La migration haïtienne dans le monde

Entre gens de bateau, apatrides et migrants environnementaux

Jean-Claude Icart

p. 57-74

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Jean-Claude Icart, « La migration haïtienne dans le monde », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 57-74.

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Jean-Claude Icart, « La migration haïtienne dans le monde », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 21 novembre 2018. URL : https://www.cheminscritiques.org/378

Les migrations internationales constituent, avec l’équité sociale et la protection de l’environnement, les trois grandes préoccupations qui accompagnent l’entrée de l’humanité dans le troisième millénaire.
(Lélio Mamora, 2002, quatrième de couverture)

Les flux migratoires à partir d’Haïti peuvent avoir une valeur paradigmatique, même lorsqu’ils ne sont pas les plus importants numériquement. Le chercheur argentin Lélio Mamora, par exemple, s’appuie fortement sur le cas d’Haïti pour illustrer son argumentation selon laquelle quatre stratégies sont susceptibles d’influencer les politiques migratoires des pays :

  • les stratégies de pression d’un État sur un autre pour obtenir des avantages ;

  • les stratégies de rétribution qui consistent à accorder un privilège à un autre État en fonction, par exemple, de la configuration de leurs rapports historiques (rapports privilégiés entre ancienne puissance coloniale et ancienne colonie) ;

  • les stratégies de représailles qui, dans certaines conjonctures, prennent la forme de politiques d’expulsions ou de rapatriements ;

  • les stratégies de négociation qui dominent particulièrement dans les dynamiques d’intégration régionale. (Mamora, 2002, cité dans Conseil de Développement Économique et Social, 2015, p. 4)

Se pencher sur les grandes composantes du spectre des migrations internationales à partir d’Haïti devrait nous permettre de faire un état des lieux, d’actualiser le portrait d’un dossier dont l’importance au niveau national n’est plus à démontrer. Cet exercice devrait cependant nous renvoyer également aux grandes questions qui se posent à l’heure actuelle sur la scène internationale dans ce champ d’études.

1. La crise des boat people

Durant l’été 2015, le monde entier a été ému par la photo du corps d’un très jeune réfugié syrien sur une plage turque. Cet événement contribua grandement à mettre en lumière la très forte augmentation du nombre des réfugiés qui passèrent par la Méditerranée pour rejoindre l’Europe cette année-là, soit 1 011 712 en 2015 comparativement aux 216 000 en 2014. La mer devint donc le chemin privilégié pour rejoindre l’Europe, peut-être en raison de l’érection d’une clôture entre la Turquie et la Grèce dans la première moitié de l’année 2014. En 2015, 3 735 personnes périrent en Méditerranée. Toujours pour cette année, selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 80 % des arrivées par la mer furent enregistrées en Grèce (847 819 au total), dont plus de la moitié (497 336) sur l’île de Lesbos.

Selon les estimations de différentes organisations non gouvernementales, 16 000 personnes ont trouvé la mort aux frontières de l’Europe entre janvier 1993 et mars 2012, avec un accroissement marqué de la mortalité migratoire depuis le début des années 2000. Le 3 octobre 2013, 360 Érythréens et Somaliens, sur les 500 qui avaient quitté quelques jours plus tôt les côtes libyennes à bord d’une embarcation surchargée, se sont noyés à proximité de Lampedusa, une petite île italienne située entre la Sicile et la Tunisie. Huit jours plus tard, le 11 octobre, ce sont au moins 200 boat people syriens qui sont morts noyés, toujours au large de Lampedusa (Rodier, Claire, 2014).

Ces évènements nous rappellent que, les premiers boat people de la période contemporaine furent les Haïtiens qui, dès le début des années 70, commencèrent à débarquer sur les côtes de la Floride, et ont continué à le faire depuis, selon les soubresauts de la politique haïtienne. Dès 1972, les Américains procédèrent à l’emprisonnement systématique des revendicateurs d’origine haïtienne en Floride. À compter de mai 1981, une politique de dispersion de ces boat people dans de véritables camps de concentration, comme celui de Fort Allen à Porto Rico, fut adoptée1. En octobre 1981, suite à un accord avec le gouvernement de Jean-Claude Duvalier, un rideau de navires fut érigé dans la mer des Caraïbes pour bloquer l’accès des côtes floridiennes.

Il y eut une vague particulièrement importante entre 1991 et 1994, durant la période qui suivit le coup d’État militaire qui renversa le président constitutionnellement élu en septembre 1991. Jusqu’en mai 1994, les boat people interceptés furent systématiquement retournés en Haïti. Par la suite, ils furent soit conduits à bord d’un bateau ancré à Kingston, en Jamaïque, pour un examen préliminaire, soit retournés ou encore, dirigés vers la base américaine de Guantanamo, à Cuba. Puis il fut envisagé de leur offrir le choix entre retourner en Haïti et trouver temporairement asile dans un pays tiers. Les États-Unis établirent des contacts pour la régionalisation de ce dossier avec des pays de la Caraïbe comme le Venezuela, le Honduras, les Îles Turques et Caïques ou encore le Belize (ICVA, 1994).

