Du massacre de 1937 à la sentence 168-13 : conflit fatal ou solidarité ?

Notes d’un parcours littéraire des rapports entre Haïti et la République Dominicaine

Sophie Maríñez

p. 75-94

Citer cet article

Référence papier

Sophie Maríñez, « Du massacre de 1937 à la sentence 168-13 : conflit fatal ou solidarité ? », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 75-94.

Référence électronique

Sophie Maríñez, « Du massacre de 1937 à la sentence 168-13 : conflit fatal ou solidarité ? », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 18 janvier 2018. URL : http://www.cheminscritiques.org/380

Le 23 septembre 2013, le Tribunal Constitutionnel de la République Dominicaine a fait renaître l’ignominie sur l’île partagée avec Haïti : en prononçant l’infâme sentence 168-13 qui déclare que, de manière rétroactive jusqu’à 1929, tout enfant né de parents « en transit » n’a désormais plus droit à la nationalité dominicaine, il réduit à l’état d’apatrides plusieurs générations, voire des centaines de milliers de Dominicains qui jusqu’alors avaient droit à cette nationalité. La plupart des personnes affectées sont les descendants des immigrés haïtiens embauchés depuis le début du XXe siècle par le gouvernement dominicain et les compagnies sucrières étrangères, avec la complicité du gouvernement haïtien. Cet essai est l’expression de l’indignation que cette sentence 168-13 a soulevée chez toutes celles et ceux qui, parmi nous, révoltés par ce sinistre acte de racisme et de haine, ont décidé de la combattre.

La sentence 168-13 a été comparée par certains aux pratiques nazies qui commen...

1 Voir quelques-unes de ces réactions dans Álvarez et al. (2013) et Amín Pérez (2013). Voir le texte intégral de la sentence 168-13 sur le site

2 Voir par exemple Mario Vargas Llosa (2013).

3 Dans un entretien du journaliste Quentin Reynolds avec Trujillo peu après le massacre, ce dernier déclare à Reynolds que « l’incident a été exagéré.

4 Susy Castor remarque qu’il n’y a aucune évidence de ladite « explosion populaire » : « Malgré toutes les précautions prises pour couvrir ces faits

5 Vega, 1988, p. 390.

6 Certes, des milliers de cas d’expulsion officiels et « volontaires » ou auto-rapatriements préventifs d’Haïtiens ont eu lieu au cours des années

7 Sur la notion du « Conflit Fatal » voir Samuel Martínez (2003, p. 80-101).

8 Or, il ne s’agit pas ici de promouvoir l’idée d’une solidarité de charité (ni d’un esprit philanthropique ou « humanitaire ») comme celle qui s’est

9 Ces textes littéraires ont été largement étudiés par la critique spécialisée, y compris Rita de Maessener (2007, p. 345-358 et 2003, p. 43-63) ;

10 L’œuvre de Viau Renaud est actuellement en processus de traduction en français et sera publiée en automne 2017 par Mémoire d’encrier, Montréal.

11 Voir la traduction de ce poème en français et en créole dans ce numéro de Chemins Critiques. Voir aussi Silvio Torres-Saillant (2013).

12 Voir une analyse approfondie de Marasa comme métaphore représentant les rapports entre les deux pays dans Sophie Maríñez (2016b).

13 Voir aussi le tout récent article de Carlos Ulises Decena (2016) abordant l’aspect de formation d’identité raciale et féminine du personnage de

14 Petit bruit fait avec la bouche pour exprimer le désaccord ou le dégoût.

Sophie Maríñez

City University of New York

Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International