Connaissance de la nature et écriture de l’histoire 

(De Saint-Domingue à Haïti)

Vertus Saint-Louis

p. 127-151

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Vertus Saint-Louis, « Connaissance de la nature et écriture de l’histoire  », Chemins critiques, Vol 5, nº 1 | 2001, 127-151.

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Vertus Saint-Louis, « Connaissance de la nature et écriture de l’histoire  », Chemins critiques [En ligne], Vol 5, nº 1 | 2001, mis en ligne le 30 avril 2017, consulté le 18 janvier 2018. URL : http://www.cheminscritiques.org/499

~ Première partie ~

Ayant traité de ce qui touche à l’histoire naturelle des Indes, dans ce qui reste je traiterai de l’histoire morale c’est-à-dire des coutumes des réalités et événements des Indes1.

Cette distinction entraîne l’obligation d’écrire tant l’histoire naturelle que morale, même si, au fur et à mesure, l’histoire naturelle se constitue en discipline autonome. Chez nous, l’historiographie, à l’époque coloniale, les a maintenues associées. Mais, lorsque Madiou et Ardouin se sont chargés d’écrire notre histoire nationale, ils ont laissé tomber l’histoire naturelle. Sans doute, ils ont obéi au courant qui sépare histoire sociale et histoire naturelle. Notre inquiétude ne vient pas de cette séparation mais de l’effet que peut avoir sur l’écriture de l’histoire, l’absence de préoccupation, après 1804, pour une discipline qui, auparavant, a toujours tenu une grande place dans notre historiographie. Le problème ainsi posé nous conduit à une première interrogation sur l’histoire naturelle et l’histoire à Saint-Domingue, qui introduit une seconde : Science, Etat et Histoire en Haïti.

Histoire naturelle et histoire à Saint-Domingue

La relation : histoire naturelle et histoire à l’intérieur de Saint-Domingue est une conséquence de la colonisation.

Colonisation et histoire naturelle

La « Historia de las lndias » de Las Casas a, pour ce que nous nous proposons de démontrer, une grande importance. C’est un livre écrit par un auteur connu pour sa combativité politique en faveur des droits des Indiens et qui se soucie de démontrer le caractère engagé de l’histoire2. Pourtant, l’auteur ne s’intéresse pas qu’au social et au politique, il traite largement d’histoire naturelle. En particulier, la dernière partie de son Historia, qu’il dénomme Apologetica est une tentative pour mettre l’histoire naturelle au service d’une cause sociale : la défense des Indiens.

Cependant, déjà, dans l’Italie de la Renaissance, la nature est perçue comme cachant des vertus dont la découverte peut être exploitée dans l’intérêt du prince3. Cette conception est présente chez Francis Bacon, qui recommande aux planteurs se rendant aux colonies anglaises :

Cherchez dans les nouveaux territoires d’abord ce qu’ils produisent naturellement pour manger et ensuite quelles marchandises on peut en tirer pour vendre, cela peut aider à diminuer le coût de la plantation4.

À l’égal des autres dirigeants de l’Europe, Richelieu et Colbert feront leur ce souci matérialiste de rechercher dans la connaissance de la nature une source de puissance5. Ainsi, les pères, Raymond Breton et Jean Dutertre, envoyés par Richelieu aux Antilles, feront de l’histoire sociale et naturelle6. On peut prendre conscience des changements qui s’amorcent en ce sens dès le XVIIe siècle. Les pères Charles Plumier (1646-1704) et Louis Feuillée (1660-1732) envoyés aux Antilles par le Jardin du Roi de Paris sont avant tout des naturalistes7. Il en est ainsi du père Nicholson qui écrira de sa propre initiative une histoire naturelle8, que sur demande de Louis XV, sa famille publie après sa mort9. En fait, il devient urgent que l’histoire naturelle se spécialise : non seulement pour des motifs d’organisation du savoir mais aussi pour les objectifs pratiques que lui assignent les promoteurs de la colonisation. Il lui faut fournir des ressources pour protéger la vie des colonisateurs et celle des esclaves qui ont un coût économique10.

Un médecin est aussi un naturaliste. On peut citer dans ce domaine un des tous premiers, le docteur Jean-Baptiste René Pouppée-Desportes qui est considéré comme le fondateur de la pathologie médicale11, puis ses collègues et successeurs : Poissonnier Desperrières, Dazille et autres... La médecine est prise en charge par l’administration de la marine basée dans les ports de Brest, Rochefort et Toulon.

C’est que dans le domaine de la santé également la concurrence s’est installée entre les grandes puissances. Par exemple, les Espagnols ont découvert dans les Andes une drogue, la quinine, tirée de l’arbre « chinchona chinchona12 », qui guérit du paludisme. Ils ont introduit la substance en Europe depuis 1640 mais ils en gardent jalousement le secret. Louis XIV paya 2000 louis d’or pour avoir ce secret mais il ne put obtenir la ressource qui est l’arbre13. La France a entrepris de nombreuses recherches, à Saint-Domingue par exemple, pour essayer d’obtenir une source, mais en vain. Le monopole espagnol ne sera brisé qu’en 1859 par l’Angleterre qui jusqu’alors payait 53 000 l. st. l’an, pour avoir la quinine nécessaire à ses troupes en Inde14.

La Hollande, la France et l’Angleterre accordent à l’histoire naturelle un grand rôle pour porter leurs rivalités du domaine du commerce dans celui de la production. Elles fondent des réseaux de jardins botaniques. On attribue aux Hollandais le premier jardin botanique officiel établi en Amérique par un gouvernement européen. C’est l’œuvre du prince Jean-Maurice de Nassau qui établit des jardins botaniques et biologiques à Recife au Brésil durant l’occupation hollandaise de Pemambouc au Brésil15. Les Hollandais auront des jardins botaniques à Cape Town (1694), puis à Ceylan, à Batavia, à Java. Les Anglais ajoutent à leur Kew Gardens (1759), les Jardins de Saint-Vincent (1764), Jamaïque (1775) ; Calcutta (1786), Sydney (1788)16

Mais au fur et à mesure, l’histoire naturelle se sépare de l’histoire proprement dite, laquelle discipline entre dans les sciences sociales et humaines qui se constituent vers la fin du XVIIIe siècle17. De plus, par la définition de champs d’études comme l’astronomie, la géographie et la physique qui se détachent nettement de l’histoire naturelle, il ne reste à celle-ci que la botanique, la zoologie et un peu la météorologie qui ne s’occupe au fond que de l’enregistrement des variations climatiques. Cependant, si l’histoire naturelle s’est constituée autonome par rapport à d’autres branches du savoir comme la physique, l’astronomie et la géographie, celles-ci ne sont que d’autres domaines de la connaissance de la nature ; et tant les savants que les grandes puissances incluent les colonies quand il s’agit d’entreprendre des recherches dans ces champs respectifs de savoir.

Mais bien plus encore, la connaissance de la nature, ce n’est pas seulement la connaissance du sol, de la faune et de la flore terrestres, c’est encore surtout et avant tout celle du ciel et de la mer. Au XVIIe siècle, la lunette de Galilée multiplie pour les Européens les possibilités et capacités d’exploration du ciel. Quels liens entre d’une part l’astronomie de Galilée, la physique de Descartes et de Newton et d’autre part la géographie et la science de la navigation moderne qui est en train de se constituer ? Les philosophes des sciences continuent encore d’en discuter mais une chose est certaine : les chefs d’Etat de l’Europe n’ont pas voulu rester à l’écart de ce mouvement et ils ont intégré les colonies dans leur vaste entreprise d’exploration scientifique du monde.

L’Académie des Sciences de Paris entre dans ces vues lorsqu’elle envoie un élève astronome, Jean Richier, à Cayenne. Celui-ci trouve que pour battre la seconde le pendule doit avoir 990 millimètres de longueur à Cayenne tandis qu’il lui faut 994 à Paris c’est à dire qu’il bat plus lentement à l’équateur qu’au pôle. Cette découverte enclenche un grand mouvement de discussions et de recherches. Elle contribue à stimuler la controverse sur la forme de la terre qui a divisé les partisans de la thèse de Descartes et les newtoniens. Pour les premiers la terre serait plate à l’équateur et se renflerait aux pôles tandis que pour les seconds ce serait l’inverse, la terre serait plate aux pôles et se renflerait en sa circonférence maxima. Le débat consécutif à cette découverte fit que désormais Saint-Domingue devint un lieu d’exploration astronomique. Désireuse de vérifier la relation de Richier, l’Académie de Paris envoya en 1699 à Cayenne et à Saint-Domingue un géographe qui la confirma. Au début du XVIIIe siècle l’observatoire de Paris commença à entreprendre à Saint-Domingue, des observations des satellites de Jupiter en coordination avec ce qui se fait en France. L’objectif final pratique est de déterminer la longitude de cette colonie car il s’agit d’une question qui intéresse la navigation transatlantique maintenant vitale pour les pays de l’Europe.

La navigation en haute mer a exigé la mise au point des cartes de latitude. Mais elles ne suffisent pas pour déterminer en quel point exact l’on se trouve et l’on risque ainsi de se heurter surtout à l’approche des côtes sur les récifs. Au début du XVIIe siècle, Galilée s’intéresse à la question et fournit des propositions pour la recherche. En Angleterre cette situation porte à créer l’observatoire de Greenwich. L’alarme sur cette question est créée lorsque le 22 octobre 1707 quatre navires de ce pays se heurtent contre les récifs de Scilly et provoquent la mort de près de 2000 personnes. Une prime de 20 000 1. st. est promise à qui fournirait une méthode de détermination de la longitude en mer avec la précision d’un demi degré pour un navire se rendant d’un port des côtes britanniques à un port des Antilles18. On constate que Saint-Domingue est directement concernée et la France n’est pas en retard sur ce point. En observant, le 7 avril 1707, le décalage de temps entre l’éclipse de lune en France et à Saint-Domingue et en comparant la distance entre ces deux lieux, les chercheurs français sont parvenus à préciser que cette colonie se trouve à 2.5 degrés plus à l’ouest que l’on ne pensait. Mais il ne s’agit pas seulement de connaître la longitude d’un lieu fixe, il est nécessaire de savoir quand on est en haute mer et à tout moment en quel point exact l’on se trouve. L’on est à la recherche d’une montre marine qui permet de solutionner le problème posé. La concurrence se développe entre la France et l’Angleterre, alors, deux grandes puissances rivales et l’on aura la montre de Harrison pour l’Angleterre et celle de Berthoud pour la France. Tout cela est d’une grande importance pour Saint-Domingue19. À Saint-Domingue apparaît une distinction entre savoir colonial et savoir métropolitain qui est caractéristique de divergences d’intérêts politiques.