Durant toute cette période, on a pu relever une grande incohérence entre les prises de position publiques quant à la situation politique du pays d’origine et le non-accueil des personnes qui fuyaient cette situation. Les États-Unis refusèrent de procéder à une détermination collective, comme dans le cas des réfugiés cubains. Cette posture souligna la dimension de l’intérêt politique du pays d’accueil dans l’octroi du statut de réfugié2.

La tendance lourde en matière de politique vis-à-vis des réfugiés dans le monde est d’empêcher les revendicateurs de franchir les frontières afin qu’ils ne puissent pas faire appel aux dispositions de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. En plus de la multiplication d’obstacles à l’arrivée des réfugiés, on observe une nette tendance à l’interprétation restrictive de la Convention de 1951 et du protocole de 1967, ainsi que la prolifération de statuts alternatifs limités n’offrant pas autant de protection. La concertation est de plus en plus forte entre les États occidentaux relativement à leurs meilleures pratiques en la matière. On peut parler d’une véritable crise du système de protection.

La plupart des mesures adoptées par les autorités américaines pour faire face à l’afflux de réfugiés haïtiens en Floride durant cette période furent reprises par les autorités australiennes, vers la fin du XXe siècle et le début de ce siècle, pour refuser l’accès à leur territoire à des réfugiés afghans : emprisonnement systématique des revendicateurs, dispersion dans de véritables camps de concentration érection d’un véritable rideau de fer dans la mer pour bloquer l’accès des côtes, contradiction entre les prises de position publiques quant à la situation politique du pays d’origine et le refus d’accueillir les personnes qui fuyaient cette situation politique, refus de procéder à une détermination collective, appels à la régionalisation du problème, rétention des réfugiés sur des bateaux dans les eaux internationales. Au cours de l’année 2000, l’Australie avait adopté une législation visant à protéger ses frontières, autorisant l’armée à arraisonner, fouiller, renvoyer ou détenir des bateaux transportant des demandeurs d’asile dans les eaux internationales. Tout en affirmant leur souveraineté dans un rayon de 200 kilomètres à partir de leurs côtes, les autorités australiennes maintenaient que leurs obligations quant à la protection des revendicateurs se limitaient à un rayon de 12 miles nautiques.

Ces deux dossiers se rejoignirent en mai 2002 quand les États-Unis et l’Australie entreprirent de sérieuses discussions à propos d’un éventuel échange de réfugiés. L’idée était d’envoyer des Haïtiens (et des Cubains) en Australie et de recevoir des Afghans (et des Irakiens) aux États-Unis. La logique sous-tendant ce projet était qu’il fallait frustrer les revendicateurs quant à la destination choisie. C’était une interprétation curieuse d’un principe très discuté à l’époque dans les milieux spécialisés sur cette question, soit l’utilisation stratégique du réétablissement (Icart, 2002).

Plusieurs de ces mesures ont également été utilisées en Méditerranée. Les politiques publiques de dissuasion ont été coordonnées au niveau européen à partir du début des années 2000. Les principaux pays ont commencé à élaborer des règlements limitant l’exercice du droit d’asile, le réduisant à néant dans certains pays. Le contrôle accru des migrations et des frontières a débouché en 2005 sur la création de l’agence de police européenne Frontex, afin de coordonner la coopération opérationnelle entre les États membres en matière de gestion des frontières extérieures. Les États membres ont cependant refusé de coordonner leur approche en matière d’asile et il n’y a pas de politique européenne de l’immigration. La question migratoire s’est trouvée généralement exclue des grands forums internationaux traitant de la globalisation, contrairement à la circulation des biens et des capitaux. Il n’y a pas en fait de réelle tradition de discussions multilatérales sur les migrations (Crépeau, 2014).

Le principal impact des derniers épisodes de la crise des boat people en Méditerranée a été d’inciter les États européens à une meilleure concertation quant à l’accueil des réfugiés. La grande difficulté des membres de l’espace régional le plus intégré à se doter d’une approche commune du refuge – malgré l’existence de conventions internationales, malgré la présence d’une structure reconnue, le HCR, et malgré l’expérience des conséquences de la Seconde Guerre mondiale – met en lumière les obstacles à franchir pour adopter une approche commune de l’immigration. Les États sont très réticents à partager ce qu’ils estiment être de leur ressort exclusif. L’Allemagne, à elle seule, a pris 80 % du fardeau. Elle a reçu plus d’un million de réfugiés durant la seule année 2015. Les vingt-huit pays de l’Union européenne décidèrent de se répartir 160 000 réfugiés en deux ans, mais cet accord fut rapidement mis à mal (Éditorial Le Monde, 2015)3. En mars 2016, l’Union européenne signa un accord avec la Turquie. Ce pays s’engageait à aider à arrêter le flux de migrants vers l’Europe en échange d’une assistance économique de 6 milliards $US4.

