister expose de manière explicite son projet « [d’] effectuer une analyse des différentes représentations des compositions narratives que les écri­vains antillais ont produites sur le conflit historique entre Dominicains et Haï­tiens, et [d’] interpréter cette analyse (sic) » à partir d’une « approche des textes » fondée sur « le concept d’intertextualité qui veut que dans toute narration soient présents de multiples discours qui s’entrecroisent ou se confondent » (Lister, 2013, p. 16). Lister accorde un intérêt particulier aux « représentations » qui surgissent du conflit dominicano-haïtien, soulignant aussi bien les contours de la notion que ses principaux soubassements.

La notion de représentation, écrit-elle, est comprise comme le processus de construc­tion d’images mentales auxquelles on donne des significations déterminées ; ces signi­fications sont ancrées dans la culture et elles orientent les conceptions et l’organisation du cadre des relations des sociétés. Une des préoccupations centrales des études des représentations est la recherche de leur origine et le rôle qu’elles jouent dans la confi­guration d’un nous3 et les autres4 (sic) ainsi que l’incidence de la valeur idéologique dans le processus. (Lister, 2013, p. 16)

Cette prise de position met en évidence la problématique ainsi que la démarche de l’étude. Lister en a profité pour préciser le sens que revêt le thème du « conflit dominicano-haïtien » dans les œuvres du corpus (cf. infra). Ce thème désigne, selon elle, des « relations complexes et polémiques », cette « cohabitation des Haïtiens et Dominicains dans un même espace physique, ainsi que les probléma­tiques, les interrelations et les confrontations que celle-ci génère » (Lister, 2013, p. 16).

Lister entend ainsi démontrer que la description des situations de conflit op­posant des protagonistes dominicains et haïtiens dans les œuvres littéraires cari­béennes est souvent alimentée par d’autres types de discours produits par l’his­toire, la culture, les sociétés et même la tradition littéraire. Le parti pris théorique et méthodologique de Lister, dans l’élaboration de ce travail, consiste alors dans le choix d’une « approche intertextuelle »5 des différentes formes de représentations en jeu dans la configuration des relations conflictuelles et polémiques tissées au cours des ans entre la République Dominicaine et Haïti, entre Dominicains et Haïtiens. C’est ainsi que Lister a eu recours aux enseignements de l’histoire et des idéologies qui animent les discours et pratiques des classes dirigeantes des deux nations, et subséquemment, leurs classes moyennes et populaires.

L’analyse prend appui sur un corpus assez riche. L’étude de Lister s’applique, en effet, à un ensemble composé de huit récits dont cinq romans et trois contes, écrits aussi bien par des auteurs dominicains et haïtiens, que par des écrivains originaires d’autres îles de la Caraïbe. Il s’agit de : Over (1939), de Ramón Marrero Aristy (dominicain) ; « Luis Pie » (1946) de Juan Bosch (dominicain) ; El Masacre se pasa a pie (1973) de Freddy Prestol Castillo (dominicain) ; Compère Géné­ral Soleil (1955), de Jacques Stephen Alexis ; La récolte douce des larmes (1999), d’Edwidge Danticat ; « Encancaranublado » et « El día de los hechos » (1982) de Ana Lydia Vega (portoricaine) et Del rojo de su sombra (1992), de Mayra Montero (cubano-portoricaine). Cette variété d’œuvres relate, bien entendu, des situations mettant aux prises des protagonistes haïtiens et dominicains, mais aussi des per­sonnages originaires d’autres îles de la Caraïbe (des cocolos6 et un Cubain). À ce titre, le corpus peut se subdiviser en trois groupes d’œuvres ou mieux se ranger à travers trois catégories. Il ne faut pas y voir, pour autant, un cloisonnement étanche entre les catégories déterminées ; mais plutôt, une indication de tendance fondée sur le parti pris du contenu sans exclure forcément d’autres paramètres de rapprochement. Ce sont alors des récits :

  • relatant des événements relatifs aux « vêpres dominicaines » de 1937. Trois des œuvres étudiées traitent de cette tranche d’histoire douloureuse : les romans de Freddy Prestol Castillo (1973), de Jacques Stephen Alexis (1955) et d’Edwidge Danticat (1998). Ce qui offre au lecteur des perceptions diffé­rentes des faits des deux côtés de la frontière.