Savoir colonial, savoir métropolitain

En France l’Académie des Sciences de Paris entreprend d’acclimater dans les colonies des Antilles des plantes exotiques. Par exemple, elle y fera parvenir le café. Plus tard, la France introduira à Saint-Domingue le manguier qu’elle fait venir de ses colonies de l’océan Indien. Les colons du Cercle des Philadelphes, fondé en 1784, suivront la voie lorsqu’ils incluront dans leur programme le projet d’entreprendre des recherches en vue d’une meilleure connaissance de la nature.

Dans le cadre des recherches conduites par la France en astronomie des tests seront effectués dans cette colonie par Alexandre Pingre en 1769 et en 1771 quand Borda sera associé à ses travaux20. Il peut aussi arriver que les grandes puissances collaborent pour réaliser un projet commun dans lequel elles intègrent leurs colonies. C’est ainsi que des observateurs ont été envoyés à Saint-Domingue pour suivre le passage de Mercure en 1753 puis de Vénus en 176921. Cela n’empêche pas que la France ait ses programmes particuliers de recherches par exemple sur les côtes de Saint-Domingue. La France fera plusieurs tentatives avant d’obtenir des cartes marines satisfaisantes pour sa navigation sur les côtes de cette colonie22.

Ceux qui écrivent l’histoire de la société à Saint-Domingue se croient obligés de rendre compte des entreprises des savants ou de leurs propres recherches pour connaître la nature. Le père Charlevoix traitera de l’histoire naturelle dans son histoire de l’île de Saint-Domingue23. Mais le père Le Pers en voyant cet ouvrage écrit d’après ses propres matériaux, trouva que la partie réservée à l’histoire naturelle n’était pas suffisamment étendue et décida de se livrer à l’étude de la botanique et un ouvrage de Toumefort lui étant tombé entre les mains il s’y détermina24. Ainsi Le Pers devint à la fois historien et naturaliste25. Moreau de Saint-Méry a personnellement donné un exemple de combinaison d’histoire sociale et d’histoire naturelle dans les trois volumes intitulés : « Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de Saint-Domingue » et dans deux autres du même genre consacrés à la partie espagnole. Dans ces ouvrages Moreau de Saint-Méry fournit un luxe d’informations sur la géographie, la faune et la flore de Pile, les travaux de Chastenet de Puységur, le lancement de ballons à la suite des recherches de Montgolfïer. Et il renseigne sur les diverses missions de recherche venues à Saint-Domingue, y compris le séjour fait par La Condamine, en 1735, dans la colonie tandis qu’il se rend au Pérou dans le cadre d’une investigation conduite conjointement avec Maupertuis allant vers le nord à Lapland, toujours pour vérifier la forme de la terre. McClellan dit qu’il fournit l’unique référence sur la mission de l’enseigne de vaisseau M. de La Cardonie envoyé en 1753 pour observer le passage de Vénus26. De plus, si la France n’a pas pu établir une carte terrestre de la colonie Saint-Méry a établi son Recueil de Vues », atlas de la colonie qui a été préparé pour être inséré dans sa Description... de la partie française.

La connaissance de la nature, telle que conçue par les colonialistes et les colons, avait une certaine valeur. Par exemple, Arthaud, médecin du roi au Cap a fait une critique judicieuse sur certaines conceptions régnantes27. Si l’auteur ne disculpe pas totalement les Juifs, il se fait condescendant pour critiquer les erreurs d’éminentes autorités académiques. Il critique des sommités académiques comme Vicq d’Azyr et Paulet28. On se rend compte que le Cercle s’est engagé dans un vrai débat scientifique quand on sait que le premier a été secrétaire perpétuel de la Société Royale de Médecine29, et a été choisi pour la santé publique par Turgot qui désignait en même temps Lavoisier pour les armes et munitions30. Mais cette connaissance comportait aussi de graves défaillances. L’histoire naturelle des colons attribuait à la nature, entendue comme climat, trop d’influence sur l’esprit des hommes31. Elle avait trop tendance à placer les esclaves et les populations des territoires hors de l’Europe dans la nature, pas à la façon de Rousseau, mais pour leur dénier les droits sociaux d’hommes. Elle accordait de l’importance presqu’uniquement aux trouvailles dans la nature pour propulser le développement économique des colonies32 ; ainsi les besoins en art mécanique étaient négligés. Toutes ces recherches étaient conçues uniquement à des fins de domination et d’exploitation et l’on ne pensait qu’elles devaient servir pour soulager les esclaves des travaux pénibles auxquels ils étaient assujettis. Et la France et les colons ne voulaient entendre parler dans une colonie à esclaves, de la philosophie des Lumières33. A côté de cette hostilité commune de l’Etat et des colons français aux Lumières, il faut noter que du point de vue des objectifs et des méthodes il y avait des différences entre les chercheurs de la colonie et ceux de la métropole. Les agents de la France ont intégré dans leurs investigations l’astronomie et la méthode mathématique inaugurées par la révolution scientifique en Europe tandis que les colons se souciaient peu de mathématiques et s’en tenaient à l’histoire naturelle purement descriptive et classificatrice34Cette différence ne tient pas au hasard. Arthaud a beau être percutant, il limite délibérément les ambitions de la connaissance dans la colonie en excluant d’emblée la philosophie et en affirmant que le Cercle des Philadelphes ne peut prétendre rivaliser avec la France35. Mais, bien que par rapport à celui de la métropole, le savoir colonial soit limité par ses moyens, sa conception et ses objectifs, le pouvoir en France n’entend pas qu’il se développe même dans le cadre strict qui lui est assigné.

C’est un principe général que la science coloniale n’a pas de base propre36. Les colonies anglaises du Nord peuvent bien avoir eu des universités, cependant la référence de Franklin n’est pas à Philadelphie mais à Londres et à Paris37. Ainsi, lorsqu’il s’agit de mener des expériences sur des plantes pour rechercher des colorants ou des remèdes, comme la quinine, le laboratoire se trouve en France et non à Saint-Domingue38. Alors que la colonie est en plein essor économique, le pouvoir en métropole veut s’en assurer le contrôle en y limitant le progrès des sciences, arts et métiers qui doit demeurer un privilège exclusif de la France, encore plus jalousement gardé que le privilège commercial. Le colon n’a pas le droit d’armer ; il n’a pas vraiment l’expérience maritime en commerce et navigation, dont l’acquisition suppose une certaine tradition39. Dans un monde dominé par le commerce maritime le colon de Saint-Domingue demeure un terrien invétéré. Il est, comme il se le répète, le fermier des biens de Saint-Domingue dont la propriété appartient au négociant de France40. Il peut avoir de solides connaissances en agronomie, mais il ne détient pas les moyens essentiels qui font marcher l’économie de Saint-Domingue : l’outillage intellectuel dont la France s’est doté et la marine marchande et militaire qui donne accès au marché international41. L’Académie des sciences peut avoir des informateurs à Saint-Domingue42. On ne trouve aucun colon qui ait titre de correspondants43. Le savoir de la colonie était vraiment pauvre par rapport à celui de la France où se trouve le centre d’élaboration de la science. La métropole a conçu les choses de façon telle qu’en son absence même le colon ne peut maintenir le système.

En 1769, un grand fonctionnaire, appartenant à la noblesse laisse entendre à Louis XV que Saint-Domingue rapporte beaucoup et que l’on peut la faire produire davantage. Louis XV lui répond que tôt ou tard les colons se sépareront, qu’il faut se garder de hâter ce moment en leur en fournissant les moyens44. Sans doute, ces moyens c’étaient les investissements en capitaux, la diversification des entreprises, mais c’était aussi certainement le savoir manuel et intellectuel. A Saint-Domingue, la France n’a pas voulu créer des écoles même pour les colons, voire pour les esclaves. Le pouvoir a voulu, un moment, fermer l’unique pensionnat du Cap. Si les colons veulent apprendre, qu’ils aillent en France où ils auront l’occasion de sucer le lait de la patrie, estiment les autorités45. En maintes circonstances, le pouvoir, encourageait, autrefois, les gens de métiers à passer aux colonies en leur promettant qu’après un séjour de dix années dans ces contrées, ils auraient le droit d’ouvrir boutique à Paris46. Une des nombreuses ordonnances royales faisant obligation aux capitaines de navires de transporter aux îles un certain nombre d’engagés admet que celui d’entre eux qui aura un métier, comptera pour deux47. Mais, dans des instructions aux administrateurs, à la veille de 1789, le roi leur recommande de ne laisser se développer les métiers que pour les besoins stricts des manufactures existantes48. La lettre et l’esprit de telles instructions vont à l’encontre des rêves d’Arthaud, médecin du roi au Cap, souhaitant que dans la colonie, la fortune puisse s’adjoindre au savoir49. Le pouvoir en France ne parle pas le même langage que François de Neufchâteau qui se trouve dans la colonie. Ce dernier observe « qu’il faut rappeler et rétablir sur les côtes de Saint-Donimgue la classe essentielle des pêcheurs et des caboteurs qui manquent depuis très longtemps à l’approvisionnement ainsi qu’à la correspondance entre les diverses parties de l’île (au point que) le fret est quelquefois plus cher d’un port à l’autre qu’entre le Cap et la France, (et demande) d’instituer des récompenses pour attirer à Saint-Domingue lumières et talents50. »

Il s’agit là d’un renversement délibéré de politique qui ne peut être imputé au hasard. Ces dispositions seront lourdes de conséquences pour le jeune Etat haïtien et l’écriture de l’histoire en Haïti.

