La faim et la fin des aborigènes d’Haïti

(1492-1520)

Vertus Saint-Louis

p. 130-158

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Vertus Saint-Louis, « La faim et la fin des aborigènes d’Haïti », Chemins critiques, Vol 5, nº 2 | 2004, 130-158.

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Vertus Saint-Louis, « La faim et la fin des aborigènes d’Haïti », Chemins critiques [En ligne], Vol 5, nº 2 | 2004, mis en ligne le 13 mai 2017, consulté le 18 janvier 2018. URL : http://www.cheminscritiques.org/716

Oviedo dans son histoire naturelle emploie souvent l’expression Haïti ou Española. Livre V, Ch. 3 et passim. Herrera. I. Description de las Indias, Ch. VI parle de Aiti, Quisqueia voulant dire haute terre et grande terre. Ramon Pane. De algunas cosas que vieron en la isla espanola... Cité par Colon, Hernandez dans Vida del Almirante Don Christobal Colon, 1947, Ch. 62. Une lettre du roi de 1510, désigne l’île sous le nom d’Haïti. Voir Adrien Dessalles. Histoire générale des Antilles, 1847, 5 vol. , vol. I, p. 286. Voir aussi : Essai sur l’administration des colonies. Antonina, 1785. Bibliothèques des Frères de Saint-Louis. Sur le nom Haïti, voir : Geggus, D. P. « Naming of Haiti » New West Indian Guide, vol. 71, no. 1 et 2,1997,43-68.

La conquête du Nouveau Monde par l’Europe s’est engagée sous le signe d’une fin de monde marquée par la disparition des populations aborigènes d’Haïti. Rien d’original pour l’histoire qui a connu d’autres fins de monde. Par crainte et ou ignorance l’homme en a décrites, auxquelles il attribue une origine divine2. L’histoire, tout en écartant les causes surnaturelles, prend goût, à la manière du journalisme s’intéressant au sensationnel, aux grandes catastrophes qui marquent y l’avènement de phases nouvelles dans l’existence de l’humanité. Elle se divise quand il s’agit de rechercher les motifs premiers de ces grands bouleversements. Causes naturelles et ou sociales ! Même quand l’historiographie rejette, comme erronées, bien d’autres prétendues explications, elle ne peut totalement écarter l’idée des épidémies comme cause de disparition des populations du Nouveau Monde3.

Cependant, au regard des textes, demeure bien discutable l’affirmation suivante de Braudel :

À peine les Européens ont-ils touché le Nouveau Monde que la variole est à l’œuvre à Saint-Domingue dès 1493, ... cette maladie fit dans la population indigène des coupes sombres4.

Il est vrai que les Amérindiens y sont bien plus susceptibles que les Européens relativement immunisés. Mais en 1494, il n’y a pas de variole en Haïti. Elle n’y a fait son apparition qu’en 15185. Il ne restait, alors, en Haïti que 10,000 sur les quelques centaines de milliers d’habitants, au moins, que comptait l’île en 14926.

Les textes indiquent plutôt que les aborigènes d’Haïti ont péri par la faim, les mauvais traitements et massacres systématiques. Pour l’instant, nous n’insistons que sur la faim. On saisit le rôle de la faim comme facteur de disparition des Indiens d’Haïti quand on comprend les contacts initiés en 1492 comme le début d’un affrontement mettant face à face en un combat inégal le système fragile des Haïtiens à l’âge de la pierre, et celui, relativement puissant, des Espagnols, détachement d’avant-garde de l’Europe en expansion.

I- De l’inégalité des forces entre Haïtiens et Espagnols avant 1492

L’inégalité de force entre aborigènes d’Haïti et Espagnols résulte de l’inégalité de développement culturel. Ce qui est déterminant, c’est l’âge des civilisations qui entrent en conflit. Des aborigènes à l’âge de la pierre et au niveau de l’économie de subsistance se trouvent brusquement en guerre avec une armée d’Espagnols qui depuis plus de 3,000 ans connaissent le fer. Les premiers sont encore à la société de subsistance, les seconds ont dans le conflit la force d’un Etat déjà moderne, ce qui leur donne une nette supériorité en terme de puissance.

Population/subsistance et société en Haïti avant 1492

L’Homme, comme tout vivant, doit se nourrir et, pour cette raison, se fait prédateur. Il fait violence à la nature comme à ses semblables. Point besoin de s’imaginer des Indiens innocents. Leur façon de se procurer la subsistance, un des premiers aspects de la lutte pour l’existence, est marquée par la violence. L’Indien du continent sud-américain a détruit le mammouth, il a aussi détruit le cheval7. Privé de gros gibier, il a aussi inventé l’agriculture avant de pénétrer dans les Antilles. Si l’on en croit Marcel d’Ans, déjà sur le continent, les nouveaux venus plus agressifs ont éliminé leurs prédécesseurs. La même logique se poursuit dans les Antilles et donc sur le territoire d’Haïti.

Il existe encore une grande incertitude sur le chiffre, l’origine et la nature de la population d’Haïti avant 1492.

On ignore le chiffre exact de la population de Quisqueya en 1492. Las Casas l’évalue à 3 millions, Oviedo à 1,000,0008. Selon Rosenblat, elle est de 1 million dans une Amérique qui en compte 13 380 000 en 14929. S. Cook et W. Borah l’estiment à 8 millions10. F. Moya Pons la réduit à 500,00011, R. Cassa à 370,00012. Suivant une tradition venue des premiers chroniqueurs la population de l’île est répartie en Ciboneys, Arawaks/Taïnos et Caraïbes.

A-t-il existé en Haïti d’autres populations que celles observées par les Espagnols en 1492 ? Se basant sur les travaux de R. Schomburg au 19e siècle, Sauer signale l’existence d’une clôture de 2,270 pieds de longs et de 20 pieds de large, faite de rochers de granit empilés dans une savane de la région de San Juan de la Maguana. Il observe qu’un tel ouvrage n’est pas noté ailleurs comme site arawak et n’est pas probablement pas une réalisation des Indiens rencontrés en Haïti par les Espagnols13. Ces structures ne témoigneraient-elles pas de la présence ou de contacts avec des peuples du Mexique ou de l’Amérique Centrale14 ? Au moment de l’arrivée des Espagnols, le sens de la distinction ethnique est assez poussé dans l’île. La population y méprise le Ciboney qu’elle juge être à peine un humain et elle s’estime taïno c’est-à-dire noble par rapport au Caraïbe qui serait anthropophage15. Ceux qui sont désignés comme Caraïbes sont des étrangers à Haïti. Descendants des Galibis, ils viennent de Guyane et occupent les petites Antilles où ils commencent à arriver depuis quelques 500 ans16. Il s’agit de peuples guerriers par rapport aux Taïnos d’Haïti qu’ils attaquent et dont ils mangent, parfois, la chair. Dans la langue indienne le mot caribe veut dire brave, audacieux17.

Les Ciboneys seraient en Haïti l’équivalent des Guanahabateys18 de l’extrémité occidentale de Cuba19. Ce sont des vestiges des premiers immigrants arrivés entre 4000 et 2000 avant J. C. et venus probablement du Yucatan. Refoulés par les Saladoïdes, ancêtres des Taïnos, ils se sont regroupés en petites communautés. Les Ciboneys vivent de la pêche, de la chasse du petit gibier et habitent dans des caves ou sont plus ou moins nomades. Ils ignorent la poterie mais savent bien travailler la pierre ils parlent un langage inconnu, jugé peu articulé, de l’avis de ceux qui se présentent à C. Colomb comme Taïnos20. C’est un peuple en voie d’extinction qui a vécu dans la région de Bayaha21 et à l’extrême pointe de la presqu’île du Sud ou Guacayarrima22. Les Taïnos sont les descendants des Indiens Tupi-Guaranis de l’Amérique du Sud qui ont séjourné au Piémont des Arndes et seraient passés en Amazonie d’où ils auraient remonté en direction du Venezuela23. Ils se rattachent ainsi aux Arawaks du nord de l’Amérique du Sud.

Le contenu du terme « arawak » soulève des problèmes. Il désigne, selon une tradition historique, le principal groupe ethnique des grandes Antilles et ses ancêtres immédiats de l’Amérique du Sud24. Suivant cette conception, l’histoire répète une erreur de Colomb, identifiant comme Taïnos les aborigènes d’Haïti qui sont des Arawaks. Le mot taïno n’a dans leur langue que le sens de bon noble, qualificatif par lequel les aborigènes entendent se distinguer des Caraïbes. Mais, Rouse refuse de confondre Taïno et Arawak bien qu’il range la langue taïno dans la famille arawak du continent. Il soutient qu’il existe une culture spécifique taïno, née non sur le continent mais dans les îles. Il distingue les populations d’Haïti et de Porto-Rico comme des Taïnos classiques25. Les Mazoriges ou Ciguayes au nord-est de Santo- Domingo sont un peuple de langue étrangère26. Ils se rattachent cependant aux Taïnos qui constituent l’essentiel de la population d’Haïti avant 1492.

Avant leur arrivée en Haïti, les Arawaks, ancêtres des Taïnos, pratiquent la culture surtout celle du manioc. Suivant Jean.Fouchard, le mot « arawak » signifie « mangeur de farine27 ». En 1492, les Taïnos connaissent le maïs, le manioc, la patate, l’arachide, l’awo-root28, le piment, le coton, le tabac..., la goyave, le corossol, les cirouelles, la hobe, la cayemitte, l’ananas qui vient de Puerto-Rico ; il y a surtout le mamey ou abricot qui est très apprécié mais la culture de fruits n’existe pas.

Oviedo décrit un arbre du nom de agua qui donne un fruit gros comme la tête d’un pavot, bon à manger quand il est mûr et se trouve en sa saison, donne une eau claire avec laquelle les Indiennes et Indiens se lavent quand ils se sentent fatigué L’acuba est un arbre excellent et haut dont le fruit est bon et a le goût de poire, de muscade. Il en sort tant de lait, si gluant qu’il faut le mettre dans l’eau et le frotter entre les doigts pour que ce lait ne s’attache pas aux lèvres. Les Indiens ne se contentent pas de faire des ustensiles avec le higuero ou calebasse, ils en mangent le fruit par nécessité29. La Guacuma est utilisée pour produire du feu. Son fruit, trempé dans l’eau puis pilé, sert comme breuvage.

Les sources de féculents sont très diverses et consistent en tubercules, grains de maïs, pain de manioc ou cassave30. Parmi les tubercules on distingue : Les lirenes31, fruit qui croît sous terre et est de la dimension d’une grosse datte. Les aies32, sont aussi des plantes cultivées par bouturage. Elles donnent une branche qui rampe sur le sol comme une couleuvre ; le fruit qui est de la dimension d’une châtaigne est à point trois mois après plantation33. La patate douce, batata, que Las Casas qualifie de délicate et plus noble que le manioc, est à point cinq à six à six mois après mise en terre de la bouture. Les Indiens font usage d’un grand nombre d’autres tubercules sauvages, particulièrement les yahubias34. Tous ces tubercules sont consommés cuits ou rôtis.

D’après Oviedo, les Indiens disposent de deux sortes de pains : le mahiz et le caçabi. Pour cultiver le maïs, les Indiens brûlent la terre, cinq à six d’entre eux, utilisant un bâton appelé macana, creusent des trous dans lesquels ils laissent tomber quatre grains de maïs, tirés au fur et à mesure d’un petit sac porté autour du cou. Ils recouvrent la semence de leurs pieds pour la protéger contre les oiseaux et prennent soin de désherber. Avant la moisson, des enfants placés sous des tentes dites barabacoas, surveillent la récolte. Chaque tige donne un à trois épis de trois à quatre cents grains. Le fruit est consommé tendre ou est récolté sec pour être rôti.

Deux fois l’an, dit Las Casas, les Indiens sèment le maïs non pour faire du pain mais pour le manger tendre quand il est au lait. On en fait un potage délicat de teintes diverses, blanchâtre, mauve, jaune appelé mahiz d’où le nom qui vient de cette ile35.

Cela semble confirmer l’opinion que le maïs entre peu dans l’alimentation des Indiens de Quisqueya qui s’en servent pour fabriquer une bière appelée chibcha36.