  • racontant des situations marquées particulièrement par l’exploitation et la réification des Haïtiens dans des contextes et espaces différents du terri­toire de la République Dominicaine. À cette catégorie peuvent se rattacher les œuvres de Marrero Aristy (1939), de Juan Bosch (1946) et de Mayra Montero (1992).

  • impliquant des personnages dominicains, haïtiens et d’autres îliens, que les événements se déroulent en République Dominicaine, en haute mer ou à Porto-Rico. Cette catégorie accueille les nouvelles d’Ana Lydia Vega (1982).

1.1 Images contrastées du migrant haïtien

Si la plupart des récits analysés dans l’étude de Lister reconnaissent que les travailleurs haïtiens des bateys dominicains sont soumis à des traitements inhu­mains, ces récits n’en projettent pas toutefois une image unifiée. Dans le déploie­ment de l’analyse, en effet, la critique les présente de façon consécutive à tra­vers trois points de vue : celui des auteurs dominicains, celui des haïtiens et celui des auteures portoricaine et cubano-portoricaine. Ces trois regards réunis dans l’étude de Lister contribuent à présenter les protagonistes haïtiens sous la forme d’une mosaïque de tendances.

Dans le premier cas, Lister montre que les auteurs dominicains intègrent plus ou moins la vision hégémonique en République Dominicaine cristallisée dans l’anti-haïtianisme. Si l’on excepte l’écrivain Juan Bosch, qui fait preuve d’un peu plus de considération à l’égard du personnage haïtien de son conte (Luis Pie), à qui d’ailleurs cet auteur reconnaît une subjectivité et une sensibilité paternelle à hauteur de l’humain, les deux autres écrivains dominicains dont les œuvres sont à l’étude dans l’ouvrage ne prennent pas beaucoup de distance par rapport à la pensée officielle. Sous la plume de ces écrivains, les personnages haïtiens ne sont pas considérés comme des protagonistes à part entière. Ce sont de préférence des êtres inférieurs aux Dominicains et qui, en outre, occupent l’échelon le plus bas de la hiérarchie sociale. Pires que les cocolos, eux aussi stigmatisés par les Domi­nicains. Les Haïtiens sont vus comme des êtres passifs, sans âme, sujets impuné­ment à toutes sortes d’atrocités. C’est ainsi que, chez Prestol Castillo par exemple, ce ne sont pas les Haïtiens qui sont présentés comme des victimes, mais plutôt les Dominicains, puisque ce sont eux qui ont subi les contrecoups économiques du massacre de 1937. Les travailleurs haïtiens n’ayant été alors que « des bras », ne travaillant que « pour les os ». De même, les attributs et référents sociaux et culturels des Haïtiens sont carrément dépréciés. Dans ces conditions, les relations amoureuses ou conjugales entre Dominicains et Haïtiens sont quasiment impen­sables. Et lorsque, d’aventure, un ménage binational dominicano-haïtien parvient à se constituer, le/la dominicain/e en cause est aussitôt rejeté/e par sa communau­té et considéré/e du même coup comme affecté/e d’une dégradation profonde et inaltérable.

Dans le deuxième cas, Lister relève chez les auteurs haïtiens retenus une vision plus critique du conflit en question. Plus ou moins concentrés sur la narration de faits réputés relatifs au massacre de 1937, ces derniers se montrent en effet moins indulgents dans le traitement des événements, sans courir le risque de tomber dans aucune forme d’« anti-dominicanisme », comme on aurait pu le craindre. Ils s’emploient à réhabiliter l’image de l’Haïtien véhiculée en République Domini­caine et répercutée dans les œuvres de la plupart de leurs collègues dominicains. Selon ces écrivains haïtiens, la situation infrahumaine d’exploitation, d’animalisa­tion et de quasi réification dans laquelle croupissent les travailleurs haïtiens dans les bateys ne leur enlève pas toute dignité ni tout instinct de révolte. Bien au contraire, les différentes scènes de fuite et de bagarre relevées lors du massacre mettent en évidence la force de caractère de certains personnages haïtiens, leur résistance aux attaques des exécutants du massacre (Hilarion Hilarius dans Com­père Général Soleil d’Alexis ; Unèl et Tibon dans La récolte douce des larmes de Danticat). En outre, la mention de la solidarité de beaucoup de Dominicains avec de nombreuses victimes haïtiennes contraste avec le tableau dressé au moins chez Prestol Castillo. Ce dernier aspect tend à signaler que tous les Dominicains n’ont pas forcément souscrit à l’ordre inique et cynique du Généralissime.