2. La question de l’apatridie

Depuis septembre 2013, la migration haïtienne se retrouve encore une fois au cœur d’un dossier qui touche une dizaine de millions de personnes dans le monde, l’apatridie. Les pays les plus touchés sont la Birmanie, où plus d’un million de musulmans Rohingyas se sont vu refuser la citoyenneté birmane ; la Côte d’Ivoire, où vivent 700 000 apatrides provenant notamment du Burkina Faso ; la Thaïlande, avec 500 000 apatrides5 ; la Lituanie, avec 268 000 apatrides d’origine russe ; et la République dominicaine, où se retrouvent plus de 200 000 apatrides d’origine haïtienne (HCR, 2014).

La crise actuelle en République dominicaine découle de la décision 168‑13 du Tribunal constitutionnel, prise en septembre 2013. Cette décision enlevait à plus de 200 000 Dominicains d’origine haïtienne leur citoyenneté acquise par la naissance sur le sol dominicain. En mai 2014, la Loi spéciale de naturalisation 169‑14 atténuait un peu les conséquences de la décision 168‑13 :

  • Les personnes qui avaient en leur possession un document gouvernemental du Registre civil pouvaient recouvrer automatiquement leur citoyenneté. Fin juin 2015, environ 55 000 personnes s’étaient inscrites sous cette rubrique.

  • Les autres, nées sur le sol dominicain, mais n’ayant pas de document pour le prouver, devaient déposer une demande de naturalisation après une période de deux ans (période durant laquelle elles seraient considérées comme des étrangers). À la date limite du 1er février 2015, seulement 8 755 personnes s’étaient prévalues de cette disposition. Par conséquent, près de 150 000 personnes risquaient de constituer le plus grand groupe d’apatrides des Amériques.

Suite à une visite sur le terrain du 2 au 5 décembre 2013, dans son rapport préliminaire, la Commission interaméricaine pour les droits de l’homme (CIDH) avait fait les recommandations suivantes concernant les mesures à adopter pour contrebalancer les effets de la décision 168‑13 :

  • Elles doivent garantir le droit à la nationalité des personnes qui avaient déjà ce droit sous le régime interne en vigueur entre 1929 et 2010. 

  • Elles ne peuvent exiger que les personnes ayant droit à la nationalité soient enregistrées en qualité d’étrangers comme condition de la reconnaissance de leurs droits.

  • Elles doivent être générales et automatiques, les mécanismes doivent être simples, clairs, rapides, justes et ne peuvent être discrétionnaires.

  • Elles doivent être accessibles sur le plan économique. (CIDH, 2013)

Les autorités dominicaines avaient donc jeté du lest en acceptant la première recommandation, mais avaient complètement ignoré les autres. Enfin, en août 2014, la CIDH arrivait à la conclusion que la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine et l’enregistrement des étrangers sur un registre spécial prévu par la loi 169‑14, constituaient une violation de la Convention américaine relative aux droits de l’homme, d’une part, et du droit à la nationalité, d’autre part (Inter-American Court of Human Rights, 2014). La décision 168‑13 avait en fait légalisé des pratiques administratives en cours depuis la fin des années 1990 et déjà condamnées en 2005 par la Cour interaméricaine des droits de l’homme (Cour IADH, 2005, p. 202‑207).

Parallèlement, le Plan national de régularisation des étrangers (PNRE) visait les personnes nées en dehors du territoire dominicain. Selon les autorités dominicaines, 288 466 personnes s’étaient inscrites dans le cadre de ce plan en date du 17 juin 2015. Une extension de 45 jours fut accordée peu avant la date limite, ce qui conduisait au début d’août 2015, moment où les déportations officielles pouvaient commencer. Cependant, les déportations « volontaires » avaient débuté depuis juin 2015… « On ne dispose pas de statistiques fiables sur le nombre de personnes qui ont été renvoyées ou qui sont rentrées “spontanément” en Haïti. D’après des chiffres partiels recueillis par l’Organisation internationale pour les migrations (OMI) et des organisations haïtiennes de la société civile, au 26 mai 2016, 40 000 personnes avaient été expulsées vers Haïti tandis qu’au moins 66 000 autres y seraient retournées “spontanément” » (Amnistie internationale, 2016).