Science, État et histoire en Haïti

Pour aborder cette question dans un jeune Etat dont le peuple vient de briser le joug de l’esclavage imposé par un autre Etat colonisateur, il faut observer l’attitude de ce dernier par rapport aux diverses disciplines qui constituent le savoir de l’époque. Dans ce but, il est nécessaire de distinguer les sciences dites humaines et sociales en y incluant la philosophie ; des sciences dites naturelles et physiques en y incluant les mathématiques. Les Etats dominateurs veulent bien des dernières comme pouvant servir directement leurs intérêts ; mais ils redoutent ce que les premières peuvent démontrer qui soient contraires à leur volonté d’hégémonie. Mais, un peuple qui veut s’émanciper a un besoin absolu de toutes les sciences en sorte que l’on peut affirmer :

Pas de science pas d’État51

En 1804 ; Haïti se propose d’être un Etat sans colonie ; sans esclavage et sans discrimination à l’égard des nègres. Cependant ; l’activité est centrée sur la terre ; qu’il s’agisse des chefs militaires ; qu’il s’agisse des cultivateurs. Dans les Etats de l’Europe ennemis de la liberté d’Haïti ; on objective ; depuis le XVIIe siècle ; le groupe national dans le groupe commerçants52. Au XVIIIe siècle ; le groupe commerçant s’articule déjà sur le groupe scientifique sans lequel l’intérêt national est impensable. Haïti a-t-elle vraiment un Etat alors qu’elle n’a que le groupe terrien dont les limites apparaissent très tôt ?

Dès 1789 ; il se produit parmi les colons une vive réaction contre le savoir sous la forme d’une condamnation de la philosophie ; d’ailleurs déjà mise au banc de la connaissance pour la colonie, et maintenant accusée d’être responsable de la mise en question de l’esclavage. Moreau de Saint-Méry et son beau-frère Arthaud qui ont fondé le Cercle des Philadelphes, sont des partisans de l’esclavage et pourtant ils sont mis sur la sellette comme gens qui en réclament l’abolition53. Le Cercle va disparaître plus tard et Julien Raymond ne pourra le reconstruire en 179654.

Les colons qui avaient un certain savoir s’en iront au cours de la révolution. Ainsi, au lendemain de 1804, Haïti se trouve coupée des courants de recherches qui continuent de se développer en Europe. Or, à l’époque même de l’abolition de l’esclavage commencent à se faire sentir les effets des problèmes liés à la science.

Les chefs ont décidé que la valeur de la production sur les habitations serait partagée en quatre portions égales, dont une serait réservée au cultivateur55. Mais à l’époque de l’esclavage, le profit était de 8 à 15 %, au-dessous de 8 % de profit annuel, l’habitation était en déficit56. Si maintenant le cultivateur a un quart, il faut une certaine augmentation de la productivité du travail pour assurer la survie des habitations. Cette productivité exige des améliorations technologiques. Nos chefs n’y ont pas pensé, ils se sont reposés uniquement sur la contrainte physique exercée sur les cultivateurs. Ils ont échoué. Pour les Haïtiens, des transformations de technologie s’imposaient dès l’abolition de l’esclavage quand certaines manufactures commençaient à se rendre compte qu’elles ne pouvaient plus produire du sucre mais seulement du rhum dit « clairin » de façon rentable57. Alors, la « guildive » se présenta pour éliminer la manufacture du sucre. Avec raison, Dessalines préféra le sucre, mais il voulut résoudre la question uniquement par des décisions militaires qui contribuèrent à précipiter sa chute58. C’est là un exemple qui illustre l’incidence des questions de science et de technologie, donc la connaissance de la nature, sur les événements de la politique.

Lors du processus de séparation de la France, nos chefs se sont emparés des terres qui d’ailleurs n’étaient plus depuis longtemps aux mains des colons, mais ils n’ont pas pu récupérer un minimum de l’œuvre scientifique de la France dans la colonie. L’importance des problèmes de technologie apparaît dans la concurrence, au début du XIXe siècle en France, entre le sucre de betterave dit indigène et le sucre de canne des colonies. La rivalité entre les deux est une « leçon curieuse d’économie politique59 ». « Le sucre colonial ; dit-il ; c’est l’eau dormante parce que les colons n’ont jamais perfectionné leurs procédés. Le sucre indigène, par contre, c’était l’eau vive. Les faveurs accordées à l’exportation préparaient la ruine des colonies60. » Aux Iles du Vent, comme à Saint-Domingue, la solution aux problèmes de modernisation restait aux mains de la France. C’est le chemin de fer qui a rendu possible la concentration de la canne produite sur une vaste étendue dans une seule usine, alors qu’elle était autrefois transformée dans de nombreuses manufactures61. Ensuite, le « décauville » qui facilite la collection de la canne dans les champs porte le nom de son inventeur, un ingénieur français62. Haïti est, donc, un de ces cas où l’écart se creuse entre l’ancienne colonie et la métropole qui y a introduit quelques techniques mais pas les connaissances fondamentales qui permettent de les renouveler63. Par ailleurs, où trouver les ressources matérielles et intellectuelles qu’exige une modernisation quand on laisse aux étrangers le commerce extérieur, source essentielle de profit, avec le transport et les assurances maritimes ?64

Il apparaît, ainsi, que dans l’éventualité d’un Etat à fonder sur les ruines de l’ancienne colonie française de Saint-Domingue, l’espace naturel c’était la mer après la terre. Dessalines commet une erreur fatale en croyant que son pays peut rester indépendant en lui fixant la mer comme limites naturelles. Le repli contraint ou non sur l’espace terrestre a des conséquences immédiates dans le domaine politique. On dit que, faute d’artillerie, Dessalines a échoué, en 1805, devant la ville de Santo-Domingo. Pourquoi ne pas dire qu’il a échoué faute de marine et de police maritime ? On nous dit que Christophe se faisait puissant avec sa citadelle, celle-ci n’a servi que comme dépôt où il envoyait pourrir ses adversaires tandis que ce sont des commerçants étrangers qui lui apprenaient en 1812 la révolte de sa flotte côtière65. On a construit une armée terrestre pléthorique, elle n’a servi qu’à détruire des Haïtiens qui s’entre-déchiraient pour le partage de la terre et du pouvoir. Elle n’a été d’aucune utilité, en 1825, face à quelques bateaux français regroupés aux alentours de la Gonâve. Après 1804, nous en sommes restés au stade d’un cabotage empirique et routinier et vers les années 1880, le président Légitime, qui passe pour l’un de nos chefs d’Etat les plus éclairés, tient sur la question un discours qui montre son ignorance des travaux effectués par la France dans ce domaine66.

Les fondateurs de l’Etat d’Haïti ont fait preuve, dans les luttes politiques et les guerres révolutionnaires, de beaucoup de talents et de courage. Il leur arrivait d’enlever une batterie ennemie en une charge à la baïonnette, mais il leur était beaucoup plus difficile de maîtriser la science et de la technologie comme moyens indispensables pour sauvegarder l’indépendance nationale. On essaiera peut-être d’opposer à cette thèse l’œuvre de Christophe. James Franklin a observé que le roi du Nord a contraint la population de construire une citadelle qu’elle n’a pas conçue67. Le pasteur Bird a noté que Christophe ne se souciait pas des masses dans ses programmes d’éducation68. Il a perpétué la politique qui laisse à l’Europe le monopole du savoir. Ces chefs se trompent sur leur puissance réelle.

J’ai pris mon vol, dit Toussaint, dans la région des aigles, je ne puis en revenant sur la terre me poser que sur un rocher et ce rocher sera le roc constitutionnel qui me garantira le pouvoir tant que je serai parmi les hommes69.

L’illusion de la puissance est encore plus manifeste dans la conduite de Dessalines et dans sa proclamation y relative. Un Français qui cherche à éviter la mort se présente à Dessalines : « Général, vous ne vous souvenez pas de moi, c’est moi qui vous ai chaussé quand vous êtes rentré en ville, je suis cordonnier. » Dessalines lui fait grâce. Un autre s’avance et dit : « moi, je suis horloger ». Desalines lui répond : « nous n’avons que faire de votre science, quand le soleil sera juste au-dessus de nos têtes nous saurons qu’il est midi. » Dessalines qui se faisait informer des événements politiques en Europe, n’était pas au courant de ce qui se passait dans le domaine scientifique, sinon il aurait cherché à avoir à son service un horloger bien plus qualifié que ce malheureux artisan qu’il envoyait se faire exécuter comme inutile, selon lui, pour la société haïtienne. Dessalines s’en remet au temps naturel concret, avec ses fluctuations apparentes ; il ne comprend pas la nécessité absolue de diminuer la dépendance à son égard par la maîtrise du temps abstrait. Du point de vue de la science maritime, Dessalines n’est pas de son époque. C’est pourquoi, il pense pouvoir vaincre la mer à partir de la terre.

Qu’elle vienne cette puissance assez folle pour oser m’attaquer. Déjà à son approche le génie irrité d’Haïti sortant du fond des mers présente son front menaçant. Son bras puissant soulève les flots, excite des tempêtes. À sa voix les lois de la nature obéissent. Les maladies, la peste, la faim dévorante, l’incendie volent à sa suite. Mais pourquoi compter sur la force des éléments ? Ai-je donc oublié que je commande à des âmes peu communes, nourries dans l’adversité, dont l’audace s’irrite des obstacles et s’accroît dans le danger ? Qu’elles viennent ces cohortes homicides, je les attends d’un œil fixe70... 

Quelques lignes plus loin, Dessalines qui s’affirme tout-puissant, au-dessus de forces surnaturelles dociles, selon son discours, plus à sa volonté de chef qu’à celle d’Haïti, avoue son impuissance à soutenir les Martiniquais et s’incline devant la force, véritablement dérisoire ici, de la nature réelle : la mer : « Infortunés Martiniquais, que ne puis-je voler à votre secours ! Mais hélas un obstacle invincible nous sépare.71 » La grandiloquence ne peut suppléer à la carence de savoir et de maîtrise réelle de facteurs indispensables à la consolidation du pouvoir d’État. Cette situation rejaillit directement sur l’écriture de l’histoire.