Dans le troisième cas, Lister indique que les deux auteures caribéennes dont elle a analysé les œuvres, n’ayant aucune appartenance ni à la République Domi­nicaine ni à Haïti, sont porteuses d’une vision plus apaisée ou un peu plus neutre du problème. Ces auteures caribéennes, en l’occurrence Ana Lydia Vega et May-ra Montero, ont su introduire un point de vue tiers où, apparemment sans état d’âme, elles livrent un regard plus distant sur la question. Ce regard tiers prend racine dans le déplacement de la scène du conflit, soit sur le plan spatial, soit sur le plan thématique. En fait, les tensions entre Haïtiens et Dominicains s’inscrivent dès lors dans un non-lieu (la haute mer, « Encancaranublado ») ou hors de l’île (à Porto Rico, « El día de los hechos »). Ces espaces a priori neutres expliquent en partie l’atténuation de la tension entre les protagonistes et confèrent au position­nement du narrateur une allure plus pondérée. Un autre élément d’extranéité joue aussi dans le même sens, l’introduction d’un personnage tiers (un Cubain) pour former le trio de naufragés qu’il constitue avec un Dominicain et un Haïtien. De même, chez Mayra Montero, le déplacement se situe sur le terrain des croyances et des valeurs sans atténuer l’ardeur des oppositions. Là encore, ce qui prime c’est la modération du jugement du narrateur. Tous ces ingrédients contribuent à por­ter ces auteures à favoriser un point de vue non partisan, plus profitable au rap­prochement rêvé des peuples dans l’espace caribéen7.

Ainsi, le choix de Lister d’un corpus ouvert sur la Caraïbe lui permet de mon­trer que le conflit dominicano-haïtien ne constitue pas tant un problème propre aux deux peuples, mais de préférence une question au moins de portée régio­nale. Rappelons à cet effet que les protagonistes, pas plus que les auteurs, ne se réduisent aux seuls Haïtiens et Dominicains, qu’ils proviennent d’autres îles de la Caraïbe. Le conflit dominicano-haïtien se double alors d’un autre, opposant des protagonistes d’autres îles à des Haïtiens. Les dessous du conflit dominicano-haï­tien révèlent une réalité idéologique complexe qui se déploie à l’échelle caribéenne avec des migrants haïtiens comme objet de prédilection. De même, il ne se limite guère au territoire dominicain ou haïtien. Ceci s’explique fortement par ce choix d’autres lieux que le territoire dominicain comme théâtre des situations décrites : la haute mer et Porto-Rico. Dans ce même ordre d’idées, l’analyse de Lister dégage, derrière les tensions qui fécondent les situations relatées dans les récits examinés, d’autres niveaux de conflits. En sorte que le différend dominicano-haïtien sert de point d’irradiation à des oppositions à la fois de perceptions, de représentations et de mémoires entre auteurs dominicains et haïtiens. C’est en cela qu’elle donne à lire et à comprendre les fondements d’une « fabrique du regard »8 tributaire de survivances de l’histoire de la colonisation dans les imaginaires caribéens.

Lister est parvenue à conclure l’étude par une critique assurée des soubasse­ments de la représentation de ces situations de conflit, notamment du point de vue dominicain. Comme expression de récits alternatifs, les textes analysés dans cette étude lui permettent de dégager les différentes dimensions des conflits op­posant les Dominicains aux Haïtiens, en partant de personnages marginaux. L’an­ti-haïtianisme mis en relief dans l’analyse de ces récits, sans être imputable à tous les Dominicains, est reconnu comme une idéologie assez largement partagée qui s’est élaborée au cours de plus de deux cents ans d’une histoire agitée, à travers le discours officiel dominicain et les pratiques des élites des deux nations. En ce sens, Lister en arrive à l’idée que les antagonismes qui alimentent les relations dominicano-haïtiennes ne relèvent pas tant de tensions frontalières réelles, mais de frontières idéologiques transposées dans l’imaginaire des Dominicains. Car, de ce point de vue là, la présence haïtienne en République Dominicaine envoie aux Dominicains une image d’eux et de leur culture qu’ils entendent plutôt nier. Ces antagonismes sont inhérents à une histoire traditionnelle dominicaine qui consacre l’image de la République Dominicaine comme victime d’Haïti. Cette ap­proche fondée sur la victimisation prend sa source dans la référence constante aux épisodes d’invasion de la République Dominicaine par Haïti. D’où l’on tire l’opposition supposée République Dominicaine/« civilisée » contre Haïti/« bar­bare ». Du même coup, cette approche laisse apparaître les tares d’une élite qui se complait dans les travers de la colonisation et se fourvoie dans le déni de son identité métisse. L’analyse est parvenue à souligner ainsi que la coexistence de deux mondes prétendument opposés est avant tout un construit historique tribu­taire des valeurs et des pratiques sociales portées par les élites des deux États. Sans correspondance effective avec les réalités.