Le manioc est l’aliment de base des Indiens. Us le cultivent dans les vallées intérieures irriguées du Xaragua ou dans les plaines côtières en utilisant un système de buttes comme moyen de drainage. Ces buttes de 9 à 12 pieds de pourtour sont séparées les unes des autres par 2 pieds. On peut en voir alignées de 20 à 30 000 en longueur et 5 à 10 000 en largeur37. Le manioc peut être prêt à récolter en un ou même deux ans. Quel est le rendement par unité de surface ? Pierre Chaunu parle de 60 à 80 quintaux de manioc à l’hectare sur le sol des îles38. Selon Las Casas, de chaque millier de buttes sortent 200 arrobas39 de cassave, dont deux, soit 50 livres, suffisent à fournir un mois d’abondance à un individu. P. Chaunu souligne la pauvreté de la cassave par rapport au maïs, ce qui signifie une pauvreté du régime indien en céréales. En supposant seulement une population de 1.5 à 2.3 millions d’âmes, on peut conclure à une très forte pression des besoins sur les ressources40. Au régime alimentaire des Indiens il manque les grains susceptibles d’être conservés pour servir de garantie contre les temps adverses. L’Indien se nourrit de produits lourds indigestes. La banane, riche en calories ne vient que plus tard probablement des îles Canaries. Les lipides sont généralement absents. Le mani, (arachide) peut être source de graisses et de protéines, il n’est pas largement utilisé par les Indiens et il est méprisé par les Espagnols comme aliment de gens de basse condition. Une autre faiblesse réside dans le peu de consommation de protéines animales. L’absence de gros mammifères est importante. Il n’existe pas de gros gibier. Les Arawaks de Quisqueya connaissent l’arc et la flèche. Sont-ils pour autant de bons chasseurs41 ? Ils mettent le feu aux herbes pour se procurer des iguanes, sorte de gros lézard et de petits reptiles, lézards, couleuvres... Les Taïnos d’Haïti, réputés pour leur habileté dans le travail du bois, sont présentés comme aussi compétents que les constructeurs de bateaux polynésiens42. Ils sont d’excellents pêcheurs, capables de capturer le lamantin, grand mammifère marin qu’ils peuvent garder dans des corrales aménagés sur la côte43. Mais ne sont-ils pas restés de simples grands consommateurs de coquillages comme leurs ancêtres arawaks de la « crab culture » ? Ils peuvent avoir, en des moments favorables, un certain surplus qui fait poser le problème de conservation. Le cassarep, jus de manioc chauffé, après extraction de la cassave, est présenté comme ayant valeur antiseptique et capable de conserver la viande44. Ont- ils utilisé à fond cette possibilité ?

Le piment ou axi, condiment utilisé pour combattre l’insipidité des aliments peut aussi être dangereux à côté d’aliments capables d’augmenter le taux d’acidité. En somme, le régime alimentaire des Taïnos est relativement pauvre. Leur frugalité ne peut être assimilée à la sobriété volontaire. Elle n’est pas indicatrice de vertu mais de limitation de ressource. Un tel régime alimentaire n’est pas celui d’une population appelée à fournir un grand effort physique. L’Indien jouit peut-être de l’abondance de l’âge de la pierre45. On est en présence d’une société qui n’exploite pas toutes ses capacités productives46. Ainsi se comprend le temps qu’il accorde au loisir. Dans la vie de l’Indien prennent une grande place les jeux de bato, les chants et les danses, le repos dans les hamacs faits de henequen (cabuya, sisal, pite), l’abondante consommation, faite surtout par les chefs, de ces fumées dites tabac qui peuvent conduire jusqu’à l’enivrement, le sommeil profond et durable. À l’arrivée des Espagnols, il existe pour les aborigènes une adaptation précaire entre population et disponibilités alimentaires puis entre travail physique et alimentation tandis que la stratification sociale est déjà très prononcée.

Société et politique en Haïti avant 1492

Même s’il n’existe pas de classes sociales bien caractérisées parmi la population, on peut observer en son sein des structures hiérarchisées, comme en témoigne un riche vocabulaire à cet effet47 : Cacique : souverain roi, chef souverain.

Nitaïno : semi-noble, espèce de prince, principal. Bohico, Bahiti, Behique, Bohique : prêtre, sorcier, médecin. Guamichina, Guamiquina : Seigneur, Dieu Seigneur grand, nom que les Indiens donnaient à C. Colomb. Tequina : maître. Matanheri : chef supérieur équivalent à votre altesse selon Las Casas. Bahari ou Rajari et Guaoxeri : personne de haute condition. Taïno : noble, homme de bien. Naboria : terme employé avant 1492 dans la langue indienne puis utilisé par les Espagnols. Il désigne un individu non-esclave mais appelé à servir contre son gré48. Les mots expriment un sens de la hiérarchie au sein d’une société qui tend à se diviser en classes. Les taïnos forment une sorte de basse noblesse entre le peuple et les caciques. Ils ont accès au caoba, rencontre qui traite d’affaires, en général, importantes comme la guerre et la paix. Sous la direction du cacique le nitaïno dirige le travail dans les champs, en détermine les limites ainsi que celles des communautés villageoises. Le travail du peuple est de semer, récolter, pêcher49. La division du travail se fait non seulement en fonction du rang dans la société mais encore selon le sexe. La femme prépare la cassave, prend soin de la volaille et autres oiseaux, apporte l’eau de la rivière à la maison, tisse. Le père enseigne les coutumes, les rites religieux, le gouvernement, la vertu du travail car il n’y a pas à proprement parler d’esclaves50.

Les textes disant que les Indiens ne distinguaient pas le tien du mien sembleraient indiquer l’inexistence de propriété privée parmi eux. Mais comment comprendre, en l’absence de toute forme et de tout sens de propriété, le sévère châtiment infligé au vol ?

Le péché majeur ou délit que les Indiens détestaient le plus et punissaient avec le plus de rigueur était le larcin. Pour le plus léger vol ils empalaient vivant un individu qu’ils pendaient pour le laisser mourir. Et pour la cruauté de la peine il survenait rarement que l’on doive exécuter un tel châtiment. Mais en aucune manière, par devoir ou amitié, on ne dissimulait ou pardonnait un tel crime et même presque ils tenaient pour une grande erreur de vouloir intercéder ou obtenir qu’une telle peine soit muée en autre sentent51.

Il y a sans doute propriété villageoise commune de la terre et propriété sinon individuelle mais familiale de moyens de la travailler et des produits de subsistance. Les Indiens ne connaissaient certainement pas la monnaie mais ils n’ignoraient pas l’échange. Oviedo affirme :

C’était l’expérience principale des Indiens de cette île d’Haïti dans tous les temps qu’ils n’étaient pas occupés à la guerre, à l’agriculture, au travail des champs de marchander ou troquer une chose pour une autre52.

Par ailleurs, une navigation relativement active reliait les îles entre elles et parfois même au continent53. N’est-ce pas encore une preuve du sens de la propriété ? Celle-ci n’a, sans doute, pas les caractéristiques qu’elle peut prendre dans une société qui dispose du concours de l’écriture. Les Indiens d’Haïti ont laissé dans la rivière du Limbé au nord du pays des traces de gravures sur pierre mais pas de vestiges de textes écrits. C’est pourquoi, l’Indien, en présence d’échange de correspondance écrite entre Espagnols, interprète le fait en termes de « papier qui parle54. » Est-il vrai que, comme le dit Ramon Pane, les Taïnos ne savent pas compter au-delà de dix ? Un traducteur de Pane dit qu’ils ont un système de numération par main de cinq55.

Faut-il croire le père le Pers disant que dans la société des Indiens, « les rois ont une autorité despotique sur leurs sujets. Ils étaient maîtres de leurs vies et biens ?56 Le pain de cassave préparé à l’intention des chefs est particulièrement fin, blanc comme du papier. Il porte le nom de xauxau qui signifie très délicieux57. Le père Charlevoix qui a écrit d’après les papiers de Le Pers relate :

La chasse et la pêche fournissaient une grande ressource mais ce qui s’y prenait de meilleur était réservé pour la bouche du cacique et c’eût été un crime à un particulier de témoigner même la moindre envie d’en goûter.

Le développement de l’aristocratie est bien plus poussé en Haïti que dans les autres îles à culture arawak58. Le père Le Pers relève le nombre des Arawaks, « leur police et leur Gouvernement sous des rois qui gouvernaient avec beaucoup d’autorité, ce qu’on n’a trouvé qu’au Mexique et au Pérou... Les femmes mariées portaient une espèce de jupe de coton qui leur descendait aux Dames de qualité jusqu’aux talons et aux autres jusqu’aux genoux. » L’autorité des caciques est manifeste dans l’organisation de la vie sociale au village. Cette agglomération compte de 200 à 500 maisons. Celle du cacique est de la même forme que les autres mais elle est plus grande et sert pour les cérémonies dites caney. Les maisons forment un ensemble irrégulier au milieu duquel se trouve un espace ouvert en face de la grande maison du cacique qui peut avoir 32 pieds de long avec une toiture de roseaux de diverses couleurs. C’est dans cet espace que l’on se réunit pour les jeux de balle dits batey et pour le récital des areytos, les danses accompagnées de chants et de musique. Lors des jeux les caciques ont des sièges spéciaux en pierre dits duhos59. La coutume est de danser en rond tandis que l’un entonne un chant auquel répondent les autres. Pendant ce temps, le cacique ou seigneur des lieux fait résonner une espèce de tambour. Le privilège de le battre lui est réservé comme un de ses plus beaux droits. Puis ils se saoulent de tabac mais seul le chef est emporté dans son lit par ses femmes60. Si chacun a une femme, beaucoup en ont deux ou plus, les caciques eriont trois ou quatre et même autant qu’ils en veulent61. Sur le plan culturel, la langue parlée à la cour du cacique Guarionex passe pour la plus raffinée de l’île62. Les distinctions sociales se reproduisent jusque dans les cultes rendus aux divinités. Les caciques principaux pouvaient posséder dans leurs maisons jusqu’à sicemis, les caciques nitaynos quatre et les naborias deux63.* Les Indiens déposent les présents aux dieux dans la grande maison des Seigneurs ou caciques qui est dite caney pour les offrir et dédier aux cemis64. Lorsqu’il officie, le behique, médecin devin, fait référence aux titres et dignités des plus grands chefs de l’île65.

Cependant, la société taïno, en pleine transition en 1492, résiste aux catégories définies par les anthropologues. Elle a dépassé le stade où l’on peut parler de tribu, on y découvre des chefs aux zones de pouvoir délimité66. L’Etat y est « naissant67 ». On peut bien en convenir, si l’on s’en tient à une définition classique de l’Etat, pour ces Indiens qui en sont à l’âge de la pierre et qui, en plus d’ignorer l’écriture, n’ont pas un artisanat de profession68.

Le système social et politique d’Haïti est bien fragile à la veille de la conquête par une armée d’Espagnols divisés sur les objectifs de l’entreprise mais qui réussissent à soumettre les indigènes.

Des Espagnols à l’âge du fer

L’asservissement serait-il dû à une erreur, à un accident ? On aurait tout lieu de le penser en admettant qu’une « mauvaise idée a tout gâté ».

Il est extraordinaire, écrit Las Casas, qu’un homme que je qualifie de bon et d’intention droite se montre si aveugle en une matière si claire : l’esclavage ; n’aurait-il pas dû placer l’amour pour son prochain avant de faire gagner de l’argent aux rois, envisager le but véritable de la découverte qui était le salut de tous ces gens : les Indiens au lieu d’user la force et d’attirer l’ignominie sur le nom chrétien ?

Raynal admet aussi la thèse de l’erreur. L’amiral C. Colomb a proposé de prendre les colons dans les prisons parmi les malfaiteurs, de dérober les plus grands scélérats à la mort pour leur faire servir à étendre la puissance de leur patrie dont ils étaient le fléau.69 » Tout se serait bien passé si, au contraire, Colomb n’avait amené que des hommes simples à qui pendant la traversée il aurait inculqué des sentiments honnêtes et qui, à leur tour auraient donné des sentiments de modération et d’obéissance...

Les Indiens auraient été mieux traités, les mines exploitées, les tributs mieux payés. La Métropole encouragée par ces grands succès à de plus grands efforts eût formé de nouveaux établissements qui auraient étendu la gloire, la richesse et la puissance de l’Espagne70.