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, on a entrepris la mise en place d’un ordre international guidé par l’Organisation des Nations Unies (ONU), visant essentiellement à actualiser les principes de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, tels que définis dans une législation internationale constituée par un ensemble de traités, de pactes, de conventions. Cet ordre est régulièrement mis à mal et on déplore souvent la carence exécutoire des institutions onusiennes ou encore leur inféodation aux grandes puissances. Cependant, ces espaces restent nécessaires, car bien des problèmes contemporains nécessitent des efforts multilatéraux. C’est le cas de la discrimination à l’encontre des groupes minoritaires dans la législation relative à la nationalité, reconnue comme l’une des principales causes d’apatridie dans le monde

Le premier Forum mondial sur l’apatridie s’est tenu au Palais de la paix de La Haye en septembre 2014. C’est le HCR qui est responsable du dossier de l’apatridie dans le système des Nations Unies, et donc de l’application de la Convention de 1954 relative au statut des apatrides ainsi que de la Convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie. Le HCR a lancé la campagne #IBELONG, « j’existe6 », destinée à éliminer l’apatridie en 10 ans, ainsi que le Plan d’action mondial pour mettre fin à l’apatridie entre 2014 et 2024 (HCR, 2014)7. La région de l’Amérique latine et de la Caraïbe a été la première à réagir à cette campagne, 28 États8 s’étant engagés, d’après la Déclaration et le Plan d’action du Brésil (2014), à éradiquer l’apatridie d’ici 2024. Le Réseau des Amériques sur la nationalité et l’apatridie a été créé en 2014. Cependant, pour la majorité de la population touchée par la décision 168‑13, le recouvrement de leur nationalité dominicaine demeure incertain.

3. Les migrations environnementales

Le mardi 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter fit environ 250 000 morts, 300 000 blessés et plus d’un million de sans-abri en Haïti. Près d’un demi-million de personnes quittèrent la capitale, Port-au-Prince, qui fut durement touchée, pour se réfugier dans des secteurs moins affectés du pays. D’autres optèrent pour le départ vers l’étranger, se dirigeant vers la République dominicaine (qui partage l’île avec la République d’Haïti), les autres pays caribéens, l’Amérique du Nord ou même la France. Selon le HCR, peu après le séisme, la plupart de ces pays mirent en place de nouvelles procédures en prévision d’un afflux de migrants venant d’Haïti (HCR, 2012).

La République dominicaine suspendit le renvoi des sans-papiers haïtiens, accéléra le traitement des dossiers de ceux qui étaient en processus de légalisation de statut afin de leur permettre d’aller visiter des parents en Haïti et ouvrit ses frontières. On estime qu’en un mois, entre 30 000 et 50 000 Haïtiens, incluant de 15 000 à 20 000 blessés, purent pénétrer sur le territoire dominicain (HCR, 2012).

Le Canada accéléra le traitement des dossiers d’adoption de bébés haïtiens, suspendit les renvois vers Haïti et mit en place un programme spécial pour les mères monoparentales. Le Québec, qui dispose de certains pouvoirs en matière d’immigration en vertu d’une entente avec le Gouvernement fédéral, annonça en février 2010 un Programme spécial de parrainage visant à accueillir 3 000 ressortissants haïtiens. Les inscriptions furent arrêtées le 21 juillet 2010, après réception de 4 549 demandes touchant 9 098 personnes. Au 31 décembre 2012, 6 565 certificats de sélection avaient déjà été délivrés dans le cadre de ce programme, incluant 4 770 personnes déjà arrivées au Québec (Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, 2013, p. 21).

Les États-Unis annoncèrent un gel des renvois vers Haïti dès le 13 janvier 2010 et deux jours plus tard, tous les ressortissants haïtiens n’ayant pas le statut de résident permanent aux États-Unis furent déclarés éligibles au Statut de protection temporaire (SPT, TPS en anglais)9. La période d’inscription qui devait prendre fin le 20 juillet 2010 fut prolongée jusqu’au 18 janvier 2011, en raison des difficultés éprouvées par certaines personnes pour obtenir les documents nécessaires afin de prouver leur identité ou pour acquitter les frais d’enregistrement (Wasem et Ester, 2011, p. 5). Environ 48 000 ressortissants haïtiens ont pu s’en prévaloir et ont obtenu un permis de travail aux États-Unis (Wasem et Ester, 2011, p. 4). Ce statut temporaire accordé pour motifs humanitaires a été régulièrement renouvelé depuis, la dernière fois en date du 25 août 2015. À l’heure actuelle, il est valable jusqu’au 22 juillet 2017 (Judicial Watch Blog, 2015).