Selon Lister, un tel état d’esprit ne saurait être favorable à la reconnaissance des exactions commises à l’égard du migrant haïtien ou de leurs descendants. Car, accepter le massacre de 1937, par exemple, comme partie intégrante de l’histoire dominicaine, consisterait à admettre un changement substantiel dans la vision officielle. Changement qui impliquerait pour les Dominicains la reconnaissance de leur part de barbarie, en admettant sur ce coup leur position de bourreaux des ressortissants haïtiens. Ce serait du même coup démythifier la différence que l’opinion officielle s’obstine à enfoncer dans l’imaginaire dominicain. Ce serait avaliser l’idée d’une perméabilité des pensées et actions dominicaines à des tares qu’elle dénonce chez les autres. En contrepoint de ce piège idéologique dans le­quel les Dominicains se sont égarés, ces derniers se doivent de s’engager dans un processus de décolonisation de leur imaginaire et de leurs actions. Or, une vraie décolonisation passe par la reconnaissance de l’identité complexe et métisse des Caribéens. Inscrire Haïti et la République Dominicaine dans l’espace cari­béen constitue un élément capital dans cette perspective. Les deux États forment tous deux des communautés d’afro-descendants et multiculturelles. Concernant les Dominicains, ce processus de décolonisation requiert deux conditions essen­tielles : la reconnaissance de l’apport africain comme composante à part entière de leur identité ; la révision critique du discours historique officiel dicté princi­palement par les intérêts des deux élites. Ce qui permettrait, en définitive, aux deux peuples de vivre la frontière qui les sépare de manière moins dramatique, en ouvrant la voie à « la reconnaissance de complexes réalités socioculturelles, histo­riques et des discours qui y sont relatifs. Il s’agit […] [d’] une seule île […] partagée par deux nations multiculturelles qui forment un ensemble inséparable, avec des liens indissolubles, qu’elles l’acceptent ou pas. » (Lister, 2013, p. 133)

1.2 Un recueil de lectures plus qu’une étude d’ensemble

On peut regretter malgré tout que l’ouvrage de Lister n’accomplisse pas toutes ses promesses. En effet, les annonces de l’introduction concernant le parti pris analytique de l’auteure n’ont pas abouti à une concrétisation suffisante. L’éclate­ment de l’étude est trop manifeste. En se fiant au titre de l’ouvrage et à l’intro­duction, on aurait pu s’attendre à une lecture d’ensemble, qu’un modèle d’analyse construit permettrait d’appréhender dans ses différentes articulations. Le corpus aurait alors servi de base à l’analyse en contribuant à étayer l’argumentaire conçu à cet effet et déplié tout au long de l’étude. Au fond, l’ouvrage de Lister donne à lire une compilation de sept (7) lectures9 autonomes quoique reliées entre elles à différents niveaux : par des rapprochements sporadiques entre récits, par les pré­visions de l’introduction et par les grandes lignes de la conclusion. La successivité des chapitres, la structure des titres de chapitre (nom d’auteur et titre d’œuvre), ainsi que le phrasé des différents chapitres (chacun ayant sa propre articulation) constituent une illustration évidente de cette observation. En vain, on aura cher­ché dans cet ouvrage les éléments basiques indispensables à une étude synchro­nique. En tout cas, je n’y trouve ni regroupements thématiques, ni confrontation de tendances, ni essai de comparaison entre les œuvres à l’étude.

