Impunité et citoyenneté en Haïti

Laënnec Hurbon

p. 43-56

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Laënnec Hurbon, « Impunité et citoyenneté en Haïti  », Chemins critiques, Vol 6, nº 1 | 2017, 43-56.

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Laënnec Hurbon, « Impunité et citoyenneté en Haïti  », Chemins critiques [En ligne], Vol 6, nº 1 | 2017, mis en ligne le 05 avril 2018, consulté le 18 janvier 2018. URL : http://www.cheminscritiques.org/376

Toute ligne d’action, ou d’inaction, qui paraît encourager l’impunité implique la soumission du monde à un régime de peur.
(Wole Soyinka, 2005, p. 38)

Le blocage de la justice s’est transformé en un système dont la pièce maîtresse est l’existence d’une impunité réciproque garantie aux délinquants, ceux qui violent les droits des personnes, leur vie et leur corps, et ceux qui détournent l’argent de l’État.
(Jean-Claude Bajeux, « Post-scriptum : Le déblocage de la justice, un système d’impunité », 2011, p. 373)

Le problème de l’impunité en Haïti n’est ni accidentel ni secondaire, il renvoie à des dispositifs institutionnels et inconscients qui donnent à voir les difficultés de la société haïtienne à fonctionner comme une communauté de citoyens égaux dans leur rapport aux lois. De la sorte, l’impunité apparaît un phénomène courant, presque normal, il n’est pas facile de débusquer ses sources et ses mécanismes. Le cinéaste Arnold Antonin a déjà produit, sur la base de nombreux témoignage...

1 Concernant le 26 avril 1963, Diederich écrit : « 26 avril 1963 reste le jour qui caractérise jusqu’à la fin le régime Duvalier : pouvoir absolu

2 Sur l’extrême violence, voir les réflexions de E. Balibar (2010, p. 416). Également notre contribution « Les dictatures ou la suppression du

3 Sur les massacres perpétrés par Duvalier à Thiote, à Jérémie, voir encore le tome I de Diederich, B. traduit par J.C. Bajeux (2005). Il convient

4 Voir Dépeignes (1976, p. 87‑104) qui part de l’hypothèse que la société haïtienne est ambivalente avec ses deux systèmes juridiques, formel et

5 J’entends encore souvent des déclarations sur l’immunité des ministres, de hauts fonctionnaires qui demeureraient passibles de la haute cour de

6 Ce sont les cas des révoltes conduites par des leaders comme Goman dans la Grande Anse, Acaau dans le Sud au XIXe siècle et plus tard sous l’

7 Il est clair que s’est imposée en Haïti depuis la chute de la dictature en 1986 la nécessité d’une réforme de la justice. Trente ans après, le

8 Ricœur explique que la performativité de la parole qui dit le droit réside non pas simplement dans le suspens de la vengeance, mais elle promeut la

9 « Le processus démocratique est le processus de cette remise en jeu perpétuelle, de cette invention de formes de subjectivation qui contrarient la

10 Voir Dardot et Laval (2014).

Laënnec Hurbon

CNRS et Université d’État d’Haïti

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