L’idée de l’erreur est encore présente chez celui qui affirme, en manière d’excuse, que les Espagnols ne disposaient pas de connaissances ethnographiques et que, de nos jours, on aurait utilisé les services d’anthropologues pour déterminer de façon scientifique la conduite à tenir envers les Indiens71. Ces thèses ne résistent pas à l’analyse historique72.

À la manière de la prise de Ceuta, en 1415, l’initiative de l’Espagne, en 1493, est encore celle d’une Europe en quête de richesse qui, sous la bannière de la foi chrétienne, part en guerre pour assurer sa domination. Elle est imprégnée de la puissance que peut conférer l’expérience provenant de la succession des civilisations qui, depuis la Mésopotamie, ont contribué à façonner l’Europe73. À la différence des Portugais, l’Espagne entreprend une conquête au loin. Autre différence importante, l’armée du Portugal a piétiné longtemps avant de commencer une exploration sur les côtes de l’Afrique Occidentale, laquelle débouche sur une exploitation qui précède une conquête limitée sans engagement en un seul coup d’une masse d’hommes. L’Espagne prend l’initiative directe d’une colonisation74. C. Colomb et les autorités espagnoles ont certainement pensé le second voyage en termes de conquête militaire. Lors du premier voyage Colomb est, certes, amiral et vice-roi des terres à découvrir et conquérir. D’ailleurs, il est précisé que ces titres seront effectifs et qu’il aura la qualité de Don seulement lorsqu’il aura découvert îles et terres fermes de la mer océane. Mais, lors du second, il est, selon ses lettres patentes, capitaine général d’une armada75. Ce n’est pas par hasard qu’il porte le même titre que celui accordé à Leclerc en 1802. Le voyage de 1493 est la première expédition militaire d’une puissance européenne en direction du Nouveau Monde. Peut-être que l’armada ne vise pas seulement les populations étrangères à se soumettre, qu’elle vise aussi à prévenir les intentions hostiles du roi du Portugal76. Ce sont des Espagnols pleins de ruse et bardés de fer qui accompagnent Christophe Colomb dans sa mission d’appliquer le projet politique d’un État. Il s’agit d’une armée qui a une mission première dans l’histoire du genre humain : franchir la mer « océane », au sens de ce terme à l’époque, pour y implanter l’autorité des souverains espagnols.

Sur 1,500 passagers, 1,200 sont soldats d’infanterie (qu’ils soient ouvriers ou artisans) sans compter les cavaliers armés dont un certain Ojeda, remarquable par son habileté personnelle77. Nombre de ces militaires ont participé à la Reconquista. L’esprit de Colomb qui voyage maintenant avec une garde personnelle78, est tout aussi militaire. Détail important :

Dans les notes de Colomb, les vaches, les moutons, les chevaux, les laveurs et les valets de ferme pouvaient représenter les effets civils, l’époque était telle que le mot civil était synonyme de bas ; plus d’une fois il a ce sens sous la plume de Colomb79.

En janvier 1494, il se plaint qu’à Séville l’on ait laissé ceux qui, à l’automne de 1493, se présentaient armés pour en accepter d’autres simplement parce qu’ils faisaient des avances alléchantes. Il demande aux souverains d’Espagne de lui faire parvenir, outre les médicaments, la nourriture, les vêtements et les chaussures, 200 cuirasses, 100 espingardes (grandes arquebuses), 100 arbalètes et beaucoup d’objets des magasins de guerre pour armer ceux des Espagnols qui ne le sont pas. Il informe que 200 Espagnols sont arrivés à Quiqueya sans solde. Pour les trois premières années à partir de 1494, il faut, de son avis, 1,000 hommes dont 100 à cheval pour mettre en sécurité les rivières d’or80.

Cette insistance sur la question militaire correspond à la vision des rois d’une conquête à entreprendre et à la conception de Colomb d’une colonie de peuplement à établir. Il n’est pas, comme l’affirme Madariaga, un simple rêveur, visionnaire, imaginatif, navigateur exceptionnel quand il se trouve sur mer, dont les talents se manifestent sur les flots quand il s’agit d’affronter, de dompter et de vaincre la force des éléments, et puis mauvais administrateur, piètre colonisateur. Pas tout à fait vrai. Pour le second voyage, Colomb prévoit qu’à Qusqueya :

personne n’ait faculté de recueillir de l’or à moins d’y prendre résidence et parce qu’en raison de la convoitise d’or, chacun préférera de ce métal plutôt que d’installer de nouvelles plantations, il semble que l’on doive défendre en certaines époques de l’année d’aller chercher de l’or, afin que s’établissent dans ladite île des propriétaires agricoles81.

Ce plan comporte une certaine rationalité en ce sens qu’il recherche la sécurité alimentaire pour une colonie de peuplement située à 90 jours aller-retour de sa base de départ. Sa faiblesse est qu’il prétend concilier l’inconciliable.

La troupe ne partage pas le rêve de son chef ni celui des rois. À l’automne de 1493, ses sentiments sont opposés à ceux de Colomb. Les 1,000 hommes prévus pour le second voyage, sont portés à 1,200 à cause des volontaires qui se sont présentés, 300 se sont fait admettre par fraude82. Tous sont poussés par une cupidité à assouvir immédiatement. Emportés par la soif de l’or, ils s’attendent à en ramasser à pleines mains, sans effort au milieu du sable et des galets du rivage, une fois qu’ils auront mis pieds à terre, pour s’en retourner en Espagne jouir de leur fortune facilement acquise. C’est Colomb qui vient coloniser, pas eux. S’ils ont des armes, c’est comme pour la parade, pas pour se battre. On est en présence d’une armée espagnole de conquête, divisée par ses objectifs, qui, par la force des choses, dépend pour sa subsistance d’une population autochtone ne disposant pas de réserves importantes. La conduite que cette troupe et son chef vont tenir envers les indigènes répondent à deux nécessités : l’approvisionnement et l’exploitation. La première est de plus en plus ressentie comme prioritaire.

Il- Le facteur alimentaire au moment de la conquête

Or, le système de production et de conservation agricole des natifs leur assure juste de quoi survivre sans avoir à fournir un travail assidu qui demande de grands efforts physiques. Il n’y a donc pas de ressources disponibles pour nourrir des Espagnols relativement gloutons, non désireux de s’adonner à la production agricole et surtout préoccupés de se procurer rapidement des métaux précieux en abondance pour revenir, riches dans leur pays natal. De cette situation globale découle une politique d’asservissement pour motif de subsistance à laquelle seront rapidement soumises des populations indigènes qui ne manqueront pas de résister.

Le mercredi 27 novembre 1493, la troupe se trouve devant la Nativité détruite. Après une conversation avec Colomb, le cacique du Marien, Guacanagaric, lui remet sous diverses formes de l’or pesant 200 livres. L’amiral lui donne quantité de petits vases de verre, des couteaux, des ciseaux, des sonnettes, des épingles, des aiguilles, de petits miroirs avec lesquels le cacique se croyait fort riche83. L’amiral part, quand même attristé, et à cause des vents il ne peut atteindre Monte-Plata. Il s’arrête à l’embouchure du Bababonico et y fonde Isabelle84. La troupe est vite déçue dans son attente d’or et doit faire face à l’insécurité due aux maladies et à la faim.

Les premiers affrontements

Colomb, seul détient un peu d’or et, secrètement, il en a grand besoin. Comment maintenir la confiance des souverains d’Espagne s’il leur renvoie des bateaux vides d’or ? Depuis la nouvelle de la destruction de la Nativité par le cacique Caonabo, Colomb est inquiet et, comme bien d’autres, il tombe malade. Il doit élever des constructions pour mettre à l’abri son armée. Il n’a pas de renseignements exacts sur les sources, croit-il, d’or du Cibao que dans son esprit il assimile à Cipango, riche du précieux métal. La troupe est dominée par une autre et nouvelle préoccupation : Comment ne pas mourir ? Un complot pour saisir des bateaux et revenir en Espagne est brisé85. Dès qu’il se sent rétabli, Colomb organise deux expéditions hors d’Isabelle86. Elis rapportent de bonnes nouvelles aux malades et affamés de la nouvelle ville. Ojeda, chef de l’une des missions, a été bien accueilli par les indigènes qui lui ont offert des paillettes d’or. Le peu de métal trouvé est rehaussé de la présence d’un morceau de 9 onces. Il sera remis à Antonio Torres, partant avec 12 navires, pour être remis aux souverains comme pièce à conviction.

Depuis le débarquement des Espagnols, les Indiens se montrent hospitaliers et n’hésitent pas à secourir les nouveaux arrivés, sérieusement affectés par les maladies et la faim en leur apportant surtout à manger. Ils échangent tout ce qu’ils possèdent contre les colifichets des Espagnols qui ont grand besoin de ce “négoce” car une bonne partie de leurs vivres est avariée avant d’être débarquée87. Pour les Espagnols à Isabelle, en février 1494, la maladie et la faim entretiennent la perspective angoissante d’une mort certaine. Leur situation rejaillit sur les indigènes, obligés, sous la contrainte, de leur fournir, or, femmes et surtout aliments. Christophe Colomb décide une démonstration de force propre à impressionner les Indiens, à leur apprendre à craindre les chrétiens et à leur obéir88. Il laisse Isabelle, le 12 mars, accompagné de 400 hommes bien armés, bannière déployée, pour une tournée qui le conduit jusqu’à la cordillère septentrionale puis la Vega. Avant de rentrer, le 29, à Isabelle, il fait construire, le fort Saint-Thomas où il laisse le commandant Margarite.

À son retour la situation est encore plus grave. Plus de biscuit, plus de farine, il ne reste que du blé. Colomb veut construire un moulin sur la rivière. Les mécaniciens et les gens de travail pour la plupart souffrent de faim et de maladies. Les hidalgos et gens de palais devraient les aider mais ne sont pas habitués au travail. Colomb est obligé d’adjoindre la violence au commandement et, sous la menace de priver les hidalgos de toute nourriture de toute nourriture, de les contraindre aux travaux publics. Cette violence se tourne contre les Indiens. Face à l’épuisement des provisions d’Espagne, à l’insuffisance grandissante des vivres du pays et à la perspective prochaine de disette comme le pire des malheurs, Colomb, pour obvier à la détresse et aux malheurs qui en découlent, recourt à des expédients et diversions. Il invite les indigènes des environs à augmenter leurs cultures, les soumet à une imposition de vivres, premier acte de cette oppression sans relâche qui dévora en moins d’un siècle toute la race conquise.

De leur côté :

les Indiens voisins d’Isabelle, quand ils apportaient les vivres dont le contingent était continuellement augmenté sous prétexte qu’il n ’était jamais suffisant, demandaient naïvement aux Espagnols jusqu’à quand ils resteraient dans le pays et faisaient des vœux pour leur plus prochain départ. Ils trouvaient que leurs hôtes qu’ils ne croyaient pas encore des conquérants, faisaient une trop grande consommation de nourriture et ils redoutaient qu’ils ne causent une famine dans l’île en y séjournant trop longtemps89.

Or, les Indiens doivent pourvoir aux besoins d’exploration des autres îles. Le 9 avril, avant de partir pour Cuba, Colomb laisse entre autres instructions à Pedro Mosen Margarite, commandant de l’armée laissée à Quisqueya :

Toutes les provisions demandées aux Indiens pour la subsistance de l’armée doivent être payées exactement par ceux que l’amiral a désignés pour cette tâche et les ventes ou plutôt les échanges doivent avoir lieu en présence d’un contrôleur. Si les Indiens refusent de vendre Pedro Marguerite est autorisé à les contraindre en employant néanmoins tous les ménagements possibles et en tâchant d’adoucir ce que ces mesures pourraient avoir de vexatoire par les procédés et les caresse90.

À Cuba où se rend Colomb les marins réduits depuis longtemps à la misère tombent sans cérémonie sur des poissons et des utias abandonnés par des indigènes en fuite. Ils doivent faire provision d’eau et d’aliments. L’état des vaisseaux, la fatigue, l’épuisement des vivres portent les marins à exiger de Colomb le retour à Haïti91.