Ce choix de mise en livre de l’étude produit dès lors un effet de discontinuité contraire à l’horizon de lecture que suggère le titre et que l’introduction répercute. Les rapprochements occasionnels entre récits sur certains aspects du conflit n’at­ténuent en rien les aspérités de cet effet de discontinuité. Les propos de l’intro­duction et de la conclusion non plus. Car, en isolant la lecture de chaque œuvre/ auteur dans un chapitre à part, Lister a préféré conférer à son étude un cachet d’éparpillement, de dispersion, d’émiettement. À un point tel que l’introduction et la conclusion du livre disent davantage, en termes d’analyse, que les huit chapitres restants. Même si la dimension fragmentaire de la conclusion est trop visible. Or, c’est dans le corps de l’étude qu’on s’attendait à lire cette « analyse d’ensemble ». L’ouvrage n’a donc pas su cacher son caractère composite. Si bien qu’à un certain moment, je me suis même demandé si les différents chapitres proposés n’ont pas fait qu’actualiser ou du moins reprendre des lectures effectuées de façon séparée, puis réunies pour une publication circonstanciée. Auquel cas, l’introduction et la conclusion seraient rédigées juste pour établir entre ces différentes lectures, de­venues chapitres, les liens logiques et analytiques qu’elles n’arrivent pas à laisser transparaitre en elles-mêmes. Pour tenter, peut-être, de conditionner au mieux la réception de l’ensemble.

Ainsi, dans sa réalisation, l’ouvrage n’a pas su exploiter suffisamment l’exem­plarité du corpus choisi, ni la productivité potentielle de l’approche retenue, ni la lucidité critique de l’auteure. Il reste beaucoup trop à la surface. Limitant ainsi la portée de l’étude, laissant le lecteur irrémédiablement sur sa faim !

2. Une traduction et un travail éditorial perfectibles

La traduction française du texte original de Lister a l’avantage de rendre la ré­flexion qu’elle articule disponible pour le public haïtien. Elle répond à l’une des fonctions cardinales de toute entreprise de traduction, qui consiste à favoriser l’accessibilité du texte traduit à un public étranger. Ce qui en fait a priori une contribution appréciable à la bibliographie haïtienne relative aux questions haï­tiano-dominicaines. Si cet ouvrage n’avait pas fait l’objet de cette publication bi­lingue, par exemple, son contenu risquerait de me rester inabordable tout de suite. Non seulement, j’aurais pu ignorer complètement l’existence de cette étude ; en outre, étant donné mes limites en espagnol, j’aurais mis trop de temps à en effec­tuer la lecture. Je présume même qu’il en serait pareil sinon pire pour beaucoup de lecteurs haïtiens non hispanophones. Sous ce rapport, cette édition bilingue français-espagnol peut se révéler d’une grande utilité. Une telle initiative se justifie aussi par la permanence des tensions dans les relations haïtiano-dominicaines et la nécessité de rompre le cycle de l’ignorance ou de l’inconscience qui domine ces relations du point de vue haïtien. C’est aussi dans cette perspective que je reçois la traduction et la publication de plusieurs autres ouvrages dominicains à C3 Édi­tions10. C’est une entreprise qui mérite, d’ailleurs, d’être soutenue et pérennisée.

Toutefois, à y regarder de plus près, il est à déplorer que la traduction fran­çaise de l’ouvrage souffre de plusieurs problèmes liés à la politique du passage de l’espagnol au français proposée par les traductrices11. À titre d’illustration, je me permets d’en énumérer ci-dessous quelques-uns :

  • l’inversion, dans la traduction, des termes de l’adjectif composé du titre du texte original. Le titre original de l’ouvrage, « El conflicto domini­co-haitiano en la literatura caribeña », repris d’ailleurs en couverture, est ainsi traduit « Le conflit haïtiano-dominicain12 dans la littérature cari­béenne ». Les traductrices opèrent une inversion des termes constituant l’adjectif qualificatif composé précisant le thème du « conflit ». Cette in­version introduit une inflexion dans le passage de l’espagnol au français dans la mesure où elle modifie le point de vue de l’auteure du texte origi­nal. D’autant que dans le corps du texte traduit, on enregistre une instabi­lité dans la reprise de l’adjectif composé en question : tantôt on lit « haïtia­no-dominicain », tantôt « dominicano-haïtien ».