Cependant, dès le 13 janvier 2010, les États-Unis précisèrent que le SPT ne s’appliquerait pas aux ressortissants haïtiens qui arriveraient aux États-Unis après le 12 janvier. Pour l’année 2010, 1 377 Haïtiens furent refoulés par les garde-côtes américains. Il s’agit cependant d’un chiffre inférieur à ceux des années précédentes. Deux facteurs peuvent expliquer cette baisse : d’une part, les patrouilles pour protéger l’accès des côtes américaines furent renforcées, y compris par des navires de guerre, et, d’autre part, le coût du passage devint hors de la portée de nombreuses familles qui perdirent beaucoup dans le séisme. Ces difficultés économiques peuvent aussi expliquer, au moins en partie, la diminution de l’immigration régulière des Haïtiens aux États-Unis. Au moment du séisme, les demandes de 54 716 ressortissants haïtiens étaient déjà approuvées. Or, en 2010, on observe seulement 22 582 arrivées, comparativement à 26 007 en 2008 et 25 859 en 2009. Un autre facteur à considérer est le fait que l’administration publique haïtienne fut durement touchée par le séisme et il devint très difficile par la suite d’obtenir des documents réclamés par les services d’immigration des pays de destination, particulièrement des États-Unis. (Güttermann et Schneider, 2011).

Par ailleurs, vers la fin des années 2000, l’Amérique du Sud devenait un nouveau pôle d’attraction pour la migration haïtienne. L’Équateur et le Chili, deux pays ne demandant pas de visa d’entrée aux ressortissants haïtiens, devinrent les portes d’entrée pour le sous-continent, le Brésil étant la principale destination finale. Le mouvement s’est accéléré après le séisme et durant quelques mois, quelques pays de la région prirent des dispositions pour faciliter l’accueil des Haïtiens ainsi que la réunification familiale. Par la suite, les mesures de contrôle furent renforcées (Louidor, 2011).

Le séisme du 12 janvier 2010 est survenu après une longue série de catastrophes naturelles en Haïti à compter d’octobre 1994, quand l’ouragan Gordon fit environ 2 000 morts et disparus dans la péninsule du Sud. Dans la longue liste de cyclônes, de tempêtes tropicales, d’inondations, de pluies torrentielles et leur long cortège de morts, de disparus et de sinistrés, il faut souligner deux moments particulièrement forts. Dans la nuit du 23 au 24 mai 2004, des pluies torrentielles firent environ 2 800 morts et disparus et plus de 30 000 sinistrés, les villes de Mapou et Fonds Verettes étant les plus touchées. Le 10 septembre, l’ouragan Ivan fait beaucoup de dégâts dans la péninsule du Sud. Huit jours plus tard, la tempête tropicale Jeanne fit 3000 morts aux Gonaïves et plus de 300 000 sinistrés dans les départements du Nord et de l’Artibonite. Au cours de l’année 2008, quatre ouragans s’abattirent sur le pays en moins d’un mois10. Le 16 août, la tempête tropicale Fay dévaste les champs à travers tout le pays. Dix jours plus tard, l’ouragan Gustav (catégorie 4 sur une échelle de 1 à 5), affectera plus de 15 000 familles dans la presqu’île du Sud. Cinq jours plus tard, ce sera au tour de l’ouragan Hanna de saccager l’Artibonite et le Nord-Est. Le 6 septembre, l’ouragan Ike, de force 4 également, provoque de fortes pluies dans les départements du Nord, du Nord-Ouest et de l’Ouest où la ville de Cabaret, non loin de Port-au-Prince, sera durement affectée. Autrement dit, presque toutes les régions du pays furent touchées dans un court espace de temps. Et deux ans plus tard, en 2010, ce fut un des séismes les plus meurtriers de l’histoire. L’effet de ces catastrophes fut décuplé par la faiblesse des structures gouvernementales et l’impréparation des autorités haïtiennes.

Les réfugiés environnementaux sont « ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale (d’origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie » (El-Hinnawi, 198511, cité dans Gonin et Lasailly-Jacob, 2002, p. 4). Même si ce concept n’a toujours pas de définition légale, on estimait en 2010 que les migrations liées à des causes environnementales étaient déjà plus importantes que celles découlant des conflits (Gemenne, Brücker et Glasser, dir., 2011, p. 15).

Le dossier des réfugiés environnementaux est intimement lié à la problématique des changements climatiques qui est apparue sur la scène internationale vers la fin des années 1980 et le début des années 1990, et qui a aggravé la dégradation de l’environnement dans bon nombre de pays. Depuis de nombreuses décennies, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer l’accélération de la déchéance écologique d’Haïti. On pouvait lire en 1945 déjà :

« Nous avons fait de ce pays un enfer, avec, comme toile de fond, sept millions de tonnes de nos terres descendant chaque année des montagnes vers la mer. […] Plus le sol s’en va, plus vite s’en va le reste » (Lespès, 1945).