Guerre alimentaire et première chute de Christophe Colomb

Pendant l’abcence de Colomb, Pedro Margarite participe à l’anarchie. Il lance dans la Véga réputée riche, des soldats affamés déjà réduits à manger des lézards, et toujours en quête d’or, de femmes et d’aliments. Entre-temps, arrive Barthélemy, frère de Colomb le 14 avril 149492. Margante et d’autres mécontents retournent en Espagne. La soldatesque espagnole, livrée à ses instincts, se disperse dans toute la Vega, volant, violant, pillant. En proie aux affres de la faim, elle s’empare de toutes les provisions qu’elle peut trouver. D’où la résistance des Indiens à des étrangers qui volent, violent et pillent. Guatigana, cacique aux ordres de Guarionex, en fait tuer quarante, Caonabo assiège le fort Saint-Thomas mais doit se retirer car Ojeda y assure une défense efficace. Alors, Caonabo essaie de mettre sur pied une ligue des caciques, dénoncée par Guaganaric. Colomb, de retour de Cuba, fait secourir le fort Magdalena assiégé. Irrité de la révolte des Indiens, Colomb leur mène une guerre d’asservissement qui se poursuit depuis fin 1494 et tout au cours de l’année 1495. Il recourt à la ruse pour faire arrêter et enlever Caonabo, il écrase les Indiens lors de la bataille de la Vega Real (25 mars 1495) qui fut plus un massacre qu’un combat. Il impose aux Indiens de plus de 14 ans, un tribut trimestriel de trois castillans de poudre d’or pour ceux qui sont proches et de 25 livres de coton pour ceux qui sont éloignés93.

Les Indiens répondent par la guerre alimentaire.

Ils constatent que la colonie soufre en tout temps du manque de vivres et qu’elle n’a pour toutes ressources que celles du pays. Ils s’accordent pour ne plus cultiver les fruits, les racines et le maïs qui composent leur nourriture et même de détruire tout ce qui en existe déjà pour amener la famine, dans l’espoir qu’elle forcera les étrangers à se retirer. Ils abandonnent leurs demeures et après avoir détruit leurs champs et leurs vergers, ils s’enfuient aux sommets des montagnes où ils se nourrissent d’herbes, de racines94...

Les Espagnols, quoique disposant des ressources de leur pays et pouvant semer, se sentent menacés d’une famine imminente par la désertion des Indiens, ainsi que par la dévastation des magasins et des moissons. Ils se mettent à traquer les Indiens jusque dans leurs derniers retranchements. Les Indiens poursuivis comme par des fauves, périssent par milliers et les survivants se soumettent.

Oviedo voit dans cette résistance des Indiens le mal qui a entraîné la mort de la moitié si ce n’est des deux tiers des Espagnols tandis que parmi les Indiens ceux qui ont péri sont si nombreux que l’on ne peut les compter95. Cet auteur ne relate pas de maladies pour les Indiens mais il signale que les rares Espagnols de retour chez eux y arrivent tous jaunes et qu’en Haïti beaucoup perdent une jambe et des orteils en essayant de se faire soigner au fer chaud contre les lésions provoquées par la syphilis et les chiques96. En cette époque, pour ne pas périr, les Espagnols ont dû manger les chiens muets des Indiens, ceux qu’ils avaient emmenés d’Espagne, les quemis et autres animaux qu’ils appellent mohuy et tous les autres qu’on appelle coris qui sont comme de jeunes ou petits lapins ; des lézards et couleuvres et un serpent de quatre pieds dit iguana, un animal qui fait peur. Les Espagnols ne pouvaient faire disparaître, comme le dit l’auteur, tous les quadrupèdes de l’île qu’ils n’occupaient pas encore. Cependant, son insistance sur les animaux comme source d’aliments attire l’attention sur la disparition systématique des tubercules par l’action des Indiens97.

Dans ces circonstances dramatiques arrive, en octobre 1495, Juan Aguado, envoyé des souverains d’Espagne, venu enquêter sur les plaintes et dénonciations des Espagnols de retour en Espagne avec Margarite à la fin de 1494. L’alimentation est, alors, le principal motif de complainte des Espagnols. Ceux qui sont maigres et affaiblis accusent Colomb de les forcer à travailler sans leur donner à manger, et ceux qui sont en santé ne sont pas à la disposition de Colomb. Ils mettent à profit leur état pour parcourir l’île, exercer la violence, voler, piller et rendre esclaves toux ceux qu’ils prennent en vie. La misère dans le camp espagnol est décrite en ces termes :

Il y a peu ou pas de vivres, rien qu’une assiette de froment qu’on leur donne dans les greniers du roi et qu’ils disent moudre avec un moulin à main (beaucoup le mangent bouilli) et une tranche de lard rance ou du fromage pourri, et je ne sais combien de haricots ou de pois chiches, du vin comme il n’y en a pas dans le monde ?

Par ailleurs, Colomb est réprimandé. Les rations doivent être distribuées tous les cinq jours et la punition qui consiste à les diminuer ou les retrancher doit cesser car, croient les souverains, les colons ont besoin d’une nourriture vivifiante pour les fortifier contre les maladies causées par un climat étranger98. La position politique de Colomb est ruinée. Il est le premier chef, dans le Nouveau Monde, à perdre son crédit sur la base des problèmes de subsistance. Il avait déjà pensé revenir en Espagne avec Antonio Torres mais la maladie le retenait. Maintenant, plus rien à faire, il lui faut retourner99. Le 10 mars 1496, il part pour l’Espagne, accompagné de 225 passagers déçus et d’indiens prisonniers qu’il espère vendre comme esclaves100. Il s’arrête en Guadeloupe où les Espagnols entrent dans les maisons désertes, pillent et détruisent. Il s’approvisionne en eau, bois, cassave pour trois semaines. La prolongation du voyage, à cause de vents contraires, provoque l’épuisement des vivres et Colomb réduit la ration à six onces de pain et une demi-livre de cassave101.

Au commencement de juin la famine se met à bord des vaisseaux. Dans l’excès de leurs souffrances et effrayés à la vue de la mort qui se présente sous l’aspect le plus horrible, plusieurs Espagnols font la proposition désespérée de tueries Indiens prisonniers et de les manger, d’autres optent pour qu’on les jette en mer comme autant de bouches coûteuses et inutiles102.

La subsistance préférée à l’or

Durant l’absence de Colomb à Hispagnola la famine y amène les Espagnols à préférer la nourriture à l’or. Le cacique Guarionex, incapable de payer le tribut d’or imposé par Colomb lui a indiqué une direction où il pourrait en trouver facilement. Plus tard, une Indienne tombée amoureuse d’un Espagnol, aurait désigné cette région que le conquérant dénomme Las Minas et qui se trouve dans le Sud-Est du pays. Après le départ de Colomb, Barthélemy, son frère, entreprend de construire la forteresse San Cristobal. La rareté des vivres est telle qu’assez souvent il se voit contraint d’interrompre les travaux, de détacher des ouvriers dans les campagnes environnantes à la recherche de subsistances qui s’épuisent bien vite. L’Indien qui comprend l’importance des vivres pour l’Espagnol, refuse de collaborer. Barthélemy, qui ne peut pourvoir à la subsistance de ses hommes, en laisse dix pour garder la position, puis se retire avec quatre cents autres dans la fertile vallée de la Vega où il passe le mois de juin en se faisant entretenir par des caciques aux ordres de Guarionex. L’arrivée, en juillet 1496, de trois caravelles commandées par Pedro Alonso Nino, provoque chez les colons, des sentiments que Las Casas commente ainsi :

Il n’y a rien, pas même l’abondance de l’or, qui puisse à cette époque réjouir ces gens-là, sinon que la nouvelle de l’arrivée de bateaux avec des provisions car leur principale souffrance, c’est la faim, surtout pour ceux qui ne peuvent s’en aller rançonner les Indiens, mais sont comptés de façon permanente à Isabelle aux travaux ou qui sont des officiers ou des gens de métiers.... Cette faim et ces vicissitudes sont la cause principale des mauvais traitements que depuis leur arrivée dans l’île les chrétiens font subir aux Indiens103.

Le support en subsistances venues d’Espagne fournit juste un répit permettant à Barthélemy d’achever la forteresse qu’il place maintenant à l’embouchure de l’Ozama et qu’il appelle Santo-Domingo. Il gagne la riche province du Xaragua et impose à son cacique Bohechio un tribut qu’il perçoit, lors d’une seconde incursion, en cassave et coton104. L’état de l’opinion est tel à Isabelle qu’à l’arrivée de la caravelle venue du Xaragua, les hommes de Barthélemy, craignant que des Espagnols ne l’enlèvent pour revenir en Espagne la font échouer105. Roldan, dont Christophe avait fait un juge, et d’autres mécontents regrettent de ne pouvoir enlever la caravelle, murmurent contre Barthélemy et les chefs, accusés de négligence, de ne pas accorder à l’agriculture une énergie et une persévérance suffisantes, et même contre les souverains d’Espagne à l’enrichissement de qui on fait travailler les Espagnols alors qu’ils oublient leurs sujets au loin106. On se plaint contre la faim, la maladie, et la mort qui a déjà emporté 300 des Espagnols encore dans l’île. Barthélemy décide de disséminer le-reste dans les forts où ils seront à la charge des Indiens. Us auront à lutter peut-être contre la maladie mais pas contre la faim107. Pas d’apport nouveau d’Espagne et les Indiens se font marrons. Ils adoptent la vieille tactique consistant à se replier vers les montagnes où ils se nourrissent d’herbes et de racines. Roldan et ses partisans profitent de cette situation pour se créer un appui parmi les Indiens. Us répandent l’idée que les frères Colomb obligent tout le monde à travailler pour eux et traitent les Indiens de façon infâme. Par cette manœuvre Roldan et les siens provoquent un mouvement de sédition qui gagne les Espagnols. En même temps, pour essayer de rallier les Indiens il se déclare contre les tributs108. B. Colomb doit se réfugier dans le fort Conception, sous la menace des mutins109.

Pour calmer ses congénères, Barthélemy promet lors des négociations avec eux de leur donner un ou plusieurs Indiens comme esclaves. Les gens de Roldan trouvent dans cette promesse un encouragement à voler et piller. De même font les partisans de Barthélemy qui n’ose pas leur faire opposition de peur d’être abandonné au profit du camp adverse110. La tension se relâche en janvier 1498 lorsque le commandant Pedro Hernandez Coronel arrive sur un bateau chargé de provisions avec quatre-vingt-dix hommes pour travailler dans les mines et annonce en même temps que Barthélemy a été confirmé par les souverains d’Espagne dans le titre d’Adelantado que lui avait donné Christophe Colomb. Grande est la joie de B. Colomb menacé d’encerclement par la troupe de Roldan qui grossit de jour en jour111. Roldan se retire dans le Xaragua. Barthélemy décide la guerre dans les montagnes du Ciguay en vue d’une nouvelle moisson d’esclaves et quand Christophe Colomb est de retour à Hispanola, tout le monde parle des 80,000 plants de manioc que son frère a en terre. Est-ce le résultat de l’effort des cinq mille travailleurs que lui a amenés un cacique dont il a libéré la femme112 ?

La subsistance demeure un problème majeur qui affecte le mouvement de colonisation113. La dépendance des lieux pour la subsistance tient aux longs intervalles entre les arrivées de bateaux d’Espagne dont la capacité de transport est limitée et à la détérioration rapide des aliments sous le climat tropical. Pour le premier aspect on peut noter : Colomb met la voile le 7 octobre 1493 et c’est en avril 1494 que son frère Barthélemy arrive sur 3 bateaux avec des vivres d’Espagne114. Peu de temps après Antonio Torres qui a laissé l’île, le 2 février et sera à Cadix vers le 10 avril 1494. Il revient dans l’île en octobre, en avril 1495, il sera de retour en Espagne115. Juan Aguado qui a reçu sa lettre de créance le 9 avril 1495 se présente en octobre suivant116. Fin juin 1496, Nino Alonso apporte quelque soutien et c’est seulement en janvier 1498 que Pedro Hernandez Coronel vient au secours des Espagnols obligés de vivre sur le pays en attendant le retour de Colomb en octobre 1498 pour son troisième voyage.

Christophe Colomb, sur le chemin de retour à Española, aurait voulu prolonger son séjour sur les côtes du Venezuela actuel.

Mais, dit-il, les vivres que je portais, blé, vin, viande pour nos gens d’ici, étaient au point de se perdre, je les avais obtenus là-bas avec tant de peine que je ne cherchais qu’à aller au plus vite et venir les mettre à l’abri sans m’arrêter pourquoi que ce fût... je levai l’ancre aussitôt car j’étais pressé de remédier à la corruption des vivres que j’avais obtenus avec tant de peine117.