  • la traduction des titres de la table des matières et ses errances. À quoi bon mentionner les titres originaux en même temps que les titres traduits dans la version française (« table des matières » et corps du texte) ? Cela pose un problème d’indécision embarrassante pour l’instance traductrice tout en surchargeant inutilement la page. Surtout que certains titres d’œuvre y restent tels quels (Over de Ramón Marrero Aristy, « Luis Pie » de Juan Bosch et « Encancaranublado » de Ana Lydia Vega). Le récit de Freddy Prestol Castillo, El masacre se pasa a pie, n’ayant pas de traduction française connue, le lecteur peut bien se passer de la traduction du titre pro­posée et jointe au titre original à différents endroits de la version française de l’étude. De même, le roman de Jacques Stephen Alexis ayant pour titre original, Compère Général Soleil, il est surfait de lui adjoindre de temps en temps le titre de la traduction espagnole, Mi Compadre el general Sol. Et dans ce cas précis, des erreurs de syntaxe et d’orthographe affectent çà et là la reprise de la version espagnole du titre (p. 11, 69). En ce qui a trait au roman d’Edwidge Danticat, il existe un titre francophone attesté La récolte douce des larmes, il suffisait de le reprendre dans la version française sans avoir besoin d’ajouter le titre espagnol utilisé dans la version originale de l’étude (Cosecha de huesos).

  • la traduction des titres de textes cités. Dans les notes infrapaginales comme dans la bibliographie de l’étude, on lit souvent, entre parenthèses, la traduction en français du titre original des ouvrages ou des articles cités ou énumérés, juxtaposée à leur équivalent espagnol. Dans certains cas, les textes cités ont une version française attestée ou un titre original en français bien connu, que les traductrices semblent ignorer et à la place desquels elles proposent une traduction qui peut se révéler trop approxi­mative. Cela pose deux problèmes qu’il faut signaler ici : d’un côté, comme on l’a déjà souligné, la démarche consistant à traduire tous les titres, dans ces cas, n’est pas de première recommandation ; de l’autre, la pratique cor­respondante n’est pas toujours heureuse puisqu’elle débouche sur des ré­sultats inadaptés. C’est le cas de la traduction française proposée pour la version espagnole (Introducción a la poética de lo diverso/« Introduction à la poétique de la diversité13 », p. 84) alors que le titre original français du livre bien connu d’Edouard Glissant est Introduction à une poétique du divers (1996)14.

  • les approximations du travail de traduction relevées dans le corps du texte. La traduction de plusieurs passages laisse transparaître une approximation certaine par rapport à leurs correspondants dans le texte original. En me référant à quelques passages des deux versions pris au hasard, je me suis rendu compte de cet état des limites du travail réalisé par les traductrices.

  • l’omission de la date de la première publication de la version originale de l’étude. À aucun endroit de l’ouvrage, il n’est mentionné ni la date ni l’édi­tion de la version originale de l’ouvrage en espagnol, pas même dans la version originale elle-même pourtant reprise dans l’ouvrage. Alors que dans la pratique, ces informations sont toujours précisées dès la page de couverture interne.

À bien considérer ces problèmes relevés au niveau de la traduction, je crains qu’ils ne résultent d’un manque de maîtrise de la matière de l’ouvrage de Lister par les traductrices ou de leurs insuffisances au niveau de l’activité de traduction ou encore des deux à la fois. Ces limites auraient pu être comblées sans a priori cau­ser d’entorse à l’œuvre traduite, si l’on avait réussi à la faire relire et revoir par un spécialiste, ou tout au moins par un bon connaisseur de la littérature caribéenne. D’autant que, malheureusement, les aléas de la vie intellectuelle en Haïti nous dispensent assez souvent de recourir au service de spécialistes pour accomplir de nombreuses tâches. À charge pour l’éditeur et le directeur de la collection ac­cueillant l’ouvrage de prendre des mesures appropriées afin que les effets de ces contingences ne soient pas trop fâcheux pour les lecteurs.

De même, on peut être tout aussi gêné par les négligences relatives au travail éditorial de relecture en vue d’éviter la persistance de petites erreurs élémentaires dans le texte parvenu jusqu’au lecteur. Il s’agit là des erreurs de langue et de mise en page combinées. Voici quelques exemples d’erreurs qui ont attiré mon atten­tion au moment de la lecture de l’ouvrage :

  • des coquilles : mots mal orthographiés (« différentes » au lieu de « dif­férences », p. 15 ; « réussiraait-elle » au lieu de « réussirait-elle », p. 82 ; « gestee » au lieu de « geste », p. 92), mots mis pour un autre (« que » au lieu de « qui », p. 22 ; « avec » au lieu de « par », p. 53, « en » au lieu de « au » dans l’expression « en détriment de », p. 73 ; « de » au lieu de « se », 127), mots collés (« raisondu », p. 95 ; « motivationsqui » et « etle », 107), etc.