Pauvreté en sciences de la nature, pauvreté en sciences des sociétés

La montée des sciences de tout genre en Europe à partir du XVIIe siècle n’est-elle pas liée à celle du capitalisme ? Ensuite les sciences de la vie en tant que sciences naturelles et surtout les sciences de l’homme ont dû s’interroger sur leur méthodologie, leur modèle de vérité, leur statut de connaissance par rapport aux sciences de la nature et aux mathématiques72. Alors, quel avenir pour l’histoire et les sciences de l’homme, en général, dans une société née dépendante du capitalisme international et dans laquelle ne se développe pas la connaissance de la nature ? Il est difficile voire impossible de saisir certains aspects de la réalité historique en Haïti quand on pense et agit comme si l’esclavage était le principal pilier du système à l’intérieur de Saint-Domingue sans considérer que le commerce maritime en était l’organisateur, que la maîtrise de la mer et la science qu’elle implique étaient les éléments premiers du système de domination des Européens. D’où une source de faiblesse du discours historique patriotique qui tend à relayer celui des chefs, fiers, avec raison, d’avoir obtenu la cessation de l’ancien esclavage mais limités dans leurs raisonnements et moyens pour mettre fin au contrôle des grandes puissances sur Haïti.

Dans sa ferveur patriotique Ardouin accepte sans esprit critique la proclamation du 28 avril 1804 de Dessalines dans laquelle apparaissent avec évidence les faiblesses du nouvel Etat haïtien. Dans cet ordre d’idées le discours représente à nos yeux un événement auquel nous n’avons pas encore prêté suffisamment attention. Nos historiens qui ne sont pas sensibles à la nature extérieure, ne découvrent pas que les discours des autorités sont peuplés d’êtres doués d’une « surnature » grâce à laquelle les chefs devenus surnaturels transcendent la réalité. Et cette sorte de « surnature », ils la doivent à la promotion politique et militaire, ou bien ils la tiennent de caractéristiques innées qui les prédestineraient à un rôle de dirigeants sinon de sauveurs ? La Providence est en plusieurs fois invoquée par Madiou et Ardouin. Cette conception de l’histoire faite par des héros surhumains n’est pas propre à nos historiens, elle existe depuis l’Antiquité, elle correspond à une conception de la grandeur chez le chef que l’historien se croit obligé de rapporter73.

Ainsi, Madiou prête à Dessalines et Rochambeau des propos qui paraissent être des réminiscences de Tacite, de Thucydide et d’Hérodote74. Il se plaît à nous lire le discours que conçoit Tousaint Louverture après la chute de la Crête-à-Pierrot. Madiou n’avait pas une connaissance suffisante des trois siècles de l’époque coloniale à laquelle il a consacré le premier chapitre d’une oeuvre historique abondante. Il lui était difficile de rendre compte du système de Saint-Domingue et de la place qu’y tient la navigation marchande et militaire. Ardouin avait certainement des informations qui pourraient le mettre en mesure de faire l’analyse des conséquences de la faiblesse de l’organisation militaire de l’Etat haïtien, privé de marine75. Cependant, il manquait à Ardouin bien d’autres éléments d’analyse pour reprendre celle d’Hilliard d’Auberteuil en 1776.

Il ne s’agit pas seulement de connaissance intellectuelle. Ces deux historiens sont de leur société ; ne sont-ils pas portés, comme elle, à reproduire dans leur esprit le schéma de l’idéologie coloniale qui refoulait dans la nature les esclaves en niant leur caractère d’être social76 ? L’élite s’affirme comme sociale en niant la nature, comme elle nie le travail manuel auquel elle prétend forcer le cultivateur par la contrainte physique77. Les naturalistes brésiliens du XIXe siècle, dédaignant le travail manuel, assignaient à leurs Noirs celui de collecter et de préparer leurs spécimens. Ces chercheurs étaient bien au fait de la bibliographie de la science étrangère mais leurs préjugés sociaux les éloignaient de la flore et de la faune qui les entouraient78. On peut voir, dans la conduite de nos premiers historiens, l’effet non seulement d’une traditionnelle vision de l’histoire mais encore celle d’une société qui privilégie uniquement l’espace du pouvoir et des chefs en ignorant le reste jugé comme méprisable79. Une telle tendance est d’autant plus forte que l’ancienne économie s’étant affaissée, la politique est devenue la première, sinon l’unique industrie pour les privilégiés d’Haïti.

De tels gens établissent une double relation de parasitisme. D’abord, vis-à-vis de la population locale qu’ils grugent pour extorquer de quoi se procurer des biens et services étrangers qu’ils ne se donnent pas pour obligation de produire. Ensuite, par rapport aux pays étrangers dont ils attendent le dernier cri de la mode en matière de biens de consommation tandis que, par démagogie et en cas besoin, ils les vilipendent comme « blancs colons ». Ils ne pensent pas vraiment à une instruction capable de promouvoir les sciences, arts et métiers. Ils se satisfont d’une culture littéraire superficielle. La suprême connaissance réside, selon eux, dans la ruse pour tromper en politique. Leurs chefs jugeraient fou sinon dangereux pour l’ordre public quiconque poserait comme impératif national la maîtrise de la science, tandis qu’ils recherchent les moyens de pouvoir disposer, tintant aetemam », de l’existence de leurs compatriotes. Pour toutes ces raisons, ce qu’ils appellent Etat est un espace étroit de brigandage où se déploient la cupidité et la férocité de politiciens insatiables, se laissant facilement manœuvrer par des agents de puissances étrangères80. Tous vivent d’une économie de facilité qui est celle de subsistance du paysan. Apparaît spontanément parmi eux une anthropologie de la facilité, aux teintes diverses, propre à entretenir leur orgueil et nourricière d’un discours historique qui développe la surenchère du « social » au sein d’une société où l’on n’accorde aucune importance réelle à la connaissance de la nature.

Sans doute, déjà, de Vastey se montre un bon chercheur qui nous tient un discours scientifique sur l’Afrique81. Plus tard, à la fin du XIXe siècle Anténor Firmin et Hannibal Price s’appliquent à défendre la race noire82. À la même époque, le désenchantement se manifeste dans le suicide collectif de dix hommes noirs83. Jean Price-Mars, déployant une grande audace intellectuelle, a essayé de réhabiliter l’Afrique et de déculpabiliser le vodou en le « dédiabolisant84 ». Sa démarche, certainement louable, se situe au niveau d’une certaine anthropologie culturelle et sociale qui ignore les concepts de colonialisme, d’impérialisme et plus encore ceux de construction économique, de science, de droit et de philosophie. Elle facilite l’éclosion d’un indigénisme qui débouche sur la maximisation réductionniste de la surenchère du social dans Le problème des classes à travers l’histoire de François Duvalier et Lorimer Denis85. Ces messieurs oublient que ce n’est pas tant la question de couleur ni celle du vodou/christianisme, mais notre retard dans les domaines de la production et des échanges, de la science et du droit de la population totalement méprisée, qui nous met en situation d’infériorité par rapport aux puissances occidentales. C’est pourquoi, une bonne partie de la littérature autour du vodou manque de sérieux et s’oriente vers des recettes, spectacles, amusements à se faire monnayer par les touristes.

Le marxisme aurait pu contribuer au dépassement des limites de cette dernière version de l’indigénisme qui se fait raciste et « noiriste ». Mais, c’est un marxisme d’Etat appauvri qui est parvenu en Haïti. Il a produit des hommes pleins d’abnégation dans la lutte politique, mais pas de chercheurs assidus dans le domaine des sciences sociales. La production intellectuelle des marxistes haïtiens visait l’action politique immédiate86. Comme les indigénistes dont ils ne se sont pas trop clairement dissociés intellectuellement, ils s’en sont tenus à l’interprétation de l’histoire dont l’écriture gravite autour d’un social au contenu assez réduit (question de couleur, marronnage, vodou, luttes de classes) mais qui ignore des dimensions aussi essentielles que la démographie et bien d’autres87...

À voir les choses avec un certain recul, l’on découvre que l’indigénisme est une pensée qui se veut auto-suffisante88 et qu’en Haïti la pensée marxiste a été acceptée comme ayant force suffisante d’explication. La première a créé la consolation, la seconde l’illusion du social et du politique pur chez ceux qui ont justement ressenti que l’histoire a jusqu’ici été faite et écrite à leurs dépens. Tout n’est pas absolument faux dans ces pensées. L’erreur a été de ne pas reconnaître les limites. C’est avec un sens profond des limites de tout facteur d’explication que nous invitons à introduire une réflexion sur la science comme un élément pour une pensée sans frontière.

Conclusion : science, pour une pensée sans frontière

Il y a toujours eu une certaine dépendance entre l’histoire de la société et celle de la connaissance de la nature par l’homme. Depuis la fin du XVIIIe siècle, l’attitude des chefs de l’Europe moderne à l’égard de la science montre qu’elle est devenue une composante essentielle dans l’organisation de l’Etat parce que la capacité du pouvoir politique se mesure, en définitive, à l’efficacité que peut donner la technologie. La science est un élément important du processus historique, qui manque d’apparaître comme tel au niveau de l’histoire écrite. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’histoire en France est politique aux quatre cinquièmes, ne laissant que le reste à l’économie, l’art et la pensée89. Aujourd’hui, l’économie a une toute première place dans l’analyse historique. Qui peut nier l’importance de la science dans la construction de l’économie, de l’armée et de l’État ? Qui peut nier son importance comme facteur en histoire ? La réflexion est depuis longtemps engagée sur ce point90. Penser science est une tâche importante pour la réflexion en sciences sociales dans un pays dépendant. Par rapport aux sciences de la nature, on vit en Haïti comme normale, une lacune congénitale, acceptée comme héréditaire alors quelle est la suite de relations de sociétés.