Maintenant, il doit dire son mot dans le conflit créé par la révolte de Roldan, dû en grande partie aux difficultés de subsistance.

Le principe de l’entente, qu’il va concrétiser en 1499 avec Roldan, se retrouve dans une politique esquissée par C. Colomb au début de 1496 et dans ses lettres d’octobre 1498 aux souverains. Au début de 1496, Colomb avait commencé à réviser sa politique. Peu avant son départ il avait imposé aux Indiens de s’occuper du labour dans les champs des Espagnols comme ils le faisaient pour leurs caciques. En même temps, il prévoyait une entreprise de coupe de bois brasil dans la région d’Aquin, dont la vente serait affectée aux dépenses d’établissement afin de soulager la caisse des souverains d’Espagne118. Il observe que l’île est encore très misérable, que l’Espagne est obligée d’y envoyer des provisions de bouche. Il propose l’esclavage des rebelles faits prisonniers, le vasselage des autres naturels et l’obligation pour les caciques de fournir des corvées d’indiens libres qui cultiveraient les terres des Espagnols au lieu de payer le tribut. Il demande aux souverains d’autoriser les Espagnols d’utiliser pendant deux ans encore le travail des Indiens comme esclaves119. Ses intentions vont dans le même sens que les propositions de son adversaire. Roldan réclame que les Indiens se chargent des travaux de labour, du maintien des forteresses et des bourgs des Espagnols et que les caciques fournissent des travailleurs pour les mines. C. Colomb est aussi isolé que son frère. Ses propres partisans murmurent et se disent pourquoi ils ne s’enrichiraient pas comme les hommes de Roldan120. Pour apaiser le mécontentement des partisans de Roldan, C. Colomb accepte de leur donner des terres et d’appliquer le repartimiento qui consiste à donner à chaque Espagnol des Indiens qui seront à son service.

En acceptant la culture des terres au lieu du payement de tribut, Colomb laisse découvrir que définitivement il a pris conscience de l’ampleur du problème de subsistance121. Dès 1499 commence à fleurir l’économie de subsistance des Espagnols à côté de celle de cette denrée que représente l’or. La première rapporte même beaucoup à ceux qui s’y adonnent tandis que d’autres se font ruiner en recherchant de l’or122. Cependant, Colomb se montre dictateur même envers les Espagnols. Il cherche à se procurer des ressources pour satisfaire les rois et construire un fort à Paria dans les territoires continentaux qu’il vient de découvrir123. Les souverains prévenus de l’existence de ces nouveaux et vastes territoires, mettent en avant les plaintes contre Colomb pour le destituer, et le remplacer par Bobadilla qui fait arrêter et embarquer l’Amiral et ses frères ramenés enchaînés en Espagne. Il se produit alors un revirement assez intéressant du point de vue de la relation or/subsistance.

Retour à la suprématie de l’or et à la famine

Au départ de Colomb, il ne reste que 300 Espagnols dans l’île. Bobadilla les laisse disposer comme ils veulent des Indiens. Ce faible nombre d’Espagnols à entretenir et pourvoir en or permet une relative abondance en porcs et comestibles indigènes qui deviennent bon marché. Bobadilla ne demande de verser que le onzième de l’or recueilli. Les Espagnols gaspillent en achats inconsidérés l’or qui leur revient. En 1502, l’Espagne donne à Bobadilla un successeur en la personne d’Ovando124. Le nouveau gouverneur exige que même ceux qui avaient payé le onzième versent maintenant au roi le tiers de l’or recueilli. Voilà, ruinés d’un seul coup, les Espagnols qui sont obligés de vendre pour 10 ce qu’ils avaient acheté 50 car il leur faut payer aux souverains. Mais, ne sont pas soumis à cette contrainte ceux qui s’étaient consacrés à la production de subsistances plutôt qu’à la recherche de l’or. Ils deviennent riches. Las Casas commente la situation en ces termes :

 Ce fut une règle générale dans ces îles que tous ceux qui sadonnaient aux mines vivaient toujours dans la nécessité et même en prison à cause de dettes, mais au contraire trouvaient plus de repos et d’abondance, ceux qui se livraient à F élevage et à l’agriculture125... 

Ces genres d’activités mettent à l’abri des caprices des grands de ce monde, des fluctuations des marchés des pays étrangers et des intempéries qui les frappent. Or, Ovando décide que désormais sera restituée à la Couronne d’Espagne la moitié de l’or recueilli par ses sujets à Española126. De plus, selon les instructions reçues, il doit enlever aux Espagnols les Indiens que Colomb leur a concédés en vertu du repartimiento et remettre ces Indiens à la Couronne qui prélèvera un tribut sur leurs salaires127. Sous couverture de protéger les Indiens contre les colons de l’île, les souverains les soumettent au travail pour leur procurer directement de l’or. Le passage de tous les Indiens au service direct des souverains sous prétexte de leur affranchissement ne peut que nuire aux Espagnols au moment où le débarquement des 2,500 personnes, qui accompagnent Ovando vient augmenter la charge alimentaire.

À peine débarqués les gens d’Ovando se précipitent vers les mines. Ils creusent ; mangent, trouvent peu d’or ou pas, bientôt, leurs provisions sont épuisées. La pauvreté se fait sentir. Ils sont obligés de vendre leurs vêtements pour avoir du pain. Hommes dépaysés, les gens meurent de consomption, de fièvre. Mille Espagnols périssent en peu de temps128.

La cessation, en vertu des instructions de la reine, du repartimiento liant les Indiens à la personne des Espagnols, ne peut que causer des soucis à Ovando, dont le problème réel, est la rareté d’aliments pour les nouveaux venus qui se tuent à chercher de l’or.

Quand le Commandeur voit [...] que s’épuisent la farine et le pain, que la foule des gens qui Raccompagnent, souffrent de faim et qu’une partie en meurt ; que davantage en sont affectés au point de tomber malades, comme il na pas de pouvoir pour contraindre les Indiens au travail, comme de fait il a plus de gens qu’il ne peut entretenir, [et cela a toujours été une des causes des désolations des Indes] il prend l’initiative d’une lettre aux rois, disant que les Indiens sont des gens paresseux et imprévoyants qui doivent être contraints au travail plutôt que d’être laissés libres, qu’ils refusent de travailler, se tiennent loin des Espagnols et perdent ainsi l’opportunité d’être instruits dans la religion chrétienne129.

Acceptant les recommandations d’Ovando, les souverains adoptent, le 20 décembre 1503, sous le nom “encomienda” une décision qui autorise Ovando à accorder aux Espagnols des lots d’indiens qui travailleront dans les champs et dans les mines130. Les souverains institutionnalisent par cette mesure le repartimiento, réclamé par Roldan, accepté par B. Colomb qui donne aux Espagnols rebelles des Indiens réduit en servitude. Les Indiens sont brutalement attachés, de nouveau, à la personne des Espagnols dits encomenderos. Ovando affecte à chacun d’eux des Indiens dont le nombre varie suivant la position du bénéficiaire131. Les asservis sont obligés de travailler pour l’encomendero à la maison, dans les champs et dans les mines132. Sauer écarte le facteur alimentaire lorsqu’il affirme, sans donner de références, que les Indiens, même dans les mines continuent de recevoir leurs rations. Herrera écrit que suite immédiate au transfert brutal dans les mines, les Espagnols sont condamnés à manger des animaux immondes, et les Indiens à souffrir de faim. Cette famine provoque le retour des maladies chez les uns et les autres133.

Las Casas, un contemporain des événements, présente un tableau dramatique de la disparition des Indiens, dans lequel la faim apparaît comme un facteur très important :

lorsque les Espagnols qui surveillaient les travaux prenaient leurs repas, les Indiens affamés se pressaient comme des chiens sous la table et ramassaient les os. beaucoup périssaient avant que le temps de leurs travaux fût expiré. Les survivants, au bout de six à huit mois, avaient la permission de retourner chez eux jusqu’au terme prochain, mais amenés qu’ils avaient été de tous les points de l’île, quelques-uns avaient à faire 40, 50, 60 et même 80 lieues. Epuisés déjà par les fatigues que leurs fébriles constitutions ne pouvaient supporter, ne trouvant pour se soutenir pendant la route que des racines, plus d’un n’avait la force d’accomplir ce voyage ; ils tombaient en chemin sur le bord d’un ruisseau, sous l’ombrage d’un arbre où ils cherchaient un abri contre les ardeurs du soleil. J’en ai beaucoup vus qui étaient étendus sans vie sur la route, d’autres qui étaient haletants sous les arbres, d’autres enfin qui sous les angoisses de la dernière heure, criaient d’une voix haletante : j’ai faim, j’ai faim. Ceux qui gagnaient leurs maisons, les trouvaient presque toutes désertes. Pendant les huit mois d’absence leurs enfants avaient péri ou s’étaient dispersés. Les champs sur lesquels ils comptaient pour leur nourriture étaient couverts de mauvaises herbes. Solitaires, abattus, écrasés de désespoir, il ne leur restait qu’à se coucher sur le seuil de leur porte pour y attendre la mort134.

La production d’or et la population espagnole vont augmenter en raison inverse de la décroissance du nombre des Indiens135. La production d’or ne peut augmenter qu’en arrachant les Indiens au travail agricole pour les concentrer partout dans les mines. Ils y passent plus de temps que les six mois prévus, ils y restent souvent huit mois et parfois même davantage136. Vers 1507, il y a 10 à 12,000 Espagnols dans l’île137. L’augmentation de leur nombre est liée à une certaine croissance de la production agricole qui se fait unilatéralement en leur faveur grâce à l’exploitation forcenée des aborigènes. En, 1504, les procureurs de l’île demandent à la Cour d’Espagne de laisser entrer librement à Española des animaux, objets et aliments propres au maintien des Espagnols138. Cela leur a été profitable car le prix de mille buttes de manioc est passé de 60 pesos en 1501 à 25,8 en 1508. Bien qu’il ait eu à sa disposition les revenus de l’or, Ovando, lui-même, a affirmé qu’il n’aurait pu se maintenir sans s’appliquer à la culture et à l’élevage139.

En ce qui concerne les aborigènes l’importation, en 1508, de 40,000 Indiens des Bahamas ne peut empêcher les conséquences de la catastrophe démographique en cours depuis 1494. Soi-disant pour protéger les populations indigènes le pouvoir en Espagne adopte les lois de Burgos de 1512140. Mesures sans effet sur le plan de la démographie des populations aborigènes. Diego Colomb, successeur d’Ovando ne trouve que 26,159 Indiens pour le repartimiento de 1514 ordonné par le roi en yue de satisfaire de nouveaux privilégiés141. Le transfert d’un encomendero à un autre s’ajoute, comme facteur de dépopulation, au travail des mines où meurt chaque année un tiers des travailleurs. Or, on ne laisse hors de ces champs de morts que les enfants, vieillards et parfois des femmes. Le labour en souffre nécessairement142.

Le rôle de la faim comme facteur de disparition se comprend quand on sait que les Taïnos avaient « une agriculture facile mais sans réserve.143 » Dans ce cas, la concentration de la population même féminine dans le travail de batea144, l’obligation qui leur est faite de travailler pour nourrir les Espagnols ne peut que priver du minimum de subsistance les aborigènes, non accoutumés à un travail intensif. Il se produit une modification écologique générale. En même temps se multiplient les quadrupèdes libres et devenus sauvages qui dévastent les conucos des Indiens, incapables à cause de l’absence forcée d’entretenir et de surveiller leurs champs. L’élimination de la plus grande partie des utias et autres mammifères par les Espagnols de 1497 à 1503 prive les Indiens de leurs sources naturelles de protéines145. Chaunu, si hostile aux thèses des marxistes, admet que, comme ils le disent, l’exploitation des nouveaux territoires ne pouvait être rentable sans dépasser le coût de la production et de la reproduction de l’homme146. « No Indios, no Indias »147, pas d’indiens, pas d’Inde, se disent les Espagnols. Pas d’esclaves, pas de colonies. Après 1512, les Espagnols se retirent au fur et à mesure de l’île à la recherche d’autres territoires où s’asservir des bras pour se procurer de l’or. Ceux qui demeurent vont remplacer les aborigènes disparus par des Africains en vue de produire du sucre et implanter, ainsi, la première économie de plantation en Amérique.