  • des erreurs syntaxiques liées à des mots manquants (« de », p. 63 ; « la », p. 89, « le », p. 118) ou signes manquants (« haïtiano dominicain » au lieu de « haïtiano-dominicain », p. 3, 5), à l’usage de mots impropres ou non attestés en français (« cosmovision »15, p. 17, 81, 132, etc.), ou à la présence de différents types d’« hispanismes »16 dans la phrase française, à l’omis­sion ou la mention grammaticalement injustifiée de signes de ponctuation (virgule, p. 89, 120, etc.).

  • des négligences de type stylistique. À ce titre, on peut citer l’emploi du pronom « elles », mis pour « Ces descriptions » (p. 43), qui est très faculta­tif ; car, en pareil cas, il est recommandé d’omettre le pronom pour raison stylistique, sans courir le risque d’obtenir une phrase agrammaticale.

  • des notes infrapaginales dont le contenu ne correspond pas au numéro annoncé (note 42, p. 103 ; note 47, p. 115) ce qui provoque un certain dé­calage entre les deux versions appariées dans l’ouvrage.

Ces problèmes sont de nature à perturber le lecteur sensible aux erreurs no­tamment linguistiques. Ils s’avèrent même, en tout cas à mon sens, désagréables à la lecture. On se doit d’éviter au lecteur moyen la lecture d’un livre où subsistent ces erreurs a priori banales. De plus, lorsqu’on sait la propension actuelle de nos jeunes à un usage non rigoureux de la langue, qu’elle soit due au dilettantisme ambiant ou à des lacunes accumulées au cours de leur scolarité, publier cet ou­vrage avec ces erreurs de langue risque de contribuer à encourager cette frange du lectorat haïtien à persister dans ce travers. Surtout qu’un tel ouvrage peut au fond être une source précieuse d’enseignements pour des étudiants intéressés à la littérature caribéenne ou tout simplement aux études consacrées aux relations haïtiano-dominicaines.

Au terme de ce parcours, comment ne pas saluer l’initiative ? Quand on sait la rareté de ces efforts dans notre milieu éditorial encore à ses balbutiements, à bien des égards. Les problèmes pointés plus haut ne consistent donc pas tout sim­plement à déprécier l’ouvrage, mais à attirer l’attention des intéressés sur les pré­cautions à prendre ou les efforts à consentir afin que la persistance de ces erreurs ne devienne un trait de l’identité de l’édition. Puissent ces remarques critiques contribuer à porter l’éditeur et le directeur de collection à redoubler de vigilance en vue de proposer au public haïtien des ouvrages dont la lisibilité souffre le moins possible de ces erreurs.

2 La traduction de cet ouvrage et sa parution en version bilingue s’inscrivent dans une série de six publica­tions consacrées à la problématique des

3 En italique dans le texte.

4 En italique dans le texte.

5 Cette expression fait référence, entre autres, au concept d’intertextualité élaboré par le théoricien litté­raire français Gérard Genette dans

6 Terme péjoratif utilisé pour désigner les travailleurs de la canne à sucre originaires d’îles anglophones de la Caraïbe.

7 À ce sujet, on peut évoquer le roman de René Philoctète Le peuple des terres mêlées (1989) qui en a fait un sous-thème. De plus, le rêve de « l’

8 Cette formule-titre est empruntée à M. Sicard (1999) à travers une citation du professeur émérite Roger Toumson, spécialiste des littératures et

9 Cf. Denis Watson (2013). Dans la présentation de l’ouvrage de Lister consignée dans cet article, l’auteur préfère parler de sept (7) essais.

10 Cf. note 2.

11 Chantal Joachim et Rachelle Doucet, cf. Lister, 2013, p. 6.

12 La mise en gras de ces fragments est de nous.

13 Ce signalement est de nous.

14 Cf. Glissant 2000, p. 193 ; 1997, p. 841.

15 Ce terme aurait pu être traduit par « vision du monde » lorsqu’on se réfère à sa structure qui révèle aisé­ment son étymologie. D’autant que cette

16 Erreurs dues à l’emploi de mots ou de formes syntaxiques propres à l’espagnol dans le texte traduit en français. Le fait de garder le mot « 