D’aucuns contestent que la science moderne en train de naître soit associée à la navigation qui permet la conquête et l’exploitation de mondes nouveaux par l’Europe91. Pourtant, ce n’est point par hasard que Las Casas commence son Historia par l’histoire naturelle en nous entretenant de géographie et de cosmographie. Il entre d’emblée dans une dimension pratique qui dominera l’histoire de la colonisation : la nécessité et les nécessités de la navigation. En nous parlant de cosmographie, Las Casas nous fait songer aux marins portugais qui, dans leurs aventures le long de la côte occidentale de l’Afrique, apprennent à dominer les vents contraires au retour et à utiliser le cadrant de marine mis au point par les Italiens pour déterminer les latitudes92. La colonisation européenne, au XVIe siècle, est une entreprise suscitée par le besoin de naviguer pour contourner les Arabes et Turcs, maîtres des voies terrestres vers l’Orient ; cette nécessité est allée en sens croissant et a engendré ses propres nécessités : le besoin de connaître une nature qui se présente dans sa diversité93. Alors, le ciel et la mer sont des aspects importants de la nature pour les navigateurs conquérants. Ce n’est point par hasard que dans l’édition de 1620 de L’lnstauratio Magna, contribution majeure de Bacon à la philosophie de la science, l’image de la page de couverture associe l’acquisition de connaissances nouvelles aux voyages de bateaux au-delà des terres de l’Europe94.

On ne peut pas tout attribuer à l’exploration des mondes nouveaux mais qui peut nier qu’elle ait contribué à la valorisation de l’expérience par rapport à la quête de la vérité uniquement dans les livres ?95

Une fois la science introduite comme facteur en histoire, on commence à saisir la faiblesse inhérente à tout Etat dépendant, et particulièrement celle d’Haïti à sa naissance. On saisit la grandeur réelle et les limites de la révolution haïtienne En 1804, elle s’est proposée comme la plus haute philosophie morale aux yeux des dominateurs de tous genres : construire une société sans esclavage et sans discrimination de race. Mais sur quelle science pouvait s’appuyer cette philosophie alors que les grandes puissances tenaient la liberté des anciens esclaves prisonnière sur un bout de terre à laquelle ils étaient cloués par des chefs militaires animés d’un esprit productiviste étroit ?96 Ne fallait-il pas plutôt inviter les nouveaux libres à rechercher une plus grande émancipation par la maîtrise de l’environnement naturel, à ne pas se pencher seulement sur la terre mais se tourner vers la mer et regarder en direction du ciel ; pas celui d’où viennent les terreurs qui font se prosterner face renversée dans l’attentisme, pas même celui d’où viendrait une musique qu’il n’est pas donné aux humains d’entendre97 ; mais celui dont la connaissance a permis la révolution agricole, qui est cet espace fécond et exaltant, chanté presque, dirait-on, par Platon :

Si nous n’avions pas vu le ciel et les étoiles, nous n’aurions prononcé aucun de ces mots par lesquels nous désignons l’univers. Mais, maintenant, la vue du jour et de la nuit, les mois et la révolution des années ont créé le nombre, nous ont donné une conception du temps et la puissance d’enquêter sur la nature et l’univers. De cette source nous avons tiré la philosophie, bien tel que les dieux n’en ont jamais accordé et n’en accorderont jamais de plus grand aux mortels humains que nous sommes98.

1 Acosta, J. Historia Natural y Moral de las Indias. Séville, 1590, 2 vol. Edition de 1894, vol. 2, prologue de Francis Bacon. Cité par André Cresson.

2  « Marco Caton, dit-il, s’est persuadé d’écrire l'histoire de l’origine des nations pour défendre l’origine ancienne de son Italie et confondre la

3 Eamon, William. Science and the Secrets of Nature, Princeton University Press, 1994.

4 Basa lia, George. « The Spread of Western Science. » Science, no. 146, 5 mai 1987, 611-622 ; Storey.W. K. (Ed.) Scientific Aspects of European

5  McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Regime. Johns Hopkins University Press, 1991.

6  Breton, Raymond (Père). La Guadeloupe (1635-1656) d’après les relations du Père Breton, Librairie générale et internationale, Paris, 1929. Dutertre

7 Menonville, Thierry de. Traité de la culture du nopal et de l'éducation de la cochenille dans les colonies françaises de l’Amérique, Cap Français

8  McClellan, J., Op. cit.

9  Nicholson, (Père). Essai sur l'histoire naturelle, 1776.

10 Ibidem.

11 Dazille, M. Observations sur les maladies de Saint-Domingue, 1776, Édition 1792, Introduction.

12 McClellan, J., Op. cit

13 Ibidem. Martinière, Guy. « L’administration de la Guyane au XVille siècle. Les politiques coloniales. » Historial antillais, Édition Dajani, 1981

14 McClellan, Op. cit.

15 Ibidem. Voir aussi : Kloppenburg, Jack Ralph. The Political Economy of Plant Biotechnology 1492-2000, Cambridge University Press, 1988.

16 Naro, Nancy. Imperial Palms over Colonial Gardens.King’s College London. Communication à la XXIXème Conférence annuelle des historiens de la

17  Mc Clellan, James III. Colonialism and Science, Saint-Domingue on the Old Regime. John Hopkins University Press, Baltimore and London, 1991 Ch VI

18 Thompson. M. « The Rise of Social Sciences » dans Pagden, A.

19 Ducoin, Jacques. Naufrages, conditions de navigation et d'assurances dans la marine de commerce du XVIIIe siècle. Librairie de l'Inde, 1993. 2 voL

20 McClellan, James III.Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Regime.Johns Hopkins University Press, 1991.

21 Moreau de Saint-Méry.Description... de la partie française de Saint-Domingue. McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the

22  McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Régime. Op. cit Francisco de Solano. « Viajes comisiones y expediciones

23 De Fleurieu et De Borda. Détails de la Navigation aux côtes de Saint-Domingue et sur ses débouquements, 1787. Extrait des registres de l’Académie

24 Charlevoix, Père. Historia de la isla espanola.

25 Moreau de Saint-Méry. Description... de la partie française de Saint-Domingue. McClellan, James III. Colonilism and Science...

26 Le Pers, Père. Histoire morale civile et naturelle de l'isle de Saint-Domingue. C. L., A. G. N., Publié de 1946à 1951.

27 McClellan. Colonialism and Science...

28 Mémoires et Observations sur les maladies épizootiques de Saint-Domingue Publiés par le Cercle des Philadelphes du Cap 1788. M. S. série 1, vol. 5

29 Références citées concernant : Vicq d’Azyr. État des moyens curatifs et préservatifs, p. 97. PAULET. Recherches historiques et philosophiques sur

30 Supplément au mémoire général sur l’épizootie de 1784-1785. M. S., série 2, vol 10.

31 Gillipsie, C. G. Science and Policy in France at the End of the Old Regime. Princeton University Press, 1980, p. 22.

32 Observations sur plusieurs observations extraites littéralement de l’histoire..., édition de 1770, 1776, Amsterdam, Paris.

33 François de Neufchateau. Les études du magistrat... 1786, KF 1786 N. Y. P. L.

34 Maurel, Blanche. « Une Société de pensée à Saint-Domingue. Le Cercle des Philadelphes. » Revue d’histoire de France d’outre-mer, 1961. Les sujets

35 Observations sur plusieurs observations extraites littéralement de l’histoire..., édition de 1770, 1776, Amsterdam, Paris.

36 McClellan, James III. Colonialism and Science..., Ch. X. L'auteur insiste sur le peu d’intérêt des colons pour l’astronomie et les mathématiques et

37 Arthaud. Discours prononcé à la première séance publique du Cercle des Philadelphes tenu au Cap le 11 mai 1785... Paris, 1785. M. S., série 1, vol.

38 Basalla, George. « The Spread of Western Science. » Science, no. 146, 5 mai 1987, 611-622 ; Scientific Aspects of European Expansion. Collection An

39 Ibidem.

40 McClellan, James III.Colonialism and Science...

41 Dubuisson. Lettres critiques et politiques sur le commerce des villes maritimes de France en 1785. M. de Saint-Méry, série 1, vol 4. p. 249-253.

42 Moreau de Saint-Méry. Lois et Constitutions des colonies françaises de l'Amérique, 7 vol, vol 4, Déclaration faite à l’assemblée de 1764. Citée

43 Les colons de Saint-Domingue émigrés à Cuba y apporteront leur connaissance mais dans le cadre de projets faits par l’Espagne et un homme comme

44 McClellan, James III. Colonialism and Science...

45 Institut de France. Index biographique des membres correspondants de l'Académie des Sciences de 1666 à 1947. Paris, Gauthier Villars, 1947. Index

46 Boutaric, M. E. Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie. 2 voL, vol 1, p. 407. Lettre de

47  Frostin, Charles. Les révoltes blanches à Saint-Domingue. L’École, 1972, p. 369. Moreau de Saint-Méry. Description... de la partie française, vol

48  Édit de 1642, acte de fondation de la Compagnie française des Indes Occidentales.

49  Moreau de Saint-Méry. Lois et Constitutions, III, 15 février 1724, p. 85.

50 A. N. CC9C2. Instructions aux administrateurs de La Luzerne et de Marbois, 1785.

51 Pluchon, P. « Le Cercle des Philadelphes du Cap Français à Saint-Domingue. » Mondes et cultures, 1985.157-185.

52 François de Neufchâteau. Discours sur la disette de numéraire et les moyens d’y remédier. 19 mars 1787.

53 53 Cette affirmation suppose une autre étude sur la relation entre identité culturelle et nationalité, ensuite entre capacité économique et

54 Veine, Paul. « La société romaine devant la prétendue fuite de l’or. Mercantilisme ou politique disciplinaire », La société romaine, 1990, Seuil

55 Maurel, Blanche. « Une Société de pensée à Saint-Domingue. Le Cercle des Philadelphes. » Revue d'histoire de France d'outre-mer, 1961. Le vent du

56 McClellan, James III. Colonialism and Science...

57 Voir les actes d’abolition de l’esclavage de Sonthonax et Polvérel, les divers règlements sur la culture de 1793 à 1843.