Haïti peut donc être vue comme un laboratoire pour la colonisation, où le choc de sociétés a beaucoup plus valeur d’explication que le choc microbien. La tentative de substituer le choc microbien au choc de sociétés renvoie à une opposition nature/culture, pleine de sens en termes de modèle d’histoire, qui amène à questionner une certaine anthropologie.

Nature/culture, modèle d’histoire

Les capitulaires de Santa Fé laissent l’impression que pour Colomb et les souverains d’Espagne, les produits exotiques se donneraient d’eux-mêmes, naturellement sans effort. Spontanément, les auteurs dudit document se pensent comme relevant de la culture et rejettent dans la nature tout le reste y compris les populations étrangères dont ils peuvent disposer pour travailler dans les champs et dans les mines d’or148. L’histoire qui s’écrira en Europe aura tendance à reproduire sans esprit critique le modèle de discours des dominants de l’histoire qui se fait. Que l’armada de Christophe Colomb soit à l’origine de la dépopulation d’un continent entier, la disparition de dizaines de millions d’êtres humains ne peut être attribuée par une certaine histoire qu’à des causes naturelles. Que 60,000 soldats de Bonaparte ne puissent en 1802 ramener à l’esclavage quelques 500,000 nègres, l’événement ne peut encore relever que de causes naturelles. Il y a dans ces discours tous les préjugés de l’Europe à l’endroit de ceux qu’elle considère comme naturellement inférieurs.

Il ne suffit pas de dénoncer de tels préjugés. Il faut aussi s’interroger sur le décalage culturel qui a permis aux Européens de s’imposer si facilement aux natifs d’Haïti et de toute l’Amérique. Francis Bacon, le grand promoteur de la révolution scientifique indique une voie pour conduire cette interrogation lorsqu’il écrit :

La différence entre l’homme civilisé et le barbare est presque celle entre les dieux et les hommes. Et cette différence ne vient ni du sol ni du climat ni de la race mais des arts.149 

La différence dans l’art est fondamentalement liée à la différence dans le temps des civilisations. Le marronnage que les aborigènes ont inauguré sur le continent avec leur guerre alimentaire assez fruste de conception est une tentative du faible de jouer l’espace contre celui qui tire sa puissance de l’avantage que lui donne le temps. Si les aborigènes d’Haïti ont aussi facilement perdu, c’est à cause de la faiblesse de leur art La supériorité de force que donne l’art a permis aux Espagnols de s’établir aux dépens des aborigènes et de ce qu’ils ont produit comme culture dans le domaine de l’alimentation150. La faiblesse relative de l’art a contraint l’Espagne de favoriser la production de subsistances sur les lieux151. Mais pour le monde dominant d’aujourd’hui, l’art a vaincu la distance et aucune puissance n’a besoin de la subsistance locale pour imposer sa volonté politique dans une Haïti affamée.

Au moins les aborigènes avaient leur agriculture de subsistance dont ont profité les Espagnols ! De ce point de vue, ne se profile-t-il pas à l’horizon une nouvelle fin, physique ou morale mais tragique, à laquelle la vision du vainqueur voudra trouver une cause naturelle152 !

Alors, une anthropologie qui n’essaie pas de déterminer quelle culture peut donner la puissance dans les affrontements inévitables entre les sociétés, ne tient-elle pas auprès des descendants des victimes la fonction de cadeau empoisonné de Danaos visant à leur faire oublier le vae victis dont leurs ancêtres ont subi la rigueur impitoyable ?

2 Henri Van, Effenterre, Mycènes, vie et mort d’une civilisation : La seconde fin du monde. Paris, 1985.

3 Elise, Marienstras. « Problèmes d’historiographie indienne : Le Champ amérindien », Annales E. S. C., 1978,408-426, p. 419

4 Fernand, Braudel. Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XVIIIe siècle, A. Colin, 1979,3 vol, vol. I, p. 21.

5 Oviedo. Histoire générale des Indes, Iles et Terre Ferme de la Grand Mer Océane. 1561, Livre II, ch. xiii.. Guerra, Francisco. « La epidemia

6 Frank, Moya Pons, Manual de Historia Dominicana. La Española en el siglo XVI. Segunda Edicion UCMM, 366-368. Saco, José Antonio de. Historia de la

7 Soulignons que le cheval est d’origine américaine. Darwin l’a remarqué. Voyage d’un naturaliste. Denhardt, Robert. The Horse of the Americas

8 Las Casas. Brevissima relacion...

9 Demotizi, E. R. Los Dominicos..., 1...14.

10 Pierre Chaunu, Séville et l’Amérique au XVIe siècle. Flammarion, 1977. Cook, F. et Borah, W. Cités G. Martinière. « Le premier partage du Nouveau

11 F., Moya Pons, Manual de historia dominicana... UCMM, 1966

12 Roberto, Cassa. Los Indios de la isla española, 1992, p. 208.

13 Carrl. O., Sauer,

14 Eugenio, Fernandez Mendez. Arte y mitologia de los lndios de las Antillas Menores, 1979, p. 11.

15 Henri, Petitjean-Roget. « Les populations amérindiennes : aspects de la préhistoire antillaise », Historial antillais, II, 77-152,151.

16 Maurice, Barbotin. Archéologie antillaise. Arawaks, Caraïbes. Guadeloupe, 1987, p. 93.

17 Oviedo. Livre 2, Ch. 8.

18 Irving, Rouse. Francisco, Moscoso. Sociedad y economia de los Tainos. Editorial Elil, 1999, p. 41.

19 Irving, Rouse. The Tainos. Rise and Decline of the People Who Greeted Colombus. 1992, p. 20.

20 D. J. R, Walker. Colombus and the Golden World of the Arawaks. Great Britain, 1992,28,114.

21 Rainey, Froelich G. Excavations in the Ft. Liberté Region, Haïti ; Irving, Rouse. Culture of the Ft. Liberté Region, Haiti, Yale University

22 Roberto, Cassa. Los lndios de la isla española, 1992, p. 24,50,....

23 Henri, Petitjean-Roget. « Les populations amérindiennes : aspects de la préhistoire antillaise. » Historial antillais y Fort-de-France, 1980.

24 Maurice, Barbotin. Archéologie antillaise. Arawaks, Caraïbes. Guadeloupe, 1987, p. 87.

25 Irving, Rouse. The Tainos. Rise and Decline of the People who greeted Colombus. 1992, p. 5,6...Passim.

26 Sven, Loven. Op. cit. p. 42-43. Selon Rouse (1992) on manque d’éléments pour se prononcer.

27 Jean, Fouchard. Langue et littérature des aborigènes d’Haïti.

28 Cari Ortwin, Sauer. The Early Spanish Main. University of California Press. Berkley, 1966, ch. III. Araru maranta

29 Oviedo. Histoire générale, Op. cit.

30 Pedro Martyr de Anghiera. Décades Océaniques. Dans : Fuentes Historicas sobre Colon y America et dans Eden, Richard. The First Three English Books

31 Las Casas. Historia de las lndias. Aguila, Mexico, 1927. Sauer, Cari Ortwin. The Early Spanish Main. University of California Press. Berkley, 1966

32 Las Casas. Historia de las Indias. Sauer, Cari Ortwin. The Early Spanish Main. University of California Press. Berkley, 1966, ch. III. Colomb

33 Sauer dit que nombre de ces tubercules ont disparu. D’après certaines informations jusqu’à la fin des années 60, il existait encore certains

34 Las Casas. Apologetica. Ch. XI. Sauer. Yautia Xanthosma. Yahutia écrit Sven Loven. Probablement une transformation a donné yautia en espagnol de la

35 Las Casas. Apologetica. Ch. XI.

36 M. Girolamo, Benzoni. La Historia del mundo nuevo. 1967. Cet auteur dit que le maïs de Venezuela vient de Quisqueya.

37 Las Casas. III. Historia Apologetica. Ch. XI, p. 445.

38 P.,Chaunu. et lAmérique.. .Op. cit.

39 1 arroba = 251ivres.

40 D’Ans, Marcel. Haïti, Paysage et Société. Karthala, 1987.

41 Maurice, Barbotin. Archéologie antillaise. Arawaks, Caraïbes. Guadeloupe, 1987, p. 46-47. Les Arawaks saladoïdes de la Guadeloupe sont notés comme

42 Sauer. The Early Main Spain. Op. cit p. 59.

43 Francisco, Moscoso. Sociedad y economia..., Op. cit. p. 38.

44 D. J. R., Walker. Colombus and the Golden World of the Arawaks. Great Britain, 1992.

45 Marshall, Sahlins. Stone Age Economics, N. Y., 1972.

46 Voir sur ce point la thèse de Roberto Cassa (Los Tainos...) et le point de vue de Moscoso.

47 Emilio Rodriguez, Demorizi. Los Dominicos y las encomiendas de la Isla Española. Editera des Caribe, Santo-Domingo, 1971, p. 76. Pour Sauer nitaïno

48 Rodriguez Demorizi, E. Los Dominicos... Op. cit. p. 76.

49 Sven, Loven. Origins of Tainan Cultures. West lndies. 1935, p. 502...

50 Sven, Loven. Op. cit. N. B. Même sur le continent où les Espagnols ont constaté la vente d’humains à toutes fins : par exemple en sacrifice aux

51 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

52 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

53 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

54 Herrera. Tome II, ch. VI. Cela se passe au moment de la lutte ente B. Colomb et le cacique Guarionex.

55 An Account of the Antiquities of Indians. Duke University Press, 1999. P. 1, note de bas de page.

56 Père Le Pers. Histoire..., A. G. N., p. 234.

57 Oviedo. Livre VII, Ch. IL Cassa, R. Op. cit. p. 115.

58 Sven, Loven. Op. cit. p. 78.

59 Sauer. Op. cit. p. 59.

60 Le Pers. Histoire naturelle et morale. Archivo General de la Nacion, République Dominicaine, sept déc. 1946, p. 246.

61 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

62 LePers. Op. dtp.235.

63 Pandüla d’Onis, Luis. Historia de Santo-Domingo, primera parte, Mexico, 1943, p. 208.

64 Las Casas. Apologetica.

65 Las Casas. Apologetica. CXX, Ramon Pane. Relation de algunas cosas...

66 Alcina Franch, José. « La cultura taina como sodedad de transicion entre los niveles tribal y jefaturas », Las Culturas de America en la epoca del

67 d’Ans, André Marc d. Haïti, Paysages et société, Karthala, 1987.

68 Rouse, I. The Tainos, 1992, Op. dt. p. 9.

69 Raynal. Histoire politique et philosophique. 1775.1, ch. 124, Livre VI, 644-645.

70 Ibid.

71 Foubert, Bernard. « Christophe Colomb », Conjonction, Port-au-Prince, no. 89,1963.

72 C’est seulement à l’occasion du troisième voyage que l’on fait sortir de prison des malfaiteurs pour aider à former les équipages de Colomb. La

73 Jiaan de Miranda. Histoire générale de l’Espagne. 1592. Traduction française 1725. vol. 1.

74 Pierre, Chaunu.L’expansion européenne du XIII au XVe siècle. P. U. F., 1969, ch. IV, p. 214.

75 Navarrete, M. F. Coleccion de los viajes y descubrimentos que hicieron por mar los Espagnoles, 1859,3 vol. , vol. 2. Documents no. 6 et 13.

