Décolonialité et transmodernité : quels enjeux pour l’Europe ?

Marc Maesschalck

p. 129-146

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Marc Maesschalck, « Décolonialité et transmodernité : quels enjeux pour l’Europe ? », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 129-146.

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Marc Maesschalck, « Décolonialité et transmodernité : quels enjeux pour l’Europe ? », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 18 janvier 2018. URL : http://www.cheminscritiques.org/386

Construire une perspective transmoderne en philosophie c’est avant toute chose entreprendre une démarche décoloniale à l’égard des modèles fournis par la pensée dominante en Europe et aux États-Unis. Il s’agit donc d’entreprendre une histoire décoloniale des idées, mais en sachant que celle-ci comporte ses exi­gences pour ne pas simplement reproduire un mausolée du bien penser qui étouf­ferait la souffrance des sans-voix que les philosophies de l’émancipation ont tenté de convoquer pour confronter les idéologies dominantes à leurs points aveugles. À quelles conditions une telle entreprise est-elle possible sans sacrifier à la répé­tition ? C’est le chemin que tente d’esquisser cette contribution au moyen d’un dialogue avec Enrique Dussel.

Qu’il s’agisse de la pensée décoloniale ou de la philosophie de la libération, ces deux mouvements de pensée latino-américaine ont déjà une longue histoire. Leur rapport à la pensée européenne est sensiblement différent, mais ils partagent un ensemble de thèses majeures comme la nécessaire prise en compte d’une géo­politique de la connaissance, le démarquage par rapport au point aveugle de la modernité occidentale, une manière différente d’envisager l’être et l’autre, le be­soin d’une forme d’intervention intellectuelle sur le réel fantasmé pour changer les relations entre cultures, civilisations et sociétés.

Il est certain, pour moi, que l’axe créé par la philosophie de la libération depuis une cinquantaine d’années est sans comparaison et demande encore un travail patient de réception qui lui soit au moins proportionnel. De son côté, le mouve­ment colonialité/décolonialité, frappe quant à lui par sa diversité et par sa dissé­mination dans les sciences humaines grâce au contexte de...

1 Pour mémoire, quelques textes majeurs comme Dussel (1996) ; Mignolo (2005) ; Castro-Gomez (2011). On trouve une présentation globale des enjeux du

2 En reprenant simplement la typologie de Genette (1972).

3 Schelling parlait du ausser-sich-bei-sich-selbst-sein, l’être-hors-de-soi-auprès-de-soi (Schelling, 1998, p. 365) : en mobilisant ce concept, il s’

4 Nous reprenons les notions élaborées par Volosinov pour étudier le discours indirect, dans la mesure où ce discours a pour thème le thème de la

5 Le mouvement décolonial a donné une place privilégiée à la redécouverte du parcours de Frantz Fanon.

6 Pour reprendre l’expression de Castro-Gomez (2005).

7 Je recours ici aux catégories analytiques de Fairbairn (1954) et Rubens (1984).

8 La notion d’imprépensable chez Schelling (1998, p. 519) – comme on l’a traduit plus tard pour unvorden­klich (Tilliette, 1987, p. 234) et à laquelle

9 C’est une saisie du thème du thème d’autrui par conversion de la parole en destination commune. La notion de contre-parole ou de poétique forcée est

Marc Maesschalck

CPDR, Université catholique de Louvain

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