On entend en écho quarante ans plus tard :

Dans ce contexte de psychose de la misère et de désespoir, les liens entre la population et son cadre traditionnel d’existence sont devenus lâches : rien ne peut plus désormais retenir l’individu d’échapper à un environnement physique et social ennemi. Les processus de départ, la migration, pouvaient alors se déployer librement, massivement. (Werleigh, 1983, p. 159‑160)

En 1945, la couverture forestière de la République d’Haïti était supérieure à 25 %. À l’heure actuelle, elle est inférieure à 1,5 % (Alscher, 2009, p. 29). Cette érosion est causée largement par un système de production inadapté et profondément inéquitable. En plus d’être dans une zone sismique, Haïti se trouve en plein cœur d’une région de grande activité cyclonique12. Selon l’indice de performance environnementale, Haïti se situe au 169e rang sur 180 pays (Environmental performance index, 2016)13.

Haïti fait partie des petits états insulaires en développement (PIED) qui sont les premiers affectés par la montée des eaux découlant du réchauffement climatique : le niveau des océans s’élève plus rapidement depuis le XXe siècle que durant les trois derniers millénaires (Kopp et al., 2016). La tendance se maintiendra tout au long du XXIe siècle. La hausse du niveau des océans se situera entre 25 centimètres et 1,3 mètre, selon le degré de respect de l’accord de Paris du 12 décembre 2015 sur la limitation de l’augmentation de la température de la planète. Les archipels des Kiribati et de Tuvalu dans le Pacifique ou encore des Maldives dans l’océan Indien pourraient être purement et simplement engloutis. En Haïti, étant situées sur les côtes, presque toutes les grandes villes sont menacées, particulièrement les Gonaïves, mais aussi Port-au-Prince, les Cayes, le Cap, etc.

L’ouragan Matthew, le cyclone le plus violent à avoir frappé Haïti au cours des dernières décennies, a donné un bref aperçu de cette situation. Après son passage, la ville des Cayes a été inondée, pas seulement par les rivières en crue, mais aussi par la mer. Cette submersion marine a en fait affecté plusieurs points de la presqu’île du Sud, entre les Cayes et Petit Trou de Nippes. Matthew a été l’ouragan qui a frappé le plus durement l’agriculture et les ressources arborées du pays. Et il faudra s’attendre à d’autres cyclones de cette intensité au cours des prochaines années.

Pour couronner le tout, les grandes périodes cycloniques sont souvent suivies de grandes sécheresses qui augmentent l’insécurité alimentaire. Ces données ont et auront un impact direct sur le volume de réfugiés environnementaux en provenance d’Haïti.

4. Vers une nouvelle approche de la migration ?

Le 8 octobre 2015, l’ambassadeur brésilien en Haïti déclarait que le Brésil était prêt à octroyer à tout Haïtien désireux de vivre ou de travailler sur son territoire, un visa humanitaire de résidence. Cette offre serait valable pour toute la population d’Haïti, soit 10 millions de personnes, sans aucun plafond, aucune exigence, aucune contrainte (Olivier, 2015 b). On peut formuler différentes hypothèses14 pour apprécier cette prise de position.

  • L’objectif pourrait être d’éliminer l’emprise des passeurs sur ce courant migratoire qui était devenu l’objet d’un véritable trafic – la traversée pouvant coûter de 2 500 à 5 000 $US par personne. Le Brésil aurait donc décidé d’organiser lui-même cette mobilité.

  • Ce pays voudrait faciliter un apport de main d’œuvre plus malléable, les ouvriers brésiliens ayant fait de réels gains depuis l’arrivée au pouvoir d’un Parti des travailleurs.

  • Il s’agirait de favoriser une immigration qui s’insèrerait naturellement dans la composante de descendance africaine de la société, en provenance d’un pays ayant beaucoup d’affinités avec le Brésil (ou d’une partie du Brésil).

  • Cette prise de position pourrait aussi être le résultat d’une évaluation de la situation, Haïti étant jugé un État trop faible pour prendre les mesures préventives qui s’imposent.

  • Une autre hypothèse serait, pour le Brésil, de terminer la mission en Haïti sur une note positive.