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2 La traduction de cet ouvrage et sa parution en version bilingue s’inscrivent dans une série de six publica­tions consacrées à la problématique des relations haïtiano-dominicaines effectuée par C3 éditions : Popula­tion, économie et esclavage. Essai sur le XVIIIe siècle à Saint-Domingue de Rubén Silié ; Du racisme et de l'an­ti-haïtianisme et autres essais de Flanklín Franco Pichardo ; Haití y la República Dominicana. Miradas desde el siglo XXI sous la direction d'André Corten ; Pour Haïti. Pour la République dominicaine de Guy Alexandre ; Haïti et la restauration de l'indépendance dominicaine édité par Michel Soukar. Il est temps de cesser de né­gliger les travaux relatifs à la question. Plus, il est urgent de penser à une collecte systématique des travaux et données relatives à ces relations, au développement des initiatives et des travaux sur les mêmes questions de manière à en construire d’autres intelligibilités. Les rapports avec la République Dominicaine sont, d’un point de vue stratégique, trop importants pour maintenir leur gestion à la merci de l’ignorance, de la délinquance et de l’amateurisme. Surtout qu’en République Dominicaine, on a déjà pris conscience de l’impératif de traiter ces relations avec le plus grand sérieux. Et, pour peu que je sache, ils ont déjà pris les dispositions nécessaires afin d’y parvenir. Étant donné les circonstances, nous ne pouvons donc plus continuer à nous vautrer dans l’insouciance coutumière. Au risque de précipiter notre effondrement collectif !

3 En italique dans le texte.

4 En italique dans le texte.

5 Cette expression fait référence, entre autres, au concept d’intertextualité élaboré par le théoricien litté­raire français Gérard Genette dans plusieurs de ses travaux, notamment dans son ouvrage bien connu Pa­limpsestes (1982). Ce concept thématise les différentes formes de relations qui se tissent dans un texte avec d’autres discours. Ce faisant, ce concept réévalue, en la dépassant, la notion traditionnelle d’imitation, si prisée dans le discours critique classique. Il reconnaît dans ces types de dialogues entre discours et textes l’un des plus vieux principes qui, depuis des siècles, ne cessent de contribuer à l’engendrement d’œuvres verbales réputées littéraires. Du même coup, il fait passer ces relations d’une valeur négative à une valeur positive. Dans cette perspective, il n’est pas incongru de rapprocher le concept d’intertextualité de celui de dialogisme développé par le théoricien russe Mikhaïl Bakhtine.

6 Terme péjoratif utilisé pour désigner les travailleurs de la canne à sucre originaires d’îles anglophones de la Caraïbe.

7 À ce sujet, on peut évoquer le roman de René Philoctète Le peuple des terres mêlées (1989) qui en a fait un sous-thème. De plus, le rêve de « l’unité caribéenne » constitue un élément récurrent de sa poésie (Cf. Ces îles qui marchent, 1969 ; Caraïbes, 1982). Non pris en compte dans le corpus de l’étude, ce roman y est pourtant cité en notes infrapaginales à la fois à propos de la même question et de l’épisode Perejil associé aux événements du massacre de 1937 (Lister, 2013, p. 83, 97, 202 et 212).

8 Cette formule-titre est empruntée à M. Sicard (1999) à travers une citation du professeur émérite Roger Toumson, spécialiste des littératures et cultures de la Caraïbe et des Amériques (Toumson, 2004, p. 115-122).

9 Cf. Denis Watson (2013). Dans la présentation de l’ouvrage de Lister consignée dans cet article, l’auteur préfère parler de sept (7) essais.

10 Cf. note 2.

11 Chantal Joachim et Rachelle Doucet, cf. Lister, 2013, p. 6.

12 La mise en gras de ces fragments est de nous.

13 Ce signalement est de nous.

14 Cf. Glissant 2000, p. 193 ; 1997, p. 841.

15 Ce terme aurait pu être traduit par « vision du monde » lorsqu’on se réfère à sa structure qui révèle aisé­ment son étymologie. D’autant que cette expression constitue un concept élaboré dans le sillage des travaux de « sociologie de la littérature » du critique français Lucien Goldman dans les années 1960, notamment dans son ouvrage Le Dieu Caché. Bien entendu, l’usage du terme « cosmovision » dans la version française relève aussi d’une erreur de traduction, c’est à mon sens un « hispanisme ».

16 Erreurs dues à l’emploi de mots ou de formes syntaxiques propres à l’espagnol dans le texte traduit en français. Le fait de garder le mot « cosmovision » dans le texte en français est une illustration de la présence d’hispanismes.

Fritz Berg Jeannot

Enseignant à l’université Quisqueya, consultant à l’Unité d’observation de la pauvreté et de l’exclusion sociale (UOPES) du Ministère de la planification et de la coopération externe (MPCE) et membre du groupe de recherche et de développement Imaginescence.

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