58 Hilliard d’Auberteuil. Considérations sur l'état présent de la colonie française de Saint-Domingue. 1776, 2 vol, vol 1.

59 Foubert, Bernard. « Les habitations Lemmens à Saint-Domingue au début de la révolution ». Revue de la Société haïtienne d’histoire et de géographie

60 Ardouin. Études sur l’histoire d’Haïti, tome IV ; Madiou. Histoire d’Haïti, vol. III.

61 Cochin, Augustin. L’abolition de l’esclavage, 1861. Désormeaux, L’Harmattan, 1979. Ch. XI, 159-187.

62 Ibidem.

63 Molinari, M. G. de. Correspondant, rédacteur en chef du Journal des Économistes. Lettres adressées au Journal des Débats. Paris, Guillaumin et Cie

64 Dictionnaire Larousse. Noms propres.

65  Storey.W. K. (Ed) Scientific Aspects of European Expansion. Op. cit Introduction

66 Walton, Gary and Shepherd, James. The Economic Rise of Early America. N. Y., 1979. History of The American Economy, 6th Edition, Harcourt, Brace

67 Madiou. Histoire d'Haïti, vol. 5.

68 Légitime. F. D. Considérations sur l'agriculture, la vie rurale et la navigation.

69 Franklin, James. The présent State of Hayti..., London, 1828, 213-214.

70 Bird, M. B. L'homme noir ou notes historiques sur l'indépendance haïtienne, 1876, p. 81. Leybum, James. The Haitian People. 1941, p. 49. Les

71 Justin, Placide. Histoire politique et statistique de l'île d'Haïti. Paris, 1826, p. 340.

72 La relation à la terre, ici développée par Dessalines, n'est pas fortuite. Elle mérite un développement qui suppose une autre étude, nécessaire

73 « Proclamation du 28 avril 1804 », Ardouin. Études IV.

74 Sur les sciences naturelles voir : Diderot. Œuvres. Cité par Cassirer. La philosophie des Lumières, 125-126. À propos de la vérité en histoire

75 Métral, Antoine. Histoire de l’insurrection des esclaves dans le Nord de Saint-Domingue, Paris, 1818. Il dit : Aucun écrivain jusqu’à présent n'a

76 Madiou place dans la bouche de Rochambeau à la Crête à Pierrot une harangue dans laquelle ce dernier se demande ce que dira l'Europe en apprenant

77 Ardouin. Études sur l'histoire d'Haïti, Tome I, Introduction. Il a lu Hilliard d’Auberteuil qu’il cite largement dans l’introduction de ses études

78 Voir ce qui a été dit plus haut à propos des sujets donnés en concours par le Cercle des Philadelphes.

79 Leybum, James. The Haitian People, 1941. Yale University Press.

80 Basalia, George. « The Spread of Western Science. » Op. cit.

81 Leybum, J. The Haitian People. Op. cit. Les deux castes, Port-au-Prince, 1946. Traduit de l’anglais, p. 3. « L’élite ne travaille pas de ses mains.

82 Dès 1843, l’État haïtien a commencé à se muer en espace de brigands jusqu’à sa totale dissolution avant même l’arrivée des Américains en 1915. Le

83 Vastey, Valentin-Pompée baron de. Réflexions sur une lettre de Mazères... la civilisation de l'Afrique... Cap Henry, P. Roux, imprimeur du Roi

84 Firmin, Joseph-Anténor. De l’égalité des races humaines, Paris, Pichon, 1885. Price, HannibaL De la réhabilitation de la race noire par la

85 Vilaire, Etzer. Poète haïtien de la génération dite de la Ronde, du nom d’une école culturelle. Pour plus d’information consultez Frère Berrou

86 Price-Mars, Jean. Ainsi parla l’oncle, 1928 ; La vocation de l'élite ; « Le phénomène religieux chez les nègres de Saint-Domingue » Revue de la

87 Ce texte paru en 1948 insiste uniquement sur la question de couleur comme question de classe. L’École indigéniste fondée par Jacques Roumain en

88 Un exemple est donné dans le Manifeste du Parti d’Entente Populaire paru en 1960. Toute la littérature politique marxiste fait appel à l’histoire

89 Pour une critique récente de ces courants, voir Saint-Louis, Vertus. Le nombre et le défi maritime. L'avènement de la liberté dans une société

90 Muglioni, Jacques. L'école ou le loisir dépensée, 1991. C’est auteur a justement fait ressortir que la vague des études ethnologiques a fait donner

91 Chaunu, Pierre. « L’économie. Dépassement et perspective. » dans Nora, P. et Le Goff J. Faire de l'histoire. Nouvelles approches. Gallimard, 1974

92 Lakoff, Stanford. (EdJ. Knowledge and Power. Essays on Science and Governement, 1966.

93 Scammel, G. V. « The New Worlds and Europe in the Sixteenth Century », The Historical Journal, 12, 1969, 389-412.

94 Pumffey, S. Ed, Science Culture and Popular Belief in Renaissance Europe. Manchester University Press. 1991.

95 Mayr, Ernst. Histoire de la biologie, Fayard, 1985. The Growth of Biogical Tought, 1982. Important pour l'idée de diversité.

96 Basalla George. Op. cit.

97 Bernal, J. D. Science in History. Hawthorn Books lnc. N. Y. 1954, 275-76 ; Pumfrey, S. Science… Op. cit. Eamon, W., Op. cit. p. 273·

98 Ferris, Timothy. Coming of Age in the Milk Way, N. Y., 1988, ch 1, p. tg. (Traduction de l'anglais par Vertus Saint-Louis).

1 Acosta, J. Historia Natural y Moral de las Indias. Séville, 1590, 2 vol. Edition de 1894, vol. 2, prologue de Francis Bacon. Cité par André Cresson. Francis Bacon, sa vie, son oeuvre, sa philosophie. PUF, 1956, p. 103.

2  « Marco Caton, dit-il, s’est persuadé d’écrire l'histoire de l’origine des nations pour défendre l’origine ancienne de son Italie et confondre la jactance des Grecs qui prétendaient que les Latins descendaient d’eux... Denis d'Halicamasse a écrit ses commentaires et histoires des Romains, pour extirper l’erreur des Grecs qui tiennent les premières populations romaines pour des êtres vils et non libres et pour enseigner aux Grecs à ne se pas se considérer diminués par le fait qu’ils sont sujets des Romains dont il veut leur communiquer les exploits et vertus. Joseph a écrit les Antiquités hébraïques parce que les Grecs ne tenaient pas compte de l’ancienneté de la nation juive... Paulo Orosio a composé les sept livres de l’histoire à l’exhortation de Saint Augustin pour fermer les bouches blasphématoires des gentils romains qui disaient que depuis que l'empire s’est fait chrétien et a rejeté les idoles, il a souffert de grands malheurs, et montré que toutes les calamités et misères sont survenues à l'époque de l’idolâtrie. » Historia de las lndias, Prologue.

3 Eamon, William. Science and the Secrets of Nature, Princeton University Press, 1994.

4 Basa lia, George. « The Spread of Western Science. » Science, no. 146, 5 mai 1987, 611-622 ; Storey.W. K. (Ed.) Scientific Aspects of European Expansion. Collection An Expandin World. Variorum, 1996, 1-21.

5  McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Regime. Johns Hopkins University Press, 1991.

6  Breton, Raymond (Père). La Guadeloupe (1635-1656) d’après les relations du Père Breton, Librairie générale et internationale, Paris, 1929. Dutertre, Père. Histoire générale des Antilles habitées par les Français, 1667, 3, vol, vol 3 : Histoire naturelle.

7 Menonville, Thierry de. Traité de la culture du nopal et de l'éducation de la cochenille dans les colonies françaises de l’Amérique, Cap Français, 1787.

8  McClellan, J., Op. cit.

9  Nicholson, (Père). Essai sur l'histoire naturelle, 1776.

10 Ibidem.

11 Dazille, M. Observations sur les maladies de Saint-Domingue, 1776, Édition 1792, Introduction.

12 McClellan, J., Op. cit

13 Ibidem. Martinière, Guy. « L’administration de la Guyane au XVille siècle. Les politiques coloniales. » Historial antillais, Édition Dajani, 1981, 6 vol., vol. II, 361-404, 385.

14 McClellan, Op. cit.

15 Ibidem. Voir aussi : Kloppenburg, Jack Ralph. The Political Economy of Plant Biotechnology 1492-2000, Cambridge University Press, 1988.

16 Naro, Nancy. Imperial Palms over Colonial Gardens. King’s College London. Communication à la XXIXème Conférence annuelle des historiens de la Caraïbe, avril 1997.

17  Mc Clellan, James III. Colonialism and Science, Saint-Domingue on the Old Regime. John Hopkins University Press, Baltimore and London, 1991 Ch VI, Ch. IX.

18 Thompson. M. « The Rise of Social Sciences » dans Pagden, A.

19 Ducoin, Jacques. Naufrages, conditions de navigation et d'assurances dans la marine de commerce du XVIIIe siècle. Librairie de l'Inde, 1993. 2 voL, vol 1, ch. 2, 40-44.

20 McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Regime. Johns Hopkins University Press, 1991.

21 Moreau de Saint-Méry. Description... de la partie française de Saint-Domingue. McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Régime. Johns Hopkins University Press, 1991.

22  McClellan, James III. Colonialism and Science. Saint-Domingue on the Old Régime. Op. cit Francisco de Solano. « Viajes comisiones y expediciones cientificas espanolas a ultramar durante el siglo XVI11 », Storey.W. K. (Ed.) Scientific Aspects of European Expansion. Op. cit.

23 De Fleurieu et De Borda. Détails de la Navigation aux côtes de Saint-Domingue et sur ses débouquements, 1787. Extrait des registres de l’Académie de Marine. Moreau de Saint-Méry. Description... de la partie française de Saint-Domingue. McClellan, James III. Colonialism and Science...