En mai 2004, le Brésil prit la direction de la composante militaire de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) créée par le Conseil de sécurité. On pense que le Brésil souhaitait se positionner comme médiateur dans les crises intra et interrégionales. Cet engagement envers la sécurité collective et le multilatéralisme pouvait aussi renforcer sa campagne pour une réforme du Conseil de sécurité. Le Brésil fournit le contingent le plus important de la MINUSTAH (jusqu’à 2 200 personnes). La participation majoritaire des troupes latino-américaines (Argentine, Chili, Bolivie, Équateur, Uruguay) renforçait son leadership régional. Cependant, les choses ne se déroulèrent pas comme prévu. Cette mission n’a pas permis de faire valoir une approche spécifiquement brésilienne, intégrant maintien de la paix, développement socioéconomique et consolidation des institutions (Réseau de recherche sur les opérations de paix, 2013). Elle fut marquée par toutes sortes de difficultés. Par exemple, le premier commandant de la MINUSTAH démissionna en 2005, après avoir témoigné, devant une Commission du congrès du Brésil, avoir été sous forte pression internationale (surtout du Canada, de la France et des États-Unis) pour recourir à la violence15. Par ailleurs, l’influence américaine, déjà prépondérante en Haïti, s’est renforcée quand l’ex-président Bill Clinton a été nommé Envoyé spécial des Nations Unies en Haïti en mai 2009, quatre mois après l’accession de son épouse, Hillary Rodham Clinton, au poste de Secrétaire d’État des États-Unis.

Peu après les déclarations de l’ambassadeur du Brésil en Haïti, un centre de réception des demandes de visa a bien été mis sur pied, fruit d’une collaboration entre le consulat brésilien à Port-au-Prince et l’Office des migrations internationales, mais il est encore trop tôt pour évaluer les résultats de cette initiative. Le Brésil est cependant entré depuis dans une grave crise politique et économique. Cette situation a rendu beaucoup plus difficile l’insertion des migrants. Certains ont alors choisi d’entreprendre le long voyage vers les États-Unis, entraînant dans leur sillage bien des migrants haïtiens d’autres pays d’Amérique latine pour qui le Brésil avait sans doute été la destination finale avant la crise.

L’approche proposée par le Brésil au sujet de l’émigration haïtienne était en phase avec la Déclaration et le plan d’action du Brésil (2014) qui, outre la question de l’apatridie, devraient faire progresser la protection des réfugiés dans la Caraïbe. Le plan prévoit l’établissement d’un mécanisme consultatif régional visant à gérer les migrations mixtes. Une meilleure coordination renforcerait la protection en mer, permettrait de mieux identifier les cas nécessitant une protection internationale et offrirait davantage de possibilités de parvenir à des solutions.

Cette approche était également en phase avec celle prônée par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des migrants, particulièrement eu égard à la crise européenne des migrations. Pour lui, un changement de mentalités sur les migrations s’impose et une nouvelle approche devrait permettre de :

  • réduire considérablement les coûts de l’appareil sécuritaire,

  • faciliter l’application du droit du travail à tous les clandestins,

  • augmenter significativement les envois d’argent vers les pays d’origine des migrants.

Les conditions clefs de cette nouvelle approche sont la réduction des marchés clandestins de travail et l’adoption de politiques visant l’intégration sociale et économique des migrants dans leurs sociétés d’accueil (Crépeau, 2016)16. Pour y arriver, au Nord comme au Sud, un discours public fort sur ces questions est nécessaire.

La migration est un phénomène démographique de base et un fait social au même titre que la natalité et la mortalité et c’est un facteur essentiel du développement humain, comme le répètent de nombreux rapports d’experts internationaux. L’accroissement des migrations au cours des quarante dernières années est intrinsèquement lié au processus de globalisation et rien ne laisse entrevoir un ralentissement prochain de ce phénomène, surtout si on prend en considération les conditions climatiques. Cependant, « l’interdépendance du monde, avec l’impact sur les migrations de décisions apparemment sans lien avec elles, ne peut être prise en compte qu’à un niveau plus large que celui des États » (Wihtol de Wenden, 2014, p. 12). Or l’accroissement des migrations, quand elle se combine avec d’autres phénomènes comme les crises économiques (on peut penser à celle qui a frappé en 2007) – qui remettent en question les mécanismes de redistribution, creusent davantage les inégalités socioéconomiques et attisent la méfiance vis-à-vis des institutions internationales, même quand elles sont vassalisées par des grandes puissances –, favorise la montée de forces d’extrême droite, comme on peut le constater dans de nombreux pays.

Il est à espérer qu’Haïti fasse encore l’histoire et soit citée un jour comme ayant été partie prenante d’une approche plus positive des migrations internationales.

1 Des boat people furent aussi envoyés au Texas, au Kentucky, en Virginie occidentale et dans le nord de l’État de New York.