76 Ibid. Documents no. 16. Carta... al Duque de Medinasidonia sobre la armada que prepare el rey de Portugal.

77 Madriaga, S. Christophe Colomb, p. 316. Mahn-Lot, Marianne. Bartolomé de Las Casas..., p. 15.

78 Madariaga. 302.

79 Ibid. 314.

80 Las Casas. Historia de las Indias. I, Ch. 82. Navarrette, M. F. de. Relation des quatre voyages entrepris par Christophe Colomb. Mémoire de Colomb

81 Colomb, Christophe. Relations de voyage. La Découverte, 2 vol. , vol. II, p. 17.Madariaga. Christophe Colomb,p. 300.

82 M. F., Navarrette, de. Relation des quatre voyages entrepris par Christophe Colomb. Mémoire de Colomb remis le 30 janvier 1494 à Antonio Torres ;

83 Antonio, Herrera. Histoire générale, 1660,3 vol. , vol. 1, Livre II, Ch. IX, p. 130.

84 E., Rodriguez Demorizi, Colon en la Española, Itinerario y bibliografia. Ciudad Trujillo, 1942.

85 WII, Irwing, Livre Herrera, vol. I, Ch. XI.

86 Las Casas. Historia I, Ch. 89.

87 W. II, Irwing. Livre VI, Ch. VII, p. 72.

88 Las Casas. Historia, I, Ch. 90.

89 Emile, Nau. Histoire des caciques. Edition Panorama, 197..., Reproduction de l’édition de 1894, 115-116. Pedro Martyr de Anghiera. Décade I, Livre

90 W. II., Irwing. Livre VI, Ch. XII,

91 W II., Irwing. Livre VII, 127,142,157-158.

92 Las Casas. Historia. I, Ch. 101.

93 W. IL, Irwing. Livre VIII, Ch. V, 234. 3 castillans de poudre d’or valent 15 dollars de l’époque d’Irwing.

94 Pedro Martyr de Anghiera. Livre IV, Ch. IL Irwing, W. IL Livre VIII. Ch. V, 238.

95 Oviedo. Livre II, Ch. XIII.

96 Oviedo. Livre II, Ch. XIII.

97 Oviedo. Livre II, Ch. XIII-XTV. Cet auteur situe l’événement en 1494 au lendemain du départ de C. Colomb pour Cuba. Mais Las Casas et Herrera le

98 Irwing,W. II. Livre VIII, Ch. VIII, 249.

99 C. Colomb a été dénoncé à la Cour par le père Boil qui s’était retiré en Espagne en compagnie de Margarite sur le convoi qui avait amené B. Colomb

100 Le voyage a été retardé parce qu’un ouragan avait détruit les bateaux.

101 Irwing,W II. Livre VIII, Ch. VIII, 270...

102 Irwing, W. II, Livre IX, 276.

103 Historia de las Indias. Ch. 113, p. 452.

104 Irwing,W. II, 344-351.

105 Madariaga. 372-373.

106 Las Casas Ch. 117,464.

107 Madariaga. S. 370.

108 Herrera. I. Livre III, Ch. VIL

109 Irving, W. II. Livre XV, 390.

110 Historia de las Indias. Aguila, 1927. T. II, p. 470.

111 Historia II. p. 119.

112 Madariaga. 376.

113 Las Casas. Historia. III, Livre LXI. Sauer. Op. cit. p. 250.

114 Las Casas. CH. 101, p. 412.

115 Irwing, W. II. Livre VIL Ch. VIII, 247.

116 I., Herrera., Ch. XVIII.

117 Christophe, Colomb. Lettre aux rois catholiques (1498) relatant le troisième voyage.

118 Herrera. II, Livre III, Ch. XIII.

119 Cioranescu, Alexandre. Œuvres de C. Colomb. Gallimard, 1961. Lettres aux rois d’octobre 1498 et mai 1499.

120 Herrera. I, Livre III, Ch. XVI.

121 En 1495, Colomb a écarté une proposition de Guarionex de remplacer le payement du tribut par l’ensemencement d’une certaine quantité de terre.

122 M., Mahn-Lot, Op. cit. p. 19. Las Casas. Historia vol. II, ch. 42.

123 Herrera.Livre IV, Ch. VII.

124 Sur Ovando, voir Lamb, Ursula. Frei Nicolas Ovando, Madrid, 1956.

125 Las Casas. Historia, II, Ch. VI, XLVII.

126 Las Casas. Historia, II, Ch. VI.

127 Hanke, Lewis. Colonisation et conscience chrétienne au XVIe siècle. 1957, p. 9.

128 Irving, Washington. Op. cit. III, L. 17, ch. 1,322.

129 Las Casas. Historia de las Indias. II, Ch. XI.

130 Sur la question voir Lamb, Ursula. Fret Nicolas Ovando, Op. cit. « Repartimiento y encomienda » Hispanic American Historical Review, 1939,372,379.

131 Mira Caballos,E.Op. cit.

132 Las Casas. Historia... Mira Caballos, Esteban. El Indio Antillano, Repartimiento, Encomienda, Esclavitud. Séville 1977

133 Herrera. Tome II, Livre V, Ch. XI.

134 Historia de las Indias, II, Ch. XIII, XIV. Scooelcher, Victor. Colonies étrangères et Haïti. Réédition, Pointe-à-Pître, 1973/p. 69-70

135 Las Casas Historia. Deive, Carlos Esteban. La esclavitud del negro en Santo Domingo. 1980,2 vol. , vol. I. p. 27-28. Chaunu, Pierre. Conquête et

136 Ce système est resté connu sous le nom de demora.

137 Las Casas. Historia, II, Ch. XLV ; Saco, José A. De.

138 C., Deive. La esclavitud del negro..., Op. cit 28.

139 Mira Caballos, Esteban. Las Antilias mayores, 1492-1S50, Ibero-Americana, 2000, p. 38.

140 Rafael, Altamira. (Ed.) Revista de Historia de America, Mexico, no. 4,1938.

141 Esteban, Mira Caballos. El Indio antillano... Op. cit, p. 126. Voir aussi : Rodriguez Demorizi. Las Dominicos... Op. cit

142 Esteban, Mira Caballos. El lndio antillano... Op. cit, p. 37.

143 P., Chaunu. L’expansion européenne au XIII et XVe siècles. Op. cit., p. 213.

144 C’est ainsi que l’on appelle le travail pour extraire l’or.

145 F., Moya Pons. Colon en la Española... Madrid, 1987, p. 45.

146 P., Chaunu. Danse avec l’histoire, Édition de Fallois, 1998, p. 65.

147 E. R., Demorizi. Las Dominicos... , 32-33.

148 Las Casas. Historia, II, Ch. 37.

149 Mckenzie, A. E. E. The Major Achievements of Science..., 1960, 1988, 1989, p. 82.

150 Remarquez que cela s’est passé dans les autres colonies, en particulier, dans celles de l’Amérique du Nord.

151 David, Watts,. « Early Hispanic New World Agriculture, 1492-1509 », Carribean Slavery in the Atlantic World, 2000,136-152,136-137.

152 Cette question angoissante concerne tous les pays actuellement dépendants.

2 Henri Van, Effenterre, Mycènes, vie et mort d’une civilisation : La seconde fin du monde. Paris, 1985.

3 Elise, Marienstras. « Problèmes d’historiographie indienne : Le Champ amérindien », Annales E. S. C., 1978,408-426, p. 419

4 Fernand, Braudel. Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XVIIIe siècle, A. Colin, 1979,3 vol, vol. I, p. 21.

5 Oviedo. Histoire générale des Indes, Iles et Terre Ferme de la Grand Mer Océane. 1561, Livre II, ch. xiii.. Guerra, Francisco. « La epidemia americana de influenza de 1493 » Revista de Indias, 1985, vol. LXV, no 176, p. 325-347. Cet auteur écarte la variole et fait un diagnostic différentiel avec la malaria et la fièvre jaune mais son argumentation en faveur de la grippe qui aurait été communiquée aux hommes par les truies emmenées d’Espagne paraît peu convaincante.

6 Frank, Moya Pons, Manual de Historia Dominicana. La Española en el siglo XVI. Segunda Edicion UCMM, 366-368. Saco, José Antonio de. Historia de la esclavitud de la raza africana en el nuevo mundo... Habana, 1938. T. I, Livre III, p. 181. T. III, Appendice sur les véroles. Herrera. décade II, Livre 10, ch. TV. Lopez Gomara. Cronica de Nueva España, Ch. 102. Fray Toribio de Motolina. Historia de los lndios. Éditions de 1988, CH. I. D’ailleurs, on accepte trop facilement la thèse assez récente des épidémies qui avance le choc microbien comme principal facteur de disparition des populations du Mexique. Bernai Diaz de Castillo, Gomara et Herrera n’y consacrent que quelques lignes. Herrera y et Gomara y associent la faim causée par la maladie des femmes qui ne peuvent préparer la farine de maïs. Herrera. III, Livre X, Ch. IV ; Bernai Diaz de Castillo. 1934, H, Ch. 124 ; 1996, p. 293-294. Gomara. I, Ch. CIL Guerra, F. Op. cit.

7 Soulignons que le cheval est d’origine américaine. Darwin l’a remarqué. Voyage d’un naturaliste. Denhardt, Robert. The Horse of the Americas, University of Oklahoma Press, 1947.

8 Las Casas. Brevissima relacion...

9 Demotizi, E. R. Los Dominicos..., 1...14.

10 Pierre Chaunu, Séville et l’Amérique au XVIe siècle. Flammarion, 1977. Cook, F. et Borah, W. Cités G. Martinière. « Le premier partage du Nouveau Monde et l’effondrement des populations indiennes », Historial antillais, I, p. 15.

11 F., Moya Pons, Manual de historia dominicana... UCMM, 1966

12 Roberto, Cassa. Los Indios de la isla española, 1992, p. 208.

13 Carrl. O., Sauer,

14 Eugenio, Fernandez Mendez. Arte y mitologia de los lndios de las Antillas Menores, 1979, p. 11.

15 Henri, Petitjean-Roget. « Les populations amérindiennes : aspects de la préhistoire antillaise », Historial antillais, II, 77-152,151.

16 Maurice, Barbotin. Archéologie antillaise. Arawaks, Caraïbes. Guadeloupe, 1987, p. 93.

17 Oviedo. Livre 2, Ch. 8.

18 Irving, Rouse. Francisco, Moscoso. Sociedad y economia de los Tainos. Editorial Elil, 1999, p. 41.

19 Irving, Rouse. The Tainos. Rise and Decline of the People Who Greeted Colombus. 1992, p. 20.

20 D. J. R, Walker. Colombus and the Golden World of the Arawaks. Great Britain, 1992,28,114.

21 Rainey, Froelich G. Excavations in the Ft. Liberté Region, Haïti ; Irving, Rouse. Culture of the Ft. Liberté Region, Haiti, Yale University Publications in Anthropology, 1939, no. 23, 24, et Yale University Press, 1941, p. 50-52,107-112,150-154.

22 Roberto, Cassa. Los lndios de la isla española, 1992, p. 24,50,....

23 Henri, Petitjean-Roget. « Les populations amérindiennes : aspects de la préhistoire antillaise. » Historial antillais y Fort-de-France, 1980. Hodjes, William. « Archéologie précolombienne », Conjonction, Port-au-Prince, no. 143.

24 Maurice, Barbotin. Archéologie antillaise. Arawaks, Caraïbes. Guadeloupe, 1987, p. 87.

25 Irving, Rouse. The Tainos. Rise and Decline of the People who greeted Colombus. 1992, p. 5,6... Passim.

26 Sven, Loven. Op. cit. p. 42-43. Selon Rouse (1992) on manque d’éléments pour se prononcer.

27 Jean, Fouchard. Langue et littérature des aborigènes d’Haïti.

28 Cari Ortwin, Sauer. The Early Spanish Main. University of California Press. Berkley, 1966, ch. III. Araru maranta

29 Oviedo. Histoire générale, Op. cit.

30 Pedro Martyr de Anghiera. Décades Océaniques. Dans : Fuentes Historicas sobre Colon y America et dans Eden, Richard. The First Three English Books on America. Edited by Edward Arber, E S. A., Birmingham, 1885. Décade I, Livre I.

31 Las Casas. Historia de las lndias. Aguila, Mexico, 1927. Sauer, Cari Ortwin. The Early Spanish Main. University of California Press. Berkley, 1966, ch. III. Calathea allowia.

32 Las Casas. Historia de las Indias. Sauer, Cari Ortwin. The Early Spanish Main. University of California Press. Berkley, 1966, ch. III. Colomb appelle nomes les racines. Le mot vient d’Afrique où il a été. Il parle de pain fait avec du name que les Indiens appellent ajes, Botaniquement ce sont des racines de patates douces Ipomea batata. L’ancien nom est oublié. Mais des variétés existent encore en République Dominicaine. Elles peuvent avoir été encore plus courantes du temps des Indiens.

33 Sauer dit que nombre de ces tubercules ont disparu. D’après certaines informations jusqu’à la fin des années 60, il existait encore certains tubercules sauvages qui donnaient une farine servant à prépare un pain grossier dit « arepa ».

34 Las Casas. Apologetica. Ch. XI. Sauer. Yautia Xanthosma. Yahutia écrit Sven Loven. Probablement une transformation a donné yautia en espagnol de la République Dominicaine signifiant malanga.