24 Charlevoix, Père. Historia de la isla espanola.

25 Moreau de Saint-Méry. Description... de la partie française de Saint-Domingue. McClellan, James III. Colonilism and Science...

26 Le Pers, Père. Histoire morale civile et naturelle de l'isle de Saint-Domingue. C. L., A. G. N., Publié de 1946 à 1951.

27 McClellan. Colonialism and Science...

28 Mémoires et Observations sur les maladies épizootiques de Saint-Domingue Publiés par le Cercle des Philadelphes du Cap 1788. M. S. série 1, vol. 5 « On s'est encore pris à la méchanceté des Nègres ; On ôte en effet à l’esclave toutes les raisons de faire le bien mais d’un autre côté on le suppose beaucoup plus riche en moyens qu’il ne l’est en effet pour faire le mal Cette espèce d’injustice trouve des exemples dans les époques les plus anciennes de notre histoire. La peste régnante à Paris et dans plusieurs régions de France, on imagine que les Juifs en empoisonnant les puits et les sources d’eau vive en étaient la cause et on les punit rigoureusement d’un crime dont ils auraient peut-être été capables... »
« C’est sans doute par inadvertance que cette idée a échappé à la plume philosophique de M. Vicq d’Azyr. Nous pourrons en dire autant d’un passage dans lequel M. Paulet paraît incliner à penser que l’on peut semer des maladies pestilentielles avec des poudres enchantées, que l’histoire en offre magnifiquement des exemples, et que l’on a puni en Allemagne, en France, à Toulouse surtout des scélérats pour ce crime qu’ils ont avoué dans leurs tourments. Les aveux forcés par la torture ne sont pas une preuve. Nous avons vu une mère avouer qu’elle avait empoisonné son enfant avec une plante qui lui avait été donnée par un Nègre. »

29 Références citées concernant : Vicq d’Azyr. État des moyens curatifs et préservatifs, p. 97. PAULET. Recherches historiques et philosophiques sur les maladies épizootiques, t II, p. 236. S.M. s.i, vol 5.

30 Supplément au mémoire général sur l’épizootie de 1784-1785. M. S., série 2, vol 10.

31 Gillipsie, C. G. Science and Policy in France at the End of the Old Regime. Princeton University Press, 1980, p. 22.

32 Observations sur plusieurs observations extraites littéralement de l’histoire..., édition de 1770, 1776, Amsterdam, Paris.

33 François de Neufchateau. Les études du magistrat... 1786, KF 1786 N. Y. P. L.

34 Maurel, Blanche. « Une Société de pensée à Saint-Domingue. Le Cercle des Philadelphes. » Revue d’histoire de France d’outre-mer, 1961. Les sujets donnés en concours portent sur l’histoire naturelle.

35 Observations sur plusieurs observations extraites littéralement de l’histoire..., édition de 1770, 1776, Amsterdam, Paris.

36 McClellan, James III. Colonialism and Science..., Ch. X. L'auteur insiste sur le peu d’intérêt des colons pour l’astronomie et les mathématiques et même les enregistrements météorologiques. Dans la tradition d’une histoire naturelle marquée par l’exotisme après les grandes découvertes et qui a donné Las Casas, Joseph Acosta... nombreux sont alors les traités de naturalistes cherchant des solutions aux problèmes de la santé et de l'économie : Poivre. Lettre sur les arbres à épices de M. Poivre., 1775 ; Extrait de l'Inde Littéraire de Valentin. M. S., série 1, vol. 76. ; Lebreton. Traité sur les propriétés et les effets du sucre par M. Lebreton, Inspecteur général..., de l’Académie des Sciences d’Upsal, 1789, M. S., série 1, vol. 76. Bûchez. Dissertation sur l'utilité et les bons effets du tabac, du café, du cacao et du thé par Bûchez, Médecin de Monsieur Frère du Roi ancien et Médecin de Monseigneur Comte d’Artois et de Feu Sa Majesté, le Roi de Pologne. Deuxième édition 1789, M. S., série 1, vol 74 ; M. Tardif de Laborderie. (curé des Cayes du Fond et député à l’assemblée coloniale). Traité particulier de l'indigo marron ou de l'indigo bâtard. Imprimé au Cap par M. Martin, 1792. M. S., série 1, voL 126.

37 Arthaud. Discours prononcé à la première séance publique du Cercle des Philadelphes tenu au Cap le 11 mai 1785... Paris, 1785. M. S., série 1, vol. 136.

38 Basalla, George. « The Spread of Western Science. » Science, no. 146, 5 mai 1987, 611-622 ; Scientific Aspects of European Expansion. Collection An Expanding World. Variorum, 1996,1-21.

39 Ibidem.

40 McClellan, James III. Colonialism and Science...

41 Dubuisson. Lettres critiques et politiques sur le commerce des villes maritimes de France en 1785. M. de Saint-Méry, série 1, vol 4. p. 249-253.

42 Moreau de Saint-Méry. Lois et Constitutions des colonies françaises de l'Amérique, 7 vol, vol 4, Déclaration faite à l’assemblée de 1764. Citée aussi par Wimpffen.

43 Les colons de Saint-Domingue émigrés à Cuba y apporteront leur connaissance mais dans le cadre de projets faits par l’Espagne et un homme comme Pedro de Arrango, mais surtout alors que les conditions créées par la guerre permettent qu’une autre colonie succède à la Saint-Domingue sur le marché international du sucre.

44 McClellan, James III. Colonialism and Science...

45 Institut de France. Index biographique des membres correspondants de l'Académie des Sciences de 1666 à 1947. Paris, Gauthier Villars, 1947. Index biographique...de 1666 à 7954 Paris, Gauthier-Villars, 1954.

46 Boutaric, M. E. Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie. 2 voL, vol 1, p. 407. Lettre de Louis XV au comte de Broglie du 16 mai 1769. Ozanam, Didier et Michel, Antoine. Correspondance secrète du duc de Broglie avec Louis XV. Société de l’histoire de France. Paris, Librairie G. Klincksieck, 1961, 2 vol. , voL 2, p. 186, note 2.

47  Frostin, Charles. Les révoltes blanches à Saint-Domingue. L’École, 1972, p. 369. Moreau de Saint-Méry. Description... de la partie française, vol I.

48  Édit de 1642, acte de fondation de la Compagnie française des Indes Occidentales.

49  Moreau de Saint-Méry. Lois et Constitutions, III, 15 février 1724, p. 85.

50 A. N. CC9C2. Instructions aux administrateurs de La Luzerne et de Marbois, 1785.

51 Pluchon, P. « Le Cercle des Philadelphes du Cap Français à Saint-Domingue. » Mondes et cultures, 1985.157-185.

52 François de Neufchâteau. Discours sur la disette de numéraire et les moyens d’y remédier. 19 mars 1787.

53 53 Cette affirmation suppose une autre étude sur la relation entre identité culturelle et nationalité, ensuite entre capacité économique et scientifique comme fondement de l'Etat, défenseur de la nationalité et organisateur de la nation. Notre identité culturelle est-elle bien assise en 1804 ? Ensuite pourquoi la rapide dégradation de l’État comme entité dès 1806 et surtout après 1843 ? Il faudrait des études plus approfondies que celles de M-R. Trouillot Les racines historiques de l’État duvaliérien, 1986 ; State against Nation, 1990.

54 Veine, Paul. « La société romaine devant la prétendue fuite de l’or. Mercantilisme ou politique disciplinaire », La société romaine, 1990, Seuil, 1991, 163-214, 167.

55 Maurel, Blanche. « Une Société de pensée à Saint-Domingue. Le Cercle des Philadelphes. » Revue d'histoire de France d'outre-mer, 1961. Le vent du large ou le destin tourmenté de Jean-Baptiste Gérard, colon de Saint-Domingue. Edition du Conquistador, 1952.

56 McClellan, James III. Colonialism and Science...

57 Voir les actes d’abolition de l’esclavage de Sonthonax et Polvérel, les divers règlements sur la culture de 1793 à 1843.

58 Hilliard d’Auberteuil. Considérations sur l'état présent de la colonie française de Saint-Domingue. 1776, 2 vol, vol 1.

59 Foubert, Bernard. « Les habitations Lemmens à Saint-Domingue au début de la révolution ». Revue de la Société haïtienne d’histoire et de géographie, vol. 45, no. 154, mars, 1987.

60 Ardouin. Études sur l’histoire d’Haïti, tome IV ; Madiou. Histoire d’Haïti, vol. III.

61 Cochin, Augustin. L’abolition de l’esclavage, 1861. Désormeaux, L’Harmattan, 1979. Ch. XI, 159-187.

62 Ibidem.

63 Molinari, M. G. de. Correspondant, rédacteur en chef du Journal des Économistes. Lettres adressées au Journal des Débats. Paris, Guillaumin et Cie, 1887, p. 134... 165.

64 Dictionnaire Larousse. Noms propres.

65  Storey.W. K. (Ed) Scientific Aspects of European Expansion. Op. cit Introduction

66 Walton, Gary and Shepherd, James. The Economic Rise of Early America. N. Y., 1979. History of The American Economy, 6th Edition, Harcourt, Brace, Jovanovitch Publishers, First Edition 1990/ 1995-

67 Madiou. Histoire d'Haïti, vol. 5.

68 Légitime. F. D. Considérations sur l'agriculture, la vie rurale et la navigation.

69 Franklin, James. The présent State of Hayti..., London, 1828, 213-214.

70 Bird, M. B. L'homme noir ou notes historiques sur l'indépendance haïtienne, 1876, p. 81. Leybum, James. The Haitian People. 1941, p. 49. Les cultivateurs étant attachés aux plantations, les quelques écoles créées par Christophe l’ont été pour les fils d’aristocrates. Sur la politique restrictive d’instruction de Pétion et de Boyer voir : Schoelcher, Victor. Colonies étrangères et Haïti, vol. 2.