2 Le Canada s’était engagé à accueillir 300 de ces boat people mais ce programme ne fut jamais mis en place.

3 Pour certains, cette crise pourrait marquer l’échec du projet européen (voir Balibar2016).

4 La fermeture de la route entre la Turquie et la Grèce incitera les migrants à reprendre le chemin plus dangereux par la Lybie vers l’Italie…

5 Beaucoup appartiennent à des tribus montagnardes vivant dans des zones reculées ou frontalières et n'ayant qu'un accès limité aux informations

6 Le nom anglais de cette campagne #IBELONG (« j’appartiens ») semble plus fort que le titre français (« j’existe »).

7 Sur la couverture du rapport, on voit la photo de Yulin, 25 ans, et de son fils Ryan, qui figurent parmi les dizaines de milliers de personnes d’

8 La République dominicaine ne fait pas partie des États signataires.

9 Des ressortissants de sept pays suivants bénéficiaient également de ce statut aux États-Unis : le Liberia, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador

10 « Les États-Unis avaient déjà envisagé à différentes reprises l’opportunité d’accorder le Statut de protection temporaire aux ressortissants

11 Dans un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

12 Haïti semble épargnée par l’autre fléau qui menace certains États de la région : les risques volcaniques majeurs face auxquels la seule défense est

13 L'indice de performance environnementale (IPE) est utilisé depuis 2006 pour évaluer et comparer l'efficacité des politiques environnementales.

14 En ne retenant pas les hypothèses de complot visant à éliminer la population haïtienne (voir par exemple Abreu Report, 2016).

15 Son successeur, un autre général brésilien, fut retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel le 7 janvier 2006, un peu plus de quatre mois après son

16 François Crépeau, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’Homme des migrants, est directeur du McGill Centre for Human Rights and

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1 Des boat people furent aussi envoyés au Texas, au Kentucky, en Virginie occidentale et dans le nord de l’État de New York.

2 Le Canada s’était engagé à accueillir 300 de ces boat people mais ce programme ne fut jamais mis en place.

3 Pour certains, cette crise pourrait marquer l’échec du projet européen (voir Balibar2016).

4 La fermeture de la route entre la Turquie et la Grèce incitera les migrants à reprendre le chemin plus dangereux par la Lybie vers l’Italie…

5 Beaucoup appartiennent à des tribus montagnardes vivant dans des zones reculées ou frontalières et n'ayant qu'un accès limité aux informations concernant leurs droits et les procédures de naturalisation.

6 Le nom anglais de cette campagne #IBELONG (« j’appartiens ») semble plus fort que le titre français (« j’existe »).

7 Sur la couverture du rapport, on voit la photo de Yulin, 25 ans, et de son fils Ryan, qui figurent parmi les dizaines de milliers de personnes d’ascendance haïtienne nées en République dominicaine et privées de leur nationalité dominicaine par la décision de la Cour constitutionnelle en 2013.

8 La République dominicaine ne fait pas partie des États signataires.

9 Des ressortissants de sept pays suivants bénéficiaient également de ce statut aux États-Unis : le Liberia, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, le Pérou, la Colombie, et le Pakistan.

10 « Les États-Unis avaient déjà envisagé à différentes reprises l’opportunité d’accorder le Statut de protection temporaire aux ressortissants haïtiens se trouvant sur leur territoire pour motifs humanitaires, notamment après la tempête tropicale Jeanne en 2004 et après la série de catastrophes de 2008 » (Wasem et Ester, 2011, p. 5).

11 Dans un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

12 Haïti semble épargnée par l’autre fléau qui menace certains États de la région : les risques volcaniques majeurs face auxquels la seule défense est l’évacuation. Par exemple, le 25 juin 1997, une violente éruption du volcan de la Soufrière ravagea toute la moitié sud de l'île de Montserrat, dans les Antilles, la rendant inhabitable. La Grande-Bretagne accorda aux habitants les droits de résidence (et la citoyenneté britannique en 2002) et certains migrèrent vers des îles voisines. La population de Montserrat passa de 12 000 à moins de 3 000 personnes.

13 L'indice de performance environnementale (IPE) est utilisé depuis 2006 pour évaluer et comparer l'efficacité des politiques environnementales.

14 En ne retenant pas les hypothèses de complot visant à éliminer la population haïtienne (voir par exemple Abreu Report, 2016).

15 Son successeur, un autre général brésilien, fut retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel le 7 janvier 2006, un peu plus de quatre mois après son entrée en fonction. Il se serait apparemment suicidé. Un troisième commandant mourut d’une crise cardiaque à bord d’un avion qui faisait route de Miami au Brésil le 30 août 2015.

16 François Crépeau, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’Homme des migrants, est directeur du McGill Centre for Human Rights and Legal Pluralism, professeur et titulaire de la chaire Hans et Tamar Oppenheimer en droit international public à la Faculté de droit de l’Université McGill.

Jean-Claude Icart

Chercheur indépendant

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