35 Las Casas. Apologetica. Ch. XI.

36 M. Girolamo, Benzoni. La Historia del mundo nuevo. 1967. Cet auteur dit que le maïs de Venezuela vient de Quisqueya.

37 Las Casas. III. Historia Apologetica. Ch. XI, p. 445.

38 P.,Chaunu. et lAmérique.. .Op. cit.

39 1 arroba = 251ivres.

40 D’Ans, Marcel. Haïti, Paysage et Société. Karthala, 1987.

41 Maurice, Barbotin. Archéologie antillaise. Arawaks, Caraïbes. Guadeloupe, 1987, p. 46-47. Les Arawaks saladoïdes de la Guadeloupe sont notés comme mauvais chasseurs.

42 Sauer. The Early Main Spain. Op. cit p. 59.

43 Francisco, Moscoso. Sociedad y economia..., Op. cit. p. 38.

44 D. J. R., Walker. Colombus and the Golden World of the Arawaks. Great Britain, 1992.

45 Marshall, Sahlins. Stone Age Economics, N. Y., 1972.

46 Voir sur ce point la thèse de Roberto Cassa (Los Tainos...) et le point de vue de Moscoso.

47 Emilio Rodriguez, Demorizi. Los Dominicos y las encomiendas de la Isla Española. Editera des Caribe, Santo-Domingo, 1971, p. 76. Pour Sauer nitaïno veut dire noble, naboria non-libre et cacique roi, chef de district.

48 Rodriguez Demorizi, E. Los Dominicos... Op. cit. p. 76.

49 Sven, Loven. Origins of Tainan Cultures. West lndies. 1935, p. 502...

50 Sven, Loven. Op. cit. N. B. Même sur le continent où les Espagnols ont constaté la vente d’humains à toutes fins : par exemple en sacrifice aux dieux, Las Casas écarte l’esclavage au sens classique pour parler de servitude. Voir Saco, José Antonio. Historia de la esclavitud de los Indios eu el Nuevo Mundo. La Habana, 1932,2 vol. , vol. 1, Ch. I, p. 1 -5, ch. 2, p. 59.

51 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

52 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

53 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

54 Herrera. Tome II, ch. VI. Cela se passe au moment de la lutte ente B. Colomb et le cacique Guarionex.

55 An Account of the Antiquities of Indians. Duke University Press, 1999. P. 1, note de bas de page.

56 Père Le Pers. Histoire..., A. G. N., p. 234.

57 Oviedo. Livre VII, Ch. IL Cassa, R. Op. cit. p. 115.

58 Sven, Loven. Op. cit. p. 78.

59 Sauer. Op. cit. p. 59.

60 Le Pers. Histoire naturelle et morale. Archivo General de la Nacion, République Dominicaine, sept déc. 1946, p. 246.

61 Oviedo. Livre 5, Ch. 3.

62 LePers. Op. dtp.235.

63 Pandüla d’Onis, Luis. Historia de Santo-Domingo, primera parte, Mexico, 1943, p. 208.

64 Las Casas. Apologetica.

65 Las Casas. Apologetica. CXX, Ramon Pane. Relation de algunas cosas...

66 Alcina Franch, José. « La cultura taina como sodedad de transicion entre los niveles tribal y jefaturas », Las Culturas de America en la epoca del descubrimiento. Turner Libros, 1989, 67-79. Moscoso, Francisco. Tribu y dases en d Caribe antique. San Pedro de Macoris, R. D., 1986, Ch. 8,p.237.

67 d’Ans, André Marc d. Haïti, Paysages et société, Karthala, 1987.

68 Rouse, I. The Tainos, 1992, Op. dt. p. 9.

69 Raynal. Histoire politique et philosophique. 1775.1, ch. 124, Livre VI, 644-645.

70 Ibid.

71 Foubert, Bernard. « Christophe Colomb », Conjonction, Port-au-Prince, no. 89,1963.

72 C’est seulement à l’occasion du troisième voyage que l’on fait sortir de prison des malfaiteurs pour aider à former les équipages de Colomb. La déception est déjà bien grande. Point d’or. Et le spectacle de marins squelettiques n’est pas une invitation à se rendre dans le Nouveau Monde.

73 Jiaan de Miranda. Histoire générale de l’Espagne. 1592. Traduction française 1725. vol. 1.

74 Pierre, Chaunu. L’expansion européenne du XIII au XVe siècle. P. U. F., 1969, ch. IV, p. 214.

75 Navarrete, M. F. Coleccion de los viajes y descubrimentos que hicieron por mar los Espagnoles, 1859,3 vol. , vol. 2. Documents no. 6 et 13.

76 Ibid. Documents no. 16. Carta... al Duque de Medinasidonia sobre la armada que prepare el rey de Portugal.

77 Madriaga, S. Christophe Colomb, p. 316. Mahn-Lot, Marianne. Bartolomé de Las Casas..., p. 15.

78 Madariaga. 302.

79 Ibid. 314.

80 Las Casas. Historia de las Indias. I, Ch. 82. Navarrette, M. F. de. Relation des quatre voyages entrepris par Christophe Colomb. Mémoire de Colomb remis le 30 janvier 1494 à Antonio Torres.

81 Colomb, Christophe. Relations de voyage. La Découverte, 2 vol. , vol. II, p. 17.Madariaga. Christophe Colomb,p. 300.

82 M. F., Navarrette, de. Relation des quatre voyages entrepris par Christophe Colomb. Mémoire de Colomb remis le 30 janvier 1494 à Antonio Torres ; Irving, WI. Livre V. Ch. X. p. 376.

83 Antonio, Herrera. Histoire générale, 1660,3 vol. , vol. 1, Livre II, Ch. IX, p. 130.

84 E., Rodriguez Demorizi, Colon en la Española, Itinerario y bibliografia. Ciudad Trujillo, 1942.

85 WII, Irwing, Livre Herrera, vol. I, Ch. XI.

86 Las Casas. Historia I, Ch. 89.

87 W. II, Irwing. Livre VI, Ch. VII, p. 72.

88 Las Casas. Historia, I, Ch. 90.

89 Emile, Nau. Histoire des caciques. Edition Panorama, 197..., Reproduction de l’édition de 1894, 115-116. Pedro Martyr de Anghiera. Décade I, Livre IV, Ch. II.

90 W. II., Irwing. Livre VI, Ch. XII,

91 W II., Irwing. Livre VII, 127,142,157-158.

92 Las Casas. Historia. I, Ch. 101.

93 W. IL, Irwing. Livre VIII, Ch. V, 234. 3 castillans de poudre d’or valent 15 dollars de l’époque d’Irwing.

94 Pedro Martyr de Anghiera. Livre IV, Ch. IL Irwing, W. IL Livre VIII. Ch. V, 238.

95 Oviedo. Livre II, Ch. XIII.

96 Oviedo. Livre II, Ch. XIII.

97 Oviedo. Livre II, Ch. XIII-XTV. Cet auteur situe l’événement en 1494 au lendemain du départ de C. Colomb pour Cuba. Mais Las Casas et Herrera le placent après l’imposition du tribut par Christophe Colomb en 1495 après la bataille de Vega Real le 24 mars. Las Casas. Historia. I, Ch. 106, Herrera. II, Livre V, Ch. III.

98 Irwing,W. II. Livre VIII, Ch. VIII, 249.

99 C. Colomb a été dénoncé à la Cour par le père Boil qui s’était retiré en Espagne en compagnie de Margarite sur le convoi qui avait amené B. Colomb en juin 1494. Il avait ensuite envoyé son frère pour le défendre. Cela n’avait pas suffi. En février 1495, C. Colomb reçu une lettre des rois l’invitant à passer en Espagne. Rodriguez Demorizi. Colon en la Espagñola... Op. cit.

100 Le voyage a été retardé parce qu’un ouragan avait détruit les bateaux.

101 Irwing,W II. Livre VIII, Ch. VIII, 270...

102 Irwing, W. II, Livre IX, 276.

103 Historia de las Indias. Ch. 113, p. 452.

104 Irwing,W. II, 344-351.

105 Madariaga. 372-373.

106 Las Casas Ch. 117,464.

107 Madariaga. S. 370.

108 Herrera. I. Livre III, Ch. VIL

109 Irving, W. II. Livre XV, 390.

110 Historia de las Indias. Aguila, 1927. T. II, p. 470.

111 Historia II. p. 119.

112 Madariaga. 376.

113 Las Casas. Historia. III, Livre LXI. Sauer. Op. cit. p. 250.

114 Las Casas. CH. 101, p. 412.

115 Irwing, W. II. Livre VIL Ch. VIII, 247.

116 I., Herrera., Ch. XVIII.

117 Christophe, Colomb. Lettre aux rois catholiques (1498) relatant le troisième voyage.

118 Herrera. II, Livre III, Ch. XIII.

119 Cioranescu, Alexandre. Œuvres de C. Colomb. Gallimard, 1961. Lettres aux rois d’octobre 1498 et mai 1499.

120 Herrera. I, Livre III, Ch. XVI.

121 En 1495, Colomb a écarté une proposition de Guarionex de remplacer le payement du tribut par l’ensemencement d’une certaine quantité de terre.

122 M., Mahn-Lot, Op. cit. p. 19. Las Casas. Historia vol. II, ch. 42.

123 Herrera.Livre IV, Ch. VII.

124 Sur Ovando, voir Lamb, Ursula. Frei Nicolas Ovando, Madrid, 1956.

125 Las Casas. Historia, II, Ch. VI, XLVII.

126 Las Casas. Historia, II, Ch. VI.

127 Hanke, Lewis. Colonisation et conscience chrétienne au XVIe siècle. 1957, p. 9.

128 Irving, Washington. Op. cit. III, L. 17, ch. 1,322.

129 Las Casas. Historia de las Indias. II, Ch. XI.

130 Sur la question voir Lamb, Ursula. Fret Nicolas Ovando, Op. cit. « Repartimiento y encomienda » Hispanic American Historical Review, 1939,372,379. Ayala, Manuel Joseph. Dictionario degobiemoy législation de Indias, 9 vol. , vol. 5, p. 320.

131 Mira Caballos,E.Op. cit.

132 Las Casas. Historia... Mira Caballos, Esteban. El Indio Antillano, Repartimiento, Encomienda, Esclavitud. Séville 1977

133 Herrera. Tome II, Livre V, Ch. XI.

134 Historia de las Indias, II, Ch. XIII, XIV. Scooelcher, Victor. Colonies étrangères et Haïti. Réédition, Pointe-à-Pître, 1973/p. 69-70

135 Las Casas Historia. Deive, Carlos Esteban. La esclavitud del negro en Santo Domingo. 1980,2 vol. , vol. I. p. 27-28. Chaunu, Pierre. Conquête et exploitation des mondes nouveaux. P. U. F.,p. 123.

136 Ce système est resté connu sous le nom de demora.

137 Las Casas. Historia, II, Ch. XLV ; Saco, José A. De.

138 C., Deive. La esclavitud del negro..., Op. cit 28.

139 Mira Caballos, Esteban. Las Antilias mayores, 1492-1S50, Ibero-Americana, 2000, p. 38.

140 Rafael, Altamira. (Ed.) Revista de Historia de America, Mexico, no. 4,1938.

141 Esteban, Mira Caballos. El Indio antillano... Op. cit, p. 126. Voir aussi : Rodriguez Demorizi. Las Dominicos... Op. cit

142 Esteban, Mira Caballos. El lndio antillano... Op. cit, p. 37.

143 P., Chaunu. L’expansion européenne au XIII et XVe siècles. Op. cit., p. 213.

144 C’est ainsi que l’on appelle le travail pour extraire l’or.

145 F., Moya Pons. Colon en la Española... Madrid, 1987, p. 45.

146 P., Chaunu. Danse avec l’histoire, Édition de Fallois, 1998, p. 65.

147 E. R., Demorizi. Las Dominicos... , 32-33.

148 Las Casas. Historia, II, Ch. 37.

149 Mckenzie, A. E. E. The Major Achievements of Science..., 1960, 1988, 1989, p. 82.

150 Remarquez que cela s’est passé dans les autres colonies, en particulier, dans celles de l’Amérique du Nord.

151 David, Watts,. « Early Hispanic New World Agriculture, 1492-1509 », Carribean Slavery in the Atlantic World, 2000,136-152,136-137.

152 Cette question angoissante concerne tous les pays actuellement dépendants.

Vertus Saint-Louis

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