71 Justin, Placide. Histoire politique et statistique de l'île d'Haïti. Paris, 1826, p. 340.

72 La relation à la terre, ici développée par Dessalines, n'est pas fortuite. Elle mérite un développement qui suppose une autre étude, nécessaire bien sûr, car notre relation à l’espace puise ses origines dans le passé et sera, dans l’avenir, lourd de conséquences.

73 « Proclamation du 28 avril 1804 », Ardouin. Études IV.

74 Sur les sciences naturelles voir : Diderot. Œuvres. Cité par Cassirer. La philosophie des Lumières, 125-126. À propos de la vérité en histoire comparée à la certitude en physique et mathématique, voir Du Bayle : Dictionnaire historique et critique. Nouvelle Édition, Paris, Desoer, 1802, tome, V, p. 275. « ...il ne faudrait pas surmonter moins d'obstacles pour découvrir la cause des propriétés de l’aimant... en bien des rencontres les vérités ne sont pas moins impénétrables que les vérités physiques. » Marks, John. Science in the making of Modem World. Heineman Educational Books LTD, 1983, ch. 4-2, p. 106. Citation de Condorcet : « Ce que nous pouvons faire pour les abeilles et les castors, nous devrions pouvoir le faire pour l’homme. » Voir aussi article histoire dans Dictionnaire européen des Lumières, PUF, 1997. Voir aussi : « La formation d’une discipline scientifique » Noiriel, Gérard. Sur la crise de l’histoire. Belin, 1996, 47-89.

75 Métral, Antoine. Histoire de l’insurrection des esclaves dans le Nord de Saint-Domingue, Paris, 1818. Il dit : Aucun écrivain jusqu’à présent n'a donné le ton, les couleurs, l’enchaînement et la dignité de l’histoire à cet événement remarquable » (l’insurrection des esclaves). Cet auteur français a le mérite de saluer le soulèvement des esclaves. Il dépasse Madiou dans l’exaltation des chefs. Il les présente comme grands quel que soit leur camp.

76 Madiou place dans la bouche de Rochambeau à la Crête à Pierrot une harangue dans laquelle ce dernier se demande ce que dira l'Europe en apprenant qu’une armée française a été contenue par une poignée de nègres qui hier encore tremblaient à la vue du fouet Hérodote. L'Enquête, IV, 2, 3, 4. On est à la vraisemblance. Rappelons le cas du colon Bullet qui cravache Jean-François venu négocier en décembre 1791. Par ailleurs, Thucydide fait grand usage de la harangue vraisemblable. Tel passage du discours de Dessalines fait penser à une harangue aux Lacédémoniens relatée par Thucydide, I, 87 : « Lacédémoniens, que ceux qui estiment... se rangent de ce côté,... que ceux qui sont d’un avis contraire se rangent de ce côté là. » Tel officier français est percé de dix coups de bayonnettes. S’agit-il d’un chiffre exact historiquement. Il s’agit plus probablement d’une recherche d'éclat de style propre à créer un effet de grandeur. H. P. Sannon est dans cette tradition quand il écrit à propos de T. Louverture : « Infatigable de corps et d’esprit, fécond en moyens,... politique, réfléchi..., convaincu d’ailleurs de son génie et de sa mission providentielle, il ne doutait pas un instant de l’issue finale de la lutte. » T. Louverture ne l’a remporté sur Rigaud que grâce à la marine américaine. D’ailleurs, leur guerre civile a accentué la dépendance d’Haïti qui, dès 1798, apparaît comme un « berceau du néo-colonialisme » (expression heureuse d’Yves Bénot dans une conférence à l’Ecole Normale Supérieure de Port-au-Prince. » Il faudrait tordre le cou à cette éloquence qui peut avoir un valeur littéraire nécessaire en histoire mais est nuisible quand elle va contre la vérité. Cette conception du personnage historique conçu comme devant être « grand » est critiquée chez Tacite par Auerbach, Erich. Mimésis. La Représentation de la réalité dans la littérature occidentale, 1977, II Fortunata. Cette conception ne peut rendre compte de la réalité quotidienne de la vie des populations dont est faite la trame essentielle de l’histoire.

77 Ardouin. Études sur l'histoire d'Haïti, Tome I, Introduction. Il a lu Hilliard d’Auberteuil qu’il cite largement dans l’introduction de ses études sur l’histoire d’Haïti Ce dernier a fait une critique pertinente de la politique de la France qui a envoyé en 1762 le maréchal de Belzunce à la tête de troupes dans la colonie dans le but d’y entreprendre une guerre terrestre en cas d’attaque des Anglais. Ce maréchal prévoyait dans ses plans de défense la politique de fortifications et de la terre brûlée qu’appliqueront avec des fortunes plus tard les révolutionnaires haïtiens. Mais un Etat établi peut-il fonder toute sa politique sur une telle stratégique qui implique la passivité en attendant l’attaque de l’ennemi, comme l’a fait Haïti ? Hilliard soulignait que les forts peuvent être facilement occupés, qu’il sera pénible de les reprendre et que si la France veut avoir Saint-Domingue, elle doit s’occuper de se donner la marine capable de la défendre.

78 Voir ce qui a été dit plus haut à propos des sujets donnés en concours par le Cercle des Philadelphes.

79 Leybum, James. The Haitian People, 1941. Yale University Press.

80 Basalia, George. « The Spread of Western Science. » Op. cit.

81 Leybum, J. The Haitian People. Op. cit. Les deux castes, Port-au-Prince, 1946. Traduit de l’anglais, p. 3. « L’élite ne travaille pas de ses mains. C’est une règle cardinale sur laquelle repose toute la structure économique du pays... »

82 Dès 1843, l’État haïtien a commencé à se muer en espace de brigands jusqu’à sa totale dissolution avant même l’arrivée des Américains en 1915. Le même processus a débuté en 1957 suivant un rythme d’accélération encore plus grand. La rapide dégradation de l’État haïtien a des explications politiques et psychologiques. Pour étrangler la liberté en Haïti, les puissances étrangères essaient de l’asphyxier. Les premières élites mulâtres se sont crues héritières de leurs pères colons blancs. Celles dite noires n’ont pas vraiment l’intention de combattre le préjugé mais de devenir mulâtres. La couleur prend valeur suprême. Personne ne s’occupe vraiment de combattre la domination étrangère. On s’applique à piller le peuple pour entretenir un luxe ostentatoire. La faible production locale et l’exiguïté de l’espace portent à une lutte sans merci

83 Vastey, Valentin-Pompée baron de. Réflexions sur une lettre de Mazères... la civilisation de l'Afrique... Cap Henry, P. Roux, imprimeur du Roi, 1816.

84 Firmin, Joseph-Anténor. De l’égalité des races humaines, Paris, Pichon, 1885. Price, HannibaL De la réhabilitation de la race noire par la république d’Haïti. P-au-P. 1900.

85 Vilaire, Etzer. Poète haïtien de la génération dite de la Ronde, du nom d’une école culturelle. Pour plus d’information consultez Frère Berrou, Raphaël et Pompilus, Pradel Histoire de littérature haïtienne. Port-au-Prince, Éditions Caraïbe, 3 volumes, vol. 2. Gaillard, Roger. Etzer Vilaire témoin de nos malheurs. Port-au-Prince, Presses nationales, 1972.

86 Price-Mars, Jean. Ainsi parla l’oncle, 1928 ; La vocation de l'élite ; « Le phénomène religieux chez les nègres de Saint-Domingue » Revue de la Société d’histoire et de Géographie d’Haïti, 1925, 34-55/ 55-

87 Ce texte paru en 1948 insiste uniquement sur la question de couleur comme question de classe. L’École indigéniste fondée par Jacques Roumain en 1927 quelque peu dans le sillage de Price-Mars sera récupérée dans un sens par la dénommée École Historico-culturelle des Griots de Duvalier et Denis.

88 Un exemple est donné dans le Manifeste du Parti d’Entente Populaire paru en 1960. Toute la littérature politique marxiste fait appel à l’histoire interprétée selon les tendances du courant mais sans faire intervenir des données nouvelles. L’ouvrage de Joachim Benoît « Les racines historiques du sous-développement » qui prétend proposer des solutions au problème du retard économique d’Haïti n’échappe pas à cette critique.

89 Pour une critique récente de ces courants, voir Saint-Louis, Vertus. Le nombre et le défi maritime. L'avènement de la liberté dans une société coloniale et esclavagiste. Saint-Domingue, 7789-1794. Thèse de doctorat, juillet 2000. Introduction.

90 Muglioni, Jacques. L'école ou le loisir dépensée, 1991. C’est auteur a justement fait ressortir que la vague des études ethnologiques a fait donner la priorité aux cultures « locales » sur la philosophie qui a un caractère général Ailleurs nous avons soutenu que ce caractère de vérité générale se retrouve dans certaines sciences développées dans le monde occidental. Voir : Saint-Louis, Vertus. Le nombre et le défi maritime. Thèse de doctorat. 2000. Conclusion.

91 Chaunu, Pierre. « L’économie. Dépassement et perspective. » dans Nora, P. et Le Goff J. Faire de l'histoire. Nouvelles approches. Gallimard, 1974, 3 voL, vol. 2, 51-73, 51.

92 Lakoff, Stanford. (EdJ. Knowledge and Power. Essays on Science and Governement, 1966.

93 Scammel, G. V. « The New Worlds and Europe in the Sixteenth Century », The Historical Journal, 12, 1969, 389-412.

94 Pumffey, S. Ed, Science Culture and Popular Belief in Renaissance Europe. Manchester University Press. 1991.

95 Mayr, Ernst. Histoire de la biologie, Fayard, 1985. The Growth of Biogical Tought, 1982. Important pour l'idée de diversité.

96 Basalla George. Op. cit.

97 Bernal, J. D. Science in History. Hawthorn Books lnc. N. Y. 1954, 275-76 ; Pumfrey, S. Science… Op. cit. Eamon, W., Op. cit. p. 273·

98 Ferris, Timothy. Coming of Age in the Milk Way, N. Y., 1988, ch 1, p. tg. (Traduction de l'anglais par Vertus Saint-Louis).

Vertus Saint-